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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 11:57

INVITATION.

 

Avant les vacances, nous te convions à une rencontre fraternelle avec la participation amicale de Isabelle Rossetti (récente adhérente du canton d'Aramon), qui s'est rendue à la rencontre régionale à Marseille le 7 juin et nous fera part de son vécu.

 

le Mardi 1er juillet 2008 à 18h00

au Mille-Club des Angles,

 

afin d’avoir un échange sur la situation politique, la préparation de notre 34ème congrès qui se tiendra en fin d’année.

Nous souhaitons une réunion élargie aux « compagnons de route » afin de réfléchir ensemble sur notre vision de la société à construire, la stratégie pour y parvenir, que doit affirmer le PCF à la sortie de son congrès….. Tu peux donc inviter amis et sympathisants.

 

Dans un rapport de force qui lui est très favorable le capitalisme révèle sa vraie nature inhumaine à ceux qui l’avaient oublié. La social-démocratie échoue partout et se moule dans le « libéralisme » et « l’économie de marché ». Le socialisme réel des pays de l’Est s’est effondré faisant disparaître ainsi toute crédibilité à un autre possible. Le Communisme est-il mort en cette fin de 20ème siècle ? N’y a-t-il d’autre horizon que l’alternance droite/social-démocratie ? Peut-on repenser le Communisme à la lumière de ses ombres et ses lumières ? Le PCF a-t-il une place et un rôle dans la reconstruction de la pensée communiste ?

 

Bref, nous t’invitons à une rencontre pour débattre et participer sans tabou de ce qui nous paraît être notre solution pour faire échec au bipartisme, mettre en échec le capitalisme et construire une alternative dans le réel et l’utopique.

 

Merci d’indiquer ta participation (ou non) pour prévoir un casse-croûte en commun (06 87 52 35 30)


Le 23 juin 2008

Dominique DECLOSMENIL

Jacques PONGY

PCF Canton de Villeneuve Lez Avignon

 

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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 15:00

 

    Olivier DARTIGOLLES

Dans le prolongement d’un échange récent (1) avec le dirigeant de la LCR François Sabado, trois questions sont de nature à aiguiser le débat sur les conditions d’une transformation révolutionnaire de la société : celles des défis dans une nouvelle époque, du processus pour transformer le rapport des forces, du projet politique et du rassemblement. Car il ne s’agit pas pour les communistes de se situer par rapport au PS ou à l’extrême gauche mais de mieux identifier les obstacles à la transformation révolutionnaire de la société et les potentiels pour les surmonter.

1. Les défis auxquels toutes les forces politiques et sociales sont confrontées Parler en termes généraux de « capitalisme mondialisé », « financiarisé » ne fait pas le compte pour comprendre l'époque nouvelle dans laquelle nous sommes entrés. Ayons en tête cette analyse, en 1986, d'un rapport du commissariat général du plan : « Taylor a eu besoin d'un homme unidimensionnel. (...)

La nouvelle révolution technologique a besoin d'un homme multidimensionnel, c'est-à-dire apte au changement, capable de souplesse dans son travail et de curiosité dans sa vie hors travail » (2). Cette donne nouvelle génère, pour ceux qui veulent préserver l'ordre social existant, des difficultés non insurmontables mais inédites, et elle met ceux qui veulent y mettre fin devant un champ de potentialités qu'il y a grand risque à délaisser. Disons-le franchement : en face ils ont pris de l'avance.

Un exemple, particulièrement éclairant : en 2006, Thierry Breton, alors ministre, avait commandé un rapport sur « l'économie de l'immatériel » dont il a dit qu'il voulait en faire « un carburant incontournable pour alimenter le programme de (sa) famille politique » (3). Aujourd'hui, l'un des deux signataires de ce rapport, J.-P. Jouyet, est au gouvernement et, sur de grands dossiers, c'est bien la politique préparée alors qui s'applique (services de l'État, universités, brevets...). Les cercles dirigeants n'entrevoient pas moins ce qu'ils veulent à tout prix éviter : le même rapport parle d'une « rupture » qui « peut donner naissance à une nouvelle forme de l'économie : celle de la coopération » (4). 

2. La transformation révolutionnaire : un processus

Comment transformer un rapport de forces au départ défavorable à ceux qui veulent mettre fin au capitalisme ? Il faut avoir en vue l'humanité tout entière : sortir par le haut du capitalisme, le dépasser, ne peut pas être un acte unique, quasi instantané, mais un processus de longue durée et n'avançant pas partout en même temps. Cette coexistence prolongée avec l'adversaire doit être conflictuelle ; et elle ne peut l'être que si l'on travaille à des rassemblements, à toutes les échelles où c'est possible, en France, en Europe, avec d'autres forces de progrès dans le monde, pour imposer des conquêtes réellement anticapitalistes. Des conquêtes faisant effectivement reculer la domination de la loi du profit, viables en partant de la réalité du monde actuel, donc crédibles, et qui soient autant de moyens de se renforcer contre le capitalisme et de lui porter de nouveaux coups. Ce que nous parviendrons à faire en France dans ce sens y contribuera. Comme y contribue et y contribuera ce que d'autres font et feront ailleurs, notamment à l'échelle européenne.

Cette question des conquêtes nécessaires à la transformation du rapport des forces est incontournable. On peut bien faire son beurre sur le thème des « deux gauches », mais alors on n'a pas de raison de se battre pour que dans notre pays la gauche soit majoritairement sur une logique de transformation sociale anticapitaliste.

C'est pourtant indispensable. 

3. Projet et rassemblement pour se battre mieux

L'écart est grand dans le pays entre le mécontentement, voire l'exaspération, et la capacité à mener des luttes amples et victorieuses. Aujourd'hui pèse lourdement la conviction que chercher à mettre fin au capitalisme n'est pas réaliste. Sinon, comment expliquer l'influence au sein même de la gauche du PS avec les positions qu'on lui connaît ?

Nous voulons sortir de cette impasse. Commencer à se libérer du capitalisme suppose un rassemblement populaire majoritaire, fait de femmes et d'hommes divers par les courants de pensée dans lesquels ils se reconnaissent, assumant lucidement cette diversité pour s'en enrichir et capables de se mobiliser durablement, avec détermination, avec esprit de suite et d'initiative, avec inventivité et imagination. Un rassemblement donnant à ses combats la force de l'intervention dans le champ politique. Cela, nous ne l'avons jamais connu, pas même en 1968.

Or on se bat mieux, on a plus de chances d'isoler l'adversaire et de l'obliger à reculer quand on sait véritablement que l'on est porteur de solutions, d'un projet, bien meilleurs pour la société que ce qu'il veut faire passer. Aussi, pour le Parti communiste, élaborer son projet ce doit être contribuer à la définition des objectifs sur lesquels il est nécessaire que s'opèrent des rassemblements suffisamment forts et résolus pour en imposer la réalisation, afin que le changement cette fois réussisse.

Comment ? Bien évidemment sur le terrain, à la base, et notamment dans les quartiers populaires et les lieux de travail ou d'études. Mais il n'y aura pas de dynamique réelle
si nous ne fixons pas clairement un objectif politique national mobilisateur à atteindre et le processus permettant d'y travailler.

C'est l'enjeu du 34e Congrès : formuler une offre politique pour un espoir qui peut être à portée de main, qui peut se réaliser. Plus que jamais, refusons l'étroitesse, le repli sur soi, le nombrilisme. Si nous sommes à nous-mêmes l'unique objet de nos passions, nous n'avancerons pas d'un pouce. Donnons chair à l'avenir de notre combat par un projet réaliste car nécessaire et par un rassemblement se fixant des objectifs précis et atteignables. Saurons-nous, ou pas, contribuer, de façon visible et reconnue, à ce que ces millions de gens passent du constat désolé à l'action résolue pour des objectifs sur lesquels on peut gagner ? Action qui suppose de ne fixer de limite à priori ni au niveau de ces objectifs, ni à la largeur et aux formes du rassemblement pour les atteindre.

Les communistes se sentent utiles et arrivent à convaincre, quand ils rassemblent non pas « autour d'eux » mais pour un projet, un objectif, et quand, dans le même temps, apparaît clairement l'idée que l'on peut gagner.

 

(1) l'Humanité, 7 juin 2008.

(2) Faire gagner la France

(sous la direction d'Henri Guillaume), Hachette, 1986, page 73.

(3) Bercy, 4 décembre 2006 ; http: minefi. gouv. fr/presse/discours/ministre/.

(4) Maurice Lévy-Jean-Pierre Jouyet, « L'économie de l'immatériel,

la croissance de demain »,

La Documentation française, novembre 2006, page 15. Sur ce rapport, voir dans la Pensée, nº 351 (juillet-septembre 2007), l'article de Cl. Gindin,

« L'argent de "l'immatériel" ».

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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 14:43
Premiers éléments de programme

Ses objectifs

Le parti pris retenu est celui d'une initiative de formation à dimension d'éducation populaire.
Il s'agit à partir des trois rencontres nationales que nous venons de tenir, et en liaison avec l'actualité, d'aborder et d'approfondir pour une meilleure maîtrise politique des questions et problématiques au cœur d'une transformation progressiste de la société. Le mode choisi est une analyse critique de faits favorisant une acquisition collective de savoirs, et visant à une plus grande autonomie d'action et d'intervention des communistes.
Il est entendu que cette université constituera également un moment privilégié de la préparation de notre congrès un moment fort de la rentrée politique du PCF. D'où le choix de favoriser un panel large d'interventions garantissant un échange argumenté, constructif et bénéfique pour tous.
Alors que nous entrons dans la campagne des européennes de 2009, nous voulons également placer cette université sous le sceau d'une offre politique du PCF elle-même européenne et pas seulement franco-française. De plus la victoire du NON en Irlande doit booster le débat sur la nécessité d'imposer une alternative à l'Europe de la BCE et du traité de Lisbonne.  Dans ce cadre nous voulons travailler le lien entre l'Université du PGE en juillet et notre Université d'été en août.
Notre université se déroulera sur 4 demi-journées de travail et deux soirées culturo-festives.
Le programme n'est pas complètement achevé mais tu trouveras ci joint sa première ébauche.

Les objectifs de participation par fédération figurent en annexe.

Participation pour la  fédération du Gard :   9   

Pour tous renseignements complémentaires : formation@pcf.fr

Gérald Briant 06 74 45 15 97 - Marie pierre Vieu 06 60 97 06 72


Notre planning pourrait se découper ainsi.

Vendredi 29.

À partir de 13h Accueil des étudiants.

14h30. Présentation de l'Université.

15h30. Pause.

16h. Travail en ateliers sur l'état du monde.

-    Qu'est ce que la lutte des classes dans le monde d'aujourd'hui ? Où en est-on du rapport capital/travail ?
-    En quoi le système capitalisme produit-il de l'aliénation ?
-    Le capitalisme est-il sexy ? Comment travaille-t-il les questions de désir de consommation !
-    Qu'entend-t-on par capitalisme financier ?
-    Comment caractériser la droite française actuelle ? Peut-on parler de Sarko-berlusconisme ?
-    Comment la droite et le MEDEF travaillent-ils les représentations sociales ?
-    Amérique du sud : Peut-on parler d'un nouveau socialisme ?
-    Où en est la Chine ?
-    Election américaine : Barak Obama est-il l'homme d'une rupture ?

18h30. Conférence plénière.

Gisèle HALIMI était pressentie pour animer une soirée sur le féminisme et le mieux disant social. Sa présence n'étant malheureusement  pas possible, une conférence sur un thème analogue va être proposée.

20h. Repas.

20h30. Soirée culturelle.

" Opération Origines Contrôlées " menée par le Tactik collectif sur la mémoire maghrébine ou " EL COMMUNERO " sur la République espagnole.


Samedi 30 août.

9h30: Travail en ateliers sur l'état du monde et la question de notre projet politique.

-    Quels nouveaux modes de développement économiques, humains et écologiques inventer face aux défis du monde ?
-    En quoi la démocratie et le partage des pouvoirs sont-ils une condition essentielle pour la transformation sociale ?
-    Réussir ensemble, réussir contre les autres, la solidarité est-elle un combat d'aujourd'hui ?
-    Que doit devenir l'école ?
-    Urbanité et métropolisation, comment penser la ville de demain ?
-    Circuit court et économie de proximité au cœur de la question rurale
-    Droit de l'homme, droit de la personne humaine : où en est-on ?

11h.

-    Peut-on être libéral et de gauche ?
-    Mouvement populaire, social, rassemblement, alternative à gauche : quelle nouvelle dialectique à inventer ?
-    Propriété, marché, droits nouveaux, quelles alternatives politique peut porter la gauche à l'horizon politique de 2012 ?
-    Quelle convergence et quel rassemblement travailler pour promouvoir des Services publics de notre temps ?

13h. Repas.

14h30. Travail en ateliers et TD sur le PCF et ses transformations.

-    Le PCF doit se transformer : regards croisés sur ses évolutions pour mieux appréhender la nature des questions qui lui sont posé aujourd'hui.
-    Quelle intervention politique du PCF en direction des milieux culturels et intellectuels ?
-    Politique de formation, éducation populaire, comment rendre les communistes autonomes et acteur de la vie de leur parti ?
-    Campagnes de rentrée du PCF, renforcement du PCF : quelle ambition donner à notre activité militante ?

16h30: Réunion des secrétaires départementaux. Et échange d'expériences en travaux dirigés.

-    Poursuivre et approfondir le travail de proximité engagé durant les municipales et cantonales 2008 (témoignages de candidats et d'élus)
-    Réinvestir les quartiers populaires
-    Quelle activité du PCF en direction des jeunes ?
-    Militer sur les lieux de travail

18h. Plénière.

Grand débat sur l'avenir du PCF, ses transformations, en liaison avec l'enquête réalisée actuellement sur communisme et PCF.

20h. Repas landais + soirée festive
organisée par la fédération des Landes.

Dimanche 31 août.

10h30. Europe : après le NON irlandais, quelles dynamiques pour une construction européenne de progrès social et démocratique.

-    Quelle ambition pour le PGE (retour sur son université d'été) ?
-    Table ronde avec des responsables politiques, élus, syndicalistes européens et Marie George Buffet

13h. Repas fraternel de clôture de l'université d'été.

Renseignements utiles
Elle aura lieu à Vieux-Boucaux-Port-D'albret (Landes). Les hébergements et les repas sont prévus par l'organisateur (le prix de l'inscription n'est pas encore connu à l'heure ou s'écrivent ces lignes). Il n'est donc pas nécessaire de réserver d'hôtellerie. Pour les participant-e-s qui viendront en train, un bus les conduira de la gare SNCF ( la plus proche Bayonne probablement) au site de l'université le vendredi pour l'arrivée ainsi que le dimanche pour le départ.
L'université s'adresse aux animateur-trice-s du PCF. Elle est aussi ouverte aux non-membres de notre organisation. Les inscriptions sont ouvertes dans chaque fédération.


 
  
  
 

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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 11:00



Président à l'Assemblée européenne du groupe parlementaire

" Gauche unitaire européenne, gauche verte nordique"



voir aussi







L'Université d'été 2008
du Parti de la gauche européenne réalisée
en coopération avec Transform ! Europe
aura lieu à Paris,
du jeudi 10 juillet à 14h au lundi 14 juillet à 12h.

 


Le " NON " irlandais montre que la crise de légitimité de la construction européenne s'étend. Nous voulons mettre le social au cœur du projet européen.

Objectif : nous proposons à 200 militants des partis du PGE, dont les militants du PCF, de travailler ensemble pour participer à la construction d'une unité d'intérêts entre salariés habitants l'Europe, afin de faire émerger une conscience de classe au niveau européen, par-delà les différences d'âge, de sexe, de qualification, de pays d'Europe d'Ouest ou d'Est, migrants de l'intérieur ou de l'extérieur de l'UE.


Faire connaître nos propositions et participer à l'élaboration d'une plate-forme commune concernant la politique sociale pour les élections européennes.

L'université d'été s'inscrit dans une campagne contre la précarité comprenant des initiatives dans les pays européens en octobre 2008 et la participation au FSE de Malmö en Septembre 2008.


PROGRAMME

Les travaux seront en anglais et en français. Il y aura, par jour, une plénière avec deux ou trois intervenant-e-s, puis plusieurs ateliers au choix. Les travaux sont organisés par le PGE et Transform ! Europe.



Jeudi 10 juillet :

Transformation du marché du travail, précarisation du salariat, conséquences sociales et politiques

Accueil : 13h30 -14h : Brève présentation de l'université d'été

Intervention : notre vision de l'enjeu de la présidence française de l'UE.

Plénière : 14h -16h - Interventions sur :

1. Délocalisation du travail à travers le monde ; conséquences pour les salariés, le travail, les entreprises.

2. Précarisation du salariat, éclatement des sociétés ; enjeux sociaux, idéologiques et politiques pour la gauche.

Ateliers : 16h30 -18h30

1. Quelles stratégies pour reconstruire une conscience de classe contemporaine, l'exigence d'une société solidaire, d'une volonté de transformation commune ?

2. Transformation néolibérale de l'école et de l'université, sens et portée des résistances

3. Quels regards sur mai 1968 quarante ans après ? Quels enseignements pour le débat politique contemporain ?

Soirée : visite du bâtiment d'Oscar Niemeyer, repas et soirée spectacle.


Vendredi 11 juillet :
La politique européenne néolibérale et les résistances

Plénière : 10h-12h - Interventions sur les politiques européennes de mise en concurrence des salariés et de démantèlement social

1. Transferts des richesses du travail vers le capital à l'échelle européenne ; les politiques européennes en faveur de cette logique ; le rôle de la BCE.

2. Bilan de l'agenda de Lisbonne (2000 - 2010) quant au marché du travail, aux protections sociales et aux secteurs publics. L'appui de la Cour de justice européenne à la politique actuelle de l'Union européenne face aux luttes des salariés.

3. Les axes politiques pour contrer les inégalités, en faveur de la justice sociale et de la démocratie économique.

Ateliers : 14h-16h

1. Les femmes, points d'appui et victimes de la flexibilité.

2. Les jeunes et les conséquences de la flexibilité sur les autres aspects de la vie.

3. Comment résister à la mise en concurrences des salariés de l'Est et de l'Ouest.

4. Les migrants : délocalisation des salariés pour les travaux non dé-localisables.

5. Les conséquences de la précarité sur la santé.

Soirée : visite de Paris ou musée d'art contemporain  et repas en ville.


Samedi 12 juillet :
nos propositions pour une Europe sociale et démocratique

Plénière : 10h-12h - interventions sur les propositions du PGE et le résultat d'une étude comparative européenne

1. Différences et points communs des propositions alternatives des partis membres du PGE.

2. Présentation des propositions du PGE.

Ateliers : 14h-16h

1. L'état du débat sur le salaire minimum au niveau européen ; la motion de Die Linke au 2e congrès, texte du réseau des syndicalistes.

2. Le temps de travail : le débat actuel au Parlement européen

3. Analyse critique du modèle social Nordique, de son utilisation dans le débat idéologique et politique en Europe

4. Nouvelles réalités sociales et la bataille de l'hégémonie politique : stratégies de droite avec Sarkozy, Berlusconi...; crise européenne de la social-démocratie ; potentiels pour une gauche de transformation sociale.

Fin de journée : si nous trouvons des conditions financières acceptables, ballade sur la Seine et repas en bateau.


Dimanche 13 juillet :

c'est la journée du sommet européen sur l'Union pour la Méditerranée, à Paris.

Plénière : 10h-12h - L'Europe et les autres régions du  monde.

L'après-midi, le programme se fera en fonction des initiatives prévues par rapport au sommet européen.

Proposition : débat public avec plusieurs responsables de nos partis : Comment développer en Europe un élan de gauche pour la transformation sociale.

Le soir, nous irons dans une municipalité à direction communiste pour le repas, le feu d'artifice et le bal du 14 juillet (fête nationale).


Lundi 14 juillet :

la campagne commune contre la précarité en Europe.

Réunion de travail 10h-12h : travail sur les suites à donner à cette université d'été ; propositions par le bureau du PGE quant au matériel commun à publier à partir des travaux que nous aurons eus ensemble pendant l'université d'été.

 

Lieux :

Les activités se tiendront à l'espace Niemeyer, 2 place du Colonel-Fabien 75019 Paris France.

L'hébergement se fera dans un hôtel à proximité : Etap Hôtel La Villette, 57 avenue Jean Jaurès 75019 Paris.

Arrivée : le jeudi 10 juillet à partir de 10h à l'Espace Niemeyer, 2 place du Colonel Fabien, 75019 Paris. Tél : 00 33 1 40 40 12 12.

Prix, à la charge du participant : 150 euros et le voyage. Le prix est établi à partir d'une chambre pour deux personnes, si le participant veut une chambre individuelle, il y aura un supplément. Si un participant ne peut pas tout financer et n'a pas d'aide de son organisation, par exemple un militant venant des pays de l'Est de l'Europe, il peut contacter :

Christine Mendelsohn : 00 33 6 12 45 20 63  christine.mendelsohn@numericable.fr

Contact pour inscription :

Parti de la gauche européenne, Rue Parnasse 30 B-1050 Bruxelles

Téléphone : 00 32.2.502 2 606  info@european-left.org

Web: http://www.european-left.org

Renseignements :

Christine Mendelsohn : 00 33 6 12 45 20 63  christine.mendelsohn@numericable.fr

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 23:30


Le PCF et la crise du communisme



Les analyses et les choix stratégiques du PCF dans la période 2002-2007 sont indiscutablement pour quelque chose dans le manque de visibilité et de crédibilité, et dans le résultat de la candidate « gauche populaire et antilibérale ». Puis dans les difficultés des candidates et candidats communistes aux législatives. Mais en rester là ne conduirait-il pas à renouveler l'erreur de 2002 donnant comme principale « explication » au résultat du candidat du PCF la politique d'union à gauche, et la participation au gouvernement Jospin ?

A partir d'analyses et de choix stratégiques radicalement différents, le Parti communiste a connu l'échec dans les deux cas. Et le déclin électoral, symptôme et sanction d'un déclin idéologique et politique posant de plus en plus clairement la question de l'utilité du PCF et de son existence même se poursuit ( au delà de quelques « remontées » ponctuelles sans lendemain) depuis plusieurs décennies. Indépendamment des choix stratégiques effectués. Qu'ils aient ou non conduit à participer à des majorités et des gouvernements de gauche.

Ce n'est pas une particularité française. Tous les partis communistes ont dû faire face à ce phénomène, évidemment lié à la faillite du « modèle soviétique », mais qui ne s'y réduit pas. La fin du XX° siècle a été marquée par la crise du communisme. Elle s'est traduite partout par un mouvement  historique de déclin allant dans certains pays jusqu'à la disparition pure et simple des partis communistes. Elle a commencé bien avant la chute du mur de Berlin et l'explosion de l'Union Soviétique.

Cette « crise » est-elle seulement la conséquence « d'erreurs » ou bien témoigne-t-elle d'un échec historique ?  Les erreurs n'ont pas manqué. Elles ont eu et ont encore des conséquences non négligeables. Aucun parti communiste - le PCF pas plus qu'un autre - ne peut s'exonérer de ses erreurs et de ses fautes ( et pour certains, de leurs crimes ) en faisant porter toutes les responsabilités à un «  échec historique » anonyme dont la fatalité se serait imposée.

Mais des tentatives pour « redresser la barre » ont eu lieu. Au niveau  international - du XX° Congrès du PCUS et de certaines « conférences » internationales des partis communistes qui l'ont suivi, à la Perestroïka de Gorbatchev, en passant par « l'eurocommunisme »... - Et au niveau national - du Comité Central d'Argenteuil sur « les intellectuels et la culture » en 1966 à la  « mutation » de la fin des années 1990, en passant par « le Manifeste de Champigny » en 1968 et le XXII° Congrès du PCF en 1976 -. L'analyse des causes de leur échec reste à faire.  La capacité des appareils et des certitudes idéologiques à résister aux remises en cause et aux changements y tient sans aucun doute une grande place, sinon la première place.  Cela conduit à interroger les bases mêmes sur lesquelles se sont construits ces appareils et se sont fondées ces certitudes.

On peut avancer l'hypothèse que par delà les erreurs commises et malgré l'apport incontestable des communistes aux luttes des peuples et aux progrès de l'humanité, c'est d'un échec historique qu'il s'agit. Non pas l'échec d'un « communisme du XX° siècle » organisé autour du « modèle soviétique », qui se serait avec lui éloigné du « vrai » communisme et avec lui aurait sombré ; mais l'échec, au XX° siècle, d'une conception  communiste de la transformation sociale sur laquelle avaient été fondés tous les partis communistes. 

Le schéma fondateur retenu pour la création des partis communistes, et que les communistes russes se proposaient d'expérimenter, disposait que partout les communistes ( avec éventuellement des alliés en accord avec leurs objectifs) luttaient pour parvenir au pouvoir. Y étant parvenus ils devaient utiliser celui-ci pour construire, à partir d'un projet scientifiquement préétabli, une société nouvelle -une société « socialiste » radicalement différente de la société capitaliste- . Cette société, ils étaient appelés à la diriger au nom de la classe ouvrière, en imposant sa prééminence. Et ils devaient avoir pour perspective la création des conditions matérielles et culturelles pour que dans une phase ultérieure les être humains deviennent capables d'autogérer leur destin

Tous les partis communistes ont partagé cette conception faisant du pouvoir d'Etat le levier majeur de la transformation sociale. Mais nulle part elle n'a permis d'atteindre les objectifs annoncés. Il y eut certes des réalisations qu'on ne peut sous-estimer . Il y eut un indéniable apport historique au mouvement des peuples contre le capitalisme, imposant partout des acquis sociaux concédés sous la pression conjuguée des luttes et de la « compétition » entre les différents systèmes sociaux.  Mais au bout du compte, l'échec a été dramatique, en URSS , dans l'Est de l'Europe, et ailleurs. Il  a contribué de façon déterminante à la perte de crédibilité des partis communistes qui se sont revendiqués pendant des décennies du modèle de ce que l'on appelait le « socialisme réel » qu'ils affirmaient vouloir implanter partout.

Cette conception s'est heurtée, en Union soviétique et ailleurs aux réalités économiques, sociales et culturelles des nations et des peuples. Elle s'y est brisée avec d'énormes dégâts humains et matériels . Et partout ailleurs, elle s'est heurtée aux aspirations croissantes des hommes et des femmes à décider eux-mêmes de leur destin, de la société dans laquelle ils veulent vivre. Même voulu sincèrement et résolument « à la française », le projet du PCF reste « apparenté » à ce qui a partout échoué.   

Les conceptions fondatrices des partis communistes ont  par ailleurs conduit ceux d'entre eux qui n'étaient pas au pouvoir à des stratégies et des comportements politiques qui ont contribué directement à leur déclin.

« Si les conditions ne sont pas réunies pour que nous puissions utiliser le pouvoir d'Etat comme levier pour la transformation socialiste de la société, à quoi bon nous y compromettre ? »... On s'est posé cette question plusieurs fois à la direction de quelques partis communistes, notamment au Parti Communiste Français. Il serait intéressant de conduire une réflexion non seulement historique mais politique sur les réponses qui ont été données dans différentes circonstances. Et sur les effets qu'elles ont eues sur l'audience du parti ainsi que sur la confiance en sa capacité à s'impliquer pour améliorer la situation des gens et avancer vers les changements auxquels ils aspirent.. Ainsi, la participation du Parti socialiste et du Parti communiste à un gouvernement d'union en 1981 - ouvrant le « cycle » politique qui vient probablement de s'achever en 2007 - a été « préparée » par F.Mitterrand dans la décennie précédente par la conquête du PS sur le thème de la rupture avec le capitalisme pour changer la vie, tandis que le PCF affirmait en écho que la mise en œuvre du Programme Commun allait « ouvrir la voie au socialisme ». Les conditions étaient donc réunies pour permettre la participation communiste au gouvernement... dont le PCF s'est retiré quatre ans plus tard puisque F.Mitterrand avait « renoncé » ...Illusions entretenues en 81 ; désillusion et amertume en 84, quand beaucoup reprochaient aux communistes, à la fois de les avoir trompés ...et de ne pas être restés pour empêcher la « dérive à droite » des gouvernements socialistes, bientôt ouverts aux centristes, appelés en renfort pour « combler le trou » et préserver l'existence d'une majorité... Toute ressemblance avec les problèmes politiques de la gauche française en ce printemps 2007 ne serait pas fortuite !

Paradoxalement, la conception faisant du pouvoir le levier de la transformation sociale  a provoqué une méfiance du pouvoir - longtemps prolongée par une méfiance vis à vis des élus communistes impliqués dans des pouvoirs, même limités. Mais n'a-t-on pas entendu récemment que « ce ne serait pas grave si le parti perdait des élus, pourvu qu'il ne perde pas son âme antilibérale » ? Mesure-t-on la perte de crédibilité liée à ce qui est évidemment perçu comme un refus de prendre ses responsabilités, même dans des conditions difficiles, pour tenter de faire quand même avancer les choses ? Est-il exagéré de penser qu'il y a eu là - entretenue par des arguments et des comportements contradictoires sur cette question au cours des dernières décennies ( y compris l'argument récent selon lequel les gouvernements de gauche n'ayant pas changé la société, en 1981 et en 1997, il ne fallait pas « refaire ce qui avait échoué ») - une contribution,  involontaire mais réelle, à l'installation des  réflexes de « moindre mal » et de « vote utile » dans les comportements politiques du peuple de gauche ?

La question de la participation au(x) pouvoir(s) divisait déjà le mouvement socialiste à la fin du XIX° siècle. Elle était par exemple au cœur de la controverse opposant Jaurès et Guesde, à Lille en novembre 1900. Mais il s'agissait alors de la participation à des gouvernements « bourgeois ». Après la scission du mouvement, avec d'un côté les communistes et de l'autre les socialistes, elle s'est posée autrement. Très vite, du principe de non participation si ce n'est pas pour réaliser la transformation socialiste, on est passé au principe de l'impossibilité de l'union avec des socialistes qui ne voulaient pas réellement transformer la société...à moins que les communistes, après avoir dénoncé leur « trahison » ne gagnent la majorité des travailleurs et des couches populaires à leurs conceptions révolutionnaires, rendant ainsi possible un « front unique » avec les travailleurs socialistes pour conquérir ensemble le pouvoir. Ce fut la stratégie dite « classe contre classe » qui aboutit à laisser le champ libre au fascisme en Italie puis en Allemagne, et qui aurait pu avoir des effets aussi désastreux en France s'il n'y avait été mis un terme avec les initiatives du PCF pour un Front Populaire dont M.Thorez, indiquait clairement qu'il n'avait pas pour objectif « le socialisme » mais « le pain, la paix et la liberté »...Là encore, on ne peut qu'être frappé par la « ressemblance » entre la stratégie « pure et dure » appelant à « battre » les socialistes «  droitiers » pour pouvoir rassembler le peuple de gauche...et la stratégie de la gauche « populaire et antilibérale » faisant de la lutte contre « les gauches du renoncement » - particulièrement le PS « social libéral » refusant de transformer vraiment la société - la condition indispensable pour ouvrir une vraie perspective à gauche.  

En filigrane de ces quelques remarques, évidemment sommaires, se dessine un double questionnement :

ØA l'exception de la décennie 1936-1946 où, en accord avec l'Internationale Communiste, il a été décidé, face au danger du fascisme menaçant de gangrener toute l'Europe, de passer outre aux principes fondateurs afin de permettre le rassemblement pour « le pain, la paix et la liberté », le PCF, dans toutes les périodes difficiles de son histoire n'a-t-il pas eu tendance à se « replier » sur ses « fondamentaux identitaires » ? Après l'éviction des ministres communistes du gouvernement en 1946. Après que des élections eurent montré que la signature du Programme Commun avait d'abord profité électoralement au PS de F.Mitterrand devenant la première force à gauche. Après la rupture de « l'union de la gauche en 1984. Après l'échec de 2002... Et déjà des voix ne s'élèvent elles pas pour prôner un nouveau repli après celui de 2007 ?...Mais si la période 36-46 s'était achevée avec un PCF « premier parti de France » revendiquant un million d'adhérents et voisinant les 30% dans les élections, les périodes de repli ont vu le déclin s'accentuer, pour arriver, en 2007, à 2% à l'élection présidentielle, tandis que de nombreux adhérents continuent de s'éloigner du parti.

Peut-on « expliquer » ce déclin uniquement ou même principalement par des « erreurs » circonstancielles ? Ses causes ne sont elles pas plutôt « structurelles » ; inhérentes à l'identité des partis communistes du XX° siècle - dont le PCF. Une identité que l'on a maintenue sans vouloir ou pouvoir poser aux communistes la question de la pertinence de « fondamentaux » qu'au contraire on invoquait rituellement pour « justifier » les inflexions  successives et parfois contradictoires données à la stratégie du parti.

La crise du communisme, dont participe le déclin du PCF, n'est-elle pas  une crise identitaire consécutive à ce qu'il faut bien appeler l'échec du communisme au XX° siècle ?

Les réponses à ces questions peuvent éclairer le passé. Mais elles interrogent surtout l'avenir.



III- Notre proposition : fonder un autre parti.



Communisme ? Parti ? Ne pas esquiver les questions


>. L'échec du communisme au XX° siècle signifie-t-il la « mort » inéluctable, la « fin de l'histoire » pour le communisme ? Il faut selon nous poser franchement cette question, et la traiter autrement que sur le seul mode affectif ou commémoratif.

Il n'y a pas de « sens de l'histoire » impliquant l'existence, en tous temps et en tous lieux d'un courant de pensée et d'action communiste, obligatoirement incarné dans un parti communiste. Mais il y a une histoire qui se fait. Elle a du sens. Un sens qui n'est prédéterminé ni par une pensée philosophique, ni par la visée stratégique d'un parti politique. Un sens déterminé par le contenu et la forme des luttes des êtres humains pour vivre mieux et épanouir leur personnalité dans une société qui les respecte et les protège. Ces luttes ne se résument pas aux affrontements de classes. Mais l'affrontement entre les peuples et le capitalisme en est depuis plusieurs siècles un  élément essentiel.

Cet affrontement, dans ses contenus et dans ses formes actuelles porte du « sens » qui ne peut être indifférent à qui s'interroge sur la pertinence à notre époque de la pensée et de l'action communistes, de « l'association » de celles et ceux qui s'en revendiquent , et de la perspective d'un communisme dont Marx et Engels avaient tenu à préciser ( nous ne les avons visiblement pas entendus ! ) : il « n'est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'ordre actuel ».

Dans cet affrontement grandit la contestation concrète de ce qui fait l'essence même du capitalisme d'aujourd'hui, dominé par la « finance » et mondialisé :

C'est la contestation du droit des gros actionnaires à massacrer des entreprises et des êtres humains sur l'autel des profits financiers ;

C'est la contestation du droit des puissances d'argent à tout transformer en « marchandise ».

C'est la contestation des critères de la rentabilité capitaliste.

Contestation concrète, elle esquisse dans l'action d'autres critères : priorité à la recherche, à la qualification et aux salaires plutôt qu'aux « gains de productivité » renforçant l'exploitation des salariés ; critères « anti-précarité » imposant la sécurité d'emploi ou de formation et la reconnaissance des qualifications ; nouveaux droits donnant aux travailleurs et aux peuples les moyens de s'affranchir de la dictature « mondialisée » du capitalisme financier sur la gestion des entreprises , les échanges commerciaux, les économies nationales et régionales.

C'est la contestation concrète du dogme ultralibéral de la concurrence sans limite, lui opposant la revendication de coopérations et de mises en commun à tous les niveaux, impliquant des services publics efficaces et démocratiques.

C'est la contestation de la mondialisation capitaliste et du pillage des peuples et de leurs ressources naturelles par les « multinationales » et les puissances qui les servent. Contestation concrète par les luttes des peuples pour la paix, la liberté, l'indépendance, le respect de leurs choix sociaux et culturels, la préservation de leur environnement et de l'avenir de la planète.

Jamais cette contestation concrète du capitalisme, qui parle de respect humain, de coopérations et de mises en commun n'avait atteint un tel niveau dans l'identification de ce qui n'est plus tolérable comme dans l'approche collective de solutions qui dessinent des « pistes » pour un « après capitalisme ».

La victoire de la droite en France au printemps 2007 ne peut occulter la réalité de ce « mouvement » contestant concrètement le capitalisme - en France et partout dans le monde- et qui a manifestement quelque chose à voir avec ce « communisme » que l'on prétend définitivement mort. Mais si c'est de « communisme » qu'il s'agit, il serait faux de prétendre qu'il ne s'agit que de communisme. Le « mouvement réel » porté par les aspirations, les réflexions, les idées, les élaborations au cœur des luttes des êtres humains  aujourd'hui ne peut se résumer à la contestation de la « civilisation de la marchandise et de la concurrence de tous contre tous » pour avancer vers une « civilisation de partages et de solidarités de tous avec tous » qui serait tout entière contenue dans les limites de conceptions élaborées il y a plus d'un siècle. Avec les connaissances de l'époque, et en réponse aux problèmes que les hommes et les peuples se posaient alors.

Abandonner la référence au communisme serait « passer à côté » de ce qui grandit dans les consciences individuelles et collectives en ce début de XXI° siècle. Mais ce serait aussi « passer à côté » que de s'y cantonner sans s'ouvrir à d'autres références issues elles aussi du « mouvement réel », dans le « monde réel » d'aujourd'hui confronté à des problèmes nouveaux.

Des problèmes liés, par exemple à l'exigence grandissante des êtres humains à maîtriser leur vie - y compris et d'abord dans le travail - , et aux possibilités nouvelles d'y parvenir, ou  à l'impérieuse nécessité de préserver la planète laissée demain aux générations futures...

>. De même, si la victoire de la droite doit beaucoup à la faiblesse de la gauche, n'est-ce pas parce que ce « mouvement  » ne se reconnaît aujourd'hui dans aucune des offres politiques des composantes de cette gauche, parti communiste compris ? Et l'échec des candidatures refusant la référence à un parti (comme J.Bové) ou préférant à cette référence l'invocation d'une gauche « différente » sans existence réelle (comme MG.Buffet )  ne doit-il pas faire réfléchir ?

Il y a un rapport direct entre cette grande conquête républicaine qu'est le recours au suffrage universel pour décider des choix concernant la politique du pays et la manière de la conduire, et l'existence de partis politiques pour proposer ces choix. Il y a un rapport direct entre l'existence et l'action de véritables partis politiques et « l'identité nationale républicaine ». C'est une question sur laquelle les communistes français ont selon nous beaucoup à réfléchir et à innover. Ne pas l'avoir fait nous a conduits à être « désarmés » dans le débat sur « l'identité nationale » qui a marqué l'élection présidentielle.

Oui, il y a besoin - un besoin urgent- d'un parti dans lequel puisse se reconnaître et s'exprimer le mouvement qui conteste la domination du capitalisme sur la société française et sur le monde, et qui porte l'aspiration à un « bond qualitatif » vers une  civilisation   de partages et de solidarités.

Mais ce parti ne peut  reproduire ce qu'ont été dans le passé les partis politiques représentatifs des différentes composantes de la gauche française, PCF compris. Pour correspondre au besoin qui vient d'être évoqué, il doit prendre en compte les bouleversements intervenus dans la société et dans le monde, dans la vie des gens tout simplement, et dans des pratiques sociales nouvelles. Notamment des pratiques de démocratie directe. Celles ci ne peuvent, on l'a vu, se substituer aux pratiques républicaines dans lesquelles les partis politiques ont un rôle essentiel. Mais elles peuvent devenir un élément dynamisant d'une démocratie moderne.


>. Il faut le dire clairement : le PCF ne peut être ce parti dont le besoin se fait si cruellement sentir. Pour les raisons qui découlent des exigences qui viennent d'être évoquées. Car répondre à ces exigences implique une rupture avec les conceptions sur lesquelles il a été fondé et qui ont façonné sa « culture » et sa façon de vivre et d'agir.


Cette rupture n'induit en rien la négation de ce que ce parti a su faire de positif et d'utile à notre peuple, à notre pays, d'utile aux luttes des peuples pour la paix et le progrès. C'est même tout le contraire. Elle permet de clarifier une question jusqu'ici tabou : à quel « communisme » se réfère le PCF ? Il faut sortir d'une dualité de références qui brouille l'image du parti et sème le doute sur des positions et des actions passées dont les communistes d'aujourd'hui sont légitimement fiers.

Le communisme auquel se réfère le PCF, c'est celui dont les conceptions en matière de transformation sociale ont présidé à sa fondation. Il renvoie l'image de l'expérience soviétique et de son issue dramatique. Mais c'est aussi le « communisme français » dont les racines remontent loin dans l'histoire du pays. Il l'a explicitement  invoqué lorsqu'il est heureusement « sorti des clous » des conceptions fondatrices pour contribuer aux larges rassemblements du Front Populaire et de la Résistance. Il s'y est référé en entreprenant « la mutation » dans les années 1995-2000.


Il n'y a pas d'avenir sans rupture avec ce qui dans le passé a obscurci la vision de ce que des centaines de milliers d'hommes et de femmes communistes ont fait au service des travailleurs, du peuple, et du pays .Il n'y a pas d'avenir sans rupture avec ce qui a trop souvent limité ou coupé leurs élans novateurs et les a ramenés chaque fois vers des stratégies et des pratiques de repli idéologique et politique. Il n'y a pas d'avenir dans un immobilisme qui serait précisément un reniement de l'intelligence et de l'audace dont ils ont su faire preuve en des périodes décisives de l'histoire du pays, et qui ont permis un enracinement populaire du PCF dont les traces sont encore fortes malgré le déclin des dernières décennies.



Les communistes français face aux recompositions en cours

 


Partout - et notamment en Europe - des recompositions politiques sont à l'œuvre, à gauche comme à droite.


Le XX° siècle s'est en effet achevé sur un cumul explosif d'échecs :


ØEchec du communisme. Il avait commencé le siècle avec une révolution réussie. Il l'avait poursuivi avec l'Union Soviétique deuxième puissance mondiale, essaimant en Europe et au-delà. Il l'a terminé dans l'effondrement des « pays du socialisme réel » et la marginalisation ou la disparition des partis communistes ;

ØEchec de la social-démocratie. Le « modèle social » qu'elle avait instauré dans plusieurs pays n'a pas résisté à la mondialisation du capitalisme financier avec lequel elle avait espéré pouvoir composer en en limitant les « excès ». Partout, les partis socialistes et socio-démocrates s'interrogent sur les finalités de leurs politiques - notamment de leurs pratiques gouvernementales. Beaucoup connaissent une véritable crise d'identité. Partout ils cherchent comment et avec qui « rebondir ». C'est le cas du Parti socialiste en France».

ØEchec de GW Bush aux Etats-Unis et dans sa politique de force sur la scène internationale ; difficultés de la mondialisation capitaliste se heurtant toujours davantage aux peuples qui veulent maîtriser leur destin et refusent la poursuite du pillage de leurs ressources : l'offensive lancée par le capitalisme dans les années 1970 , en anticipant la fin du monde « bipolaire » dominé par l'URSS et les USA, et en tentant d'organiser un monde que  les Etats-Unis domineraient sans partage, a « réussi » dans un premier temps. Elle rencontre aujourd'hui des difficultés majeures. Et malgré sa nette victoire,  N.Sarkozy n'est pas assuré de gagner son pari visant à  réussir ici ce qui est en train d'échouer ailleurs.

C'est dans ce contexte que s'engagent en France d'importantes recompositions politiques.

ØA droite,  N.Sarkozy veut que sa majorité présidentielle couvre tout le terrain, du centre à la droite la plus à droite. A gauche,  le Parti socialiste  cherche à occuper seul tout le terrain allant de « l'aile gauche de la gauche » jusqu'au centre. En absorbant tout ce qui se trouvera sur son passage (Verts, Radicaux de gauche, « Chevènementistes », et éventuellement « électrons libérés » par « l'explosion » attendue du PCF...). Et  la LCR veut quant à elle fédérer tout ce qu'elle pourra « prendre » à la gauche du PS.

Les uns et les autres s'accordent dans l'espoir de pouvoir s'approprier au passage les « dépouilles » du PCF. Les uns comme les autres s'attachent à empêcher  les éventuelles velléités  de scission dans leurs rangs. Ceux qui, au PS, laissaient entrevoir la possibilité de construire « autre chose » à gauche, à l'image du rassemblement du « non » sur les tribunes de la campagne référendaire, s'entendent répondre qu'ils pourront le faire dans le cadre du « grand parti » envisagé aussi bien par F.Hollande que par H.Emanuelli. Et le projet de nouveau parti d'extrême gauche lancé par la LCR entend bien intégrer ceux de ses militants qui s'étaient engagés dans les « collectifs unitaires ».

Quelles que soient leurs interrogations ou leurs hésitations sur la voie à suivre dans une situation si difficile et compliquée, les militantes et militants communistes voudront réfléchir et décider par eux mêmes des initiatives à prendre. Et entreprendre eux mêmes les constructions nouvelles nécessaires.

Ils n'attendent pas qu'on les engage - même avec les meilleures intentions du monde - à leur place, « de l'extérieur », sans qu'ils sachent avec qui ni pour aller où. Ils n'attendent pas non plus que, faisant comme s'ils n'existaient déjà plus en tant que collectif capable de décider de son sort, on leur demande de « contribuer » à un projet qui ne serait pas le leur. Pourquoi décider d'emblée que puisqu'il n'a pas été possible hier de transformer le PCF, les communistes ne seraient pas capables aujourd'hui de faire face à la situation - y compris en s'ouvrant pour cela à la coélaboration avec d'autres, non membres du PCF, qui se retrouveraient avec eux dans une conception neuve du parti nécessaire à notre époque?  C'est aux hommes et aux femmes communistes - adhérents ou non aujourd'hui du parti- qu'il faut selon nous soumettre des idées, des propositions. Avec confiance. Avec  respect pour elles et pour eux, pour ce qu'ils représentent , pour ce que, même défait , même affaibli , leur parti, notre parti, représente dans ce pays ! Avec esprit de responsabilité et volonté de construire dans la diversité.

 

 

Quelles propositions pour « un autre parti » ?

 


Il ne s'agit pas de formuler LA proposition devant laquelle tout le monde s'exclamerait : « mais oui, bien sûr, c'est ça qu'il faut faire » ! Il s'agit d'aller au bout d'une réflexion et d'en soumettre le résultat à la discussion, en espérant qu'elle apportera quelque chose à l'élaboration collective.

Il ne s'agit pas de formuler une proposition contre d'autres propositions déjà formulées ou qui le seront dans les semaines qui viennent, mais  pour un débat constructif en vue duquel chacun doit voir « toutes les cartes » sur la table.


1. Cette proposition, c'est que les l'on crée les conditions - c'est à dire que l'on prenne les initiatives appropriées- pour que les hommes et les femmes communistes de France - membres ou non du PCF - puissent trouver en eux-mêmes les ressources pour fonder ensemble un autre parti politique.


Un autre parti politique pour qui le mouvement doit être le levier majeur de la transformation sociale. Et nous voulons préciser que par « mouvement » nous entendons tout à la fois : le mouvement populaire, les luttes sociales, le mouvement des idées et de la culture, les initiatives et propositions du monde associatif, l'action et les propositions des partis politiques - dont bien sûr celui que nous proposons aux communistes de fonder -. Une action impliquant la participation aux institutions et aux pouvoirs à tous les niveaux, chaque fois que cela peut permettre des avancées et des conquêtes nouvelles ; chaque fois que cela peut permettre au mouvement d'ensemble de progresser, de gagner des positions nouvelles modifiant positivement les rapports de forces idéologiques et politiques.


Un autre parti politique ne se considérant pas lui-même « extérieur »  (« au dessus » ou « à côté ») mais « partie prenante » au mouvement. Avec le souci constant d'y être un apport vivifiant par ses propositions et ses initiatives, sa contribution aux débats d'idées, aux recherches, aux innovations, aux luttes sociales et démocratiques. Il s'agit pensons-nous d'être bien sûr « à l'écoute » des revendications et des aspirations telles qu'elles s'expriment vraiment, et aussi « d'entendre » et de comprendre les idées, les solutions qui s'élaborent dans le mouvement.


Et, inséparablement, il faut faire exister par lui-même ce parti, développant et portant dans le débat ses analyses, ses propositions et ses initiatives.

 

Un autre parti politique actif et entreprenant pour faire progresser son organisation et son audience - y compris bien sûr son audience électorale - au service des progrès du mouvement contestant concrètement le capitalisme et ouvrant des pistes pour en libérer la société française et participer aux luttes pour une autre mondialisation de solidarités et de coopérations.

 

Un autre parti politique entreprenant et créatif sur le terrain de la conquête de droits et de pouvoirs nouveaux pour les salariés dans les entreprises et dans l'économie, pour les citoyens dans tous les secteurs et à tous les niveaux de la société.

 

Un autre parti politique entreprenant et créatif dans les luttes pour la conquête de positions électorales et de pouvoirs dans les différentes collectivités et assemblées où se fait quotidiennement « la politique » qui détermine la vie de millions de nos concitoyens. Un parti sachant pour cela proposer à tous les niveaux des programmes d'action concrète audacieux et réalistes, en appui sur le mouvement et le soutenant ; des candidates et candidats s'engageant  résolument dans leur mise en œuvre,  qu'ils soient dans l'opposition ou dans une majorité , et rendant compte de leur activité devant les populations.


Un autre parti politique sachant prendre les responsabilités que le suffrage universel lui aura confiées, en participant au pouvoir dans les assemblées élues et le cas échéant au gouvernement.  Non pas en entretenant l'illusion que cette seule présence suffirait à régler des problèmes que l'intervention des citoyens et les luttes populaires n'auraient pu résoudre, mais en utilisant le pouvoir pour : - généraliser et consolider les conquêtes sociales et démocratiques obtenues par les luttes ; -  s'attacher à toutes les avancées qui peuvent permettre aux individus de participer pleinement à la vie démocratique et au développement du mouvement populaire : ce qui couvre un champ immense allant de la réduction du temps de travail ( qui n'est pas seulement une mesure « sociale ») aux secteurs de l'éducation, de la formation, de la culture ( pas seulement « l'accès » à la culture mais les moyens de participer à la « création » qui est aussi un moyen de comprendre le monde pour le transformer ), de la vie associative... ; -  fournir au mouvement les informations et les propositions dont il a besoin pour être le plus efficace possible.


Un autre parti politique sachant rechercher et réaliser des rassemblements et des alliances multiformes permettant la rencontre des acteurs du mouvement social et démocratique et des militants et responsables politiques, dans le respect de l'indépendance et des tâches spécifiques des uns et des autres, en évitant la confusion des genres qui a contribué à l'échec des « collectifs unitaires ». La question mérite une réflexion approfondie à partir de l'expérience de celles et ceux qui y ont participé.

Un autre parti politique animé d'une vision nouvelle de sa vie et de son activité, faisant de l'ouverture aux autres et de la recherche du travail en commun pour les luttes comme pour l'élaboration des propositions une constante de l'activité des adhérents et des organisations, et pas seulement une pratique ponctuelle à l'occasion des échéances électorales.



2.  Comment, à partir de quelles références cet autre  parti se définira-t-il ?

Pour les raisons déjà exposées, la référence au communisme nous paraît indispensable - non par nostalgie ou par « dogmatisme », mais parce qu'elle correspond au « mouvement réel » au service duquel doit être ce parti. Mais on ne peut ignorer la difficulté qu'elle comporte : sous quelle forme affirmer cette référence pour qu'elle ne soit pas référence au passé plutôt qu'à l'avenir ? Comment montrer qu'elle correspond à des exigences d'aujourd'hui et pas à des dogmes et à des pratiques du passé ? Et en même temps comment montrer qu'elle est aussi dans la continuité d'un apport réel du communisme - notamment du communisme français - qu'il n'est pas question de renier  et auquel beaucoup, parmi ceux-là mêmes qui ne votent plus régulièrement pour le PCF sont profondément attachés?

Mais, on l'a vu d'autres références s'imposent aujourd'hui. Liées à un humanisme transformateur du XXI° siècle qui se construit dans toutes les luttes contre les dominations, exploitations et aliénations auxquelles sont confrontés les être humains et les peuples, elles sont la base sur laquelle des hommes et des femmes sont prêts à s'engager sans problème aux côté de militants et dans un parti se revendiquant d'un communisme de notre temps. Comment trouver la forme pour associer de façon visible et mobilisatrice ces différentes « références » dans la façon dont - au delà de son nom qui ne pourra pas tout dire -   cet « autre parti » se définira ? On ne peut visiblement résoudre cette question aujourd'hui. Et pourquoi voudrait-on le faire avant d'en avoir débattu avec tous les intéressés - à commencer bien sûr par celles et ceux qui constituent aujourd'hui le PCF?






IV- Un débat ouvert ; nourri de la richesse des différences.



C'est un vaste débat qu'il faut ouvrir. Un débat d'abord sur le fond. Le problème n'est pas «  quel parti voulons nous ? » mais « de quel parti a-t-on besoin ? ».

Il ne peut s'agir d'un débat seulement « théorique ». Il doit « coller » à l'expérience militante - aux expériences militantes, qu'il doit solliciter. Et aux nécessités de la lutte. Elle s'annonce rude dans les mois et les années qui viennent. On ne peut cesser d'y participer, « pour cause de travaux de fondation d'un autre parti » !

Il y a besoin d'un débat dont les participants sachent s'écouter en faisant l'effort d'entendre vraiment ce que les uns et les autre disent, et d'en évaluer l'apport. Un débat dans lequel les communistes sauront s'ouvrir à tous ceux qui veulent y contribuer, avec le souci de les associer pleinement à une construction commune.

Ainsi conçu, un tel débat ne peut aboutir en l'espace de trois ou quatre mois.

Peut-il être enfermé dans les procédures habituelles de préparation des congrès du PCF, dans des formes et dans un calendrier décidés « d'en haut » ? Cela ne paraît ni possible ni surtout souhaitable. Il est indispensable que toutes les sensibilités qui existent dans le Parti communiste - depuis longtemps maintenant, et à partir de divergences sur le fond - puissent mettre leurs idées et leurs propositions en débat, les confronter entre elles, et travailler réellement ensemble si elles en ont la volonté. Et il faut que les hommes et les femmes qui ne sont pas membres du PCF et qui veulent participer à ce travail, ou simplement donner leur point de vue puissent le faire.



Il s'agit donc de prendre le temps et de se donner les moyens d'un débat constructif, non pour rechercher un «  compromis » ambigu et « mou » , mais avec la ferme volonté de rassembler dans le respect des différences, autour d'une volonté commune d'élaboration novatrice ambitieuse.


Le Conseil national du PCF a décidé de la tenue d'un « congrès extraordinaire » à l'automne prochain. Les intentions jusqu'ici exprimées quant aux objectifs et au contenu de ce congrès extraordinaire ne semblent pas correspondre aux nécessités. Et l'on peut sérieusement douter par ailleurs de la possibilité de mener de bonne façon le débat qui s'impose dans une période au cours de laquelle les communistes consacreront beaucoup de temps et d'efforts à la préparation d'élections municipales dont les enjeux auront quelque importance dans la situation créée après les résultats des scrutins présidentiel et législatifs. Ce congrès, qui sera de toute façon utile pour discuter dans la perspective des échéances municipales, pourrait donc avoir pour objectif de procéder à un relevé des différentes analyses et propositions et donner lieu à un premier débat national sur cette base. Et il pourrait s'achever par des décisions concrètes pour la préparation d'un congrès en 2008, qui se prononcerait à partir des choix effectués par les communistes sur la base des propositions dont ils auraient eu le temps et les moyens de débattre.



L'une des décisions que pourrait prendre le congrès extraordinaire de l'automne 2007, pourrait être de mettre en place une direction pluraliste, chargée d'assurer la préparation du congrès de 2008 dans les meilleures conditions. Ce congrès de 2008, quant à lui, mettrait en place une direction  en conformité avec les orientations qu'il aurait choisies.

 

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 23:19

CONTRIBUTION POUR UN DEBAT OUVERT ET CONSTRUCTIF



Après les élections présidentielle et législatives du printemps 2007, les interrogations ne manquent pas. Pourquoi la droite l'a-t-elle emporté malgré son lourd bilan des cinq dernières années ? Pourquoi la gauche a-t-elle été si durement battue ? Pourquoi ces nouveaux et graves reculs du Parti Communiste Français ? Quel avenir pour ce parti ? Quel sens peuvent avoir aujourd'hui une « ambition communiste », un «  projet communiste » ? Quelle place, quel rôle pour un parti politique s'en réclamant ? Quel « espace » pour le courant de pensée et d'action communiste dans les « recompositions politiques » qui s'annoncent ?



Ces questions, nous voulons les affronter.

 

 

Nous sommes des femmes et des hommes communistes de différentes générations. Nous exerçons ou avons exercé des responsabilités à différents niveaux du PCF.

A différents moments, nous avons contribué à la réflexion et au débat des communistes sur ce qu'il convenait d'entreprendre pour donner un nouvel élan au communisme français. Dans les années 1960-1970, quand il s'agissait de rompre avec le « modèle soviétique », de rechercher une voie française originale pour la transformation sociale, et de nouvelles conceptions pour l'organisation et le fonctionnement de notre parti. Celles et ceux d'entre nous qui se sont à l'époque engagés dans cette entreprise novatrice, l'ont fait avec espoir et détermination. Et souvent avec enthousiasme. Ils ont connu des satisfactions, mais aussi beaucoup de déceptions, car en dépit de leurs efforts, le déclin du PCF se poursuivait sans qu'ils voient la possibilité de l'enrayer vraiment. Plus récemment, nous avons tous mis beaucoup d'espoir dans ce que l'on a appelé « la mutation » de la fin des années 1990. Nous nous y sommes investis sans réserve. C'est à cette période et pour cette raison que les plus jeunes d'entre nous ont décidé de rejoindre le Parti communiste, ou d'y prendre des responsabilités de direction. Si nous avons tous mesuré et apprécié « l'appel d'air » que constitua la Mutation, nous en avons toutes et tous également constaté les limites, et douloureusement vécu l'échec. Enfin, nous avons ensemble pleinement participé aux débats qui ont traversé le PCF depuis 2002.

C'est à partir de ces expériences diversement vécues que nous abordons les questions d'aujourd'hui. Nous avons décidé de faire connaître ensemble nos analyses et nos propositions.

Ces analyses et propositions, nous ne les formulons pas en opposition à d'autres analyses et propositions émanant d'autres femmes et hommes communistes aux « sensibilités » différentes. Ce que nous recherchons c'est l'engagement d'un débat exigeant entre tous les communistes. Celles et ceux qui sont membres de notre parti bien sûr ; mais aussi beaucoup d'autres, « communistes de cœur » ou qui s'intéressent à ce parti et à son avenir, qui s'en inquiètent, et qui peuvent souhaiter participer au débat.

Toutes les cartes doivent être sur la table. En toute transparence. C'est pourquoi nous voulons indiquer d'emblée les deux principales propositions que nous voulons soumettre au débat :



1.                     Nous proposons de mettre en discussion le principe de la fondation d'un autre parti politique.

Il est clair pour nous que cette éventuelle fondation d'un autre parti doit être avant tout l'œuvre des hommes et des femmes communistes - et d'abord bien sûr à l'initiative de celles et ceux qui sont membres du PCF. A l'exclusion de toute « opération » pilotée « d'ailleurs ».

Nous pensons qu'une telle initiative, ouverte largement vers celles et ceux, non membres du PCF qui voudraient y participer, pourrait être un apport significatif aux recompositions nécessaires afin que la gauche française trouve les voies et les moyens  pour offrir une alternative claire et mobilisatrice à la poursuite et à l'aggravation de la politique de la droite.


2. Nous proposons dans cet esprit que dans les semaines qui viennent les différentes sensibilités communistes, et toutes celles et tous ceux qui estimeront devoir soumettre leurs idées au débat, exposent clairement leurs analyses et propositions. Toutes les cartes étant ainsi « sur la table », un vrai débat pourrait s'engager entre les communistes qui veulent pouvoir décider eux-mêmes en toute connaissance de cause de l'avenir de leur organisation. Un débat dans le même mouvement ouvert à toutes celles et tous ceux qu'une telle démarche intéresserait.


Un pareil débat ne peut être contenu dans le cadre habituel de la préparation de nos congrès, fussent-ils « extraordinaires ». Il faut organiser la confrontation des idées et des propositions dans toute la richesse de leur diversité, et la mise à disposition de toutes et tous de la totalité des opinions émises et de leurs éventuelles évolutions à la lumière des échanges qui devront jalonner le déroulement de la discussion. Cela exige du temps et des moyens pour réussir. Il faut selon nous y travailler dès maintenant. 

Dans un premier temps, nous voulons soumettre au débat les analyses et propositions suivantes :                


I- Comment analysons-nous la séquence électorale 2007 ?


 En donnant à la droite une large majorité à l'Assemblée Nationale les électrices et les électeurs ont confirmé en Juin leur choix du 6 Mai faisant de N.Sarkozy le nouveau Président de la République. Ainsi, pour la première fois depuis 1981, les « sortants » n'auront pas été « sortis ». C'est le fait majeur de cette séquence électorale présidentielle / législatives de 2007.

Naturellement, un autre fait interroge les communistes et tous ceux qui s'intéressent au PCF, à sa place et à son rôle dans notre société : 1,93% à l'élection présidentielle ; disparition d'un groupe communiste de 20 députés à l'Assemblée Nationale... Pourquoi ?

   Gardons nous des explications sommaires. Défions-nous aussi bien du « c'est la faute aux autres, nous n'y sommes  pour rien », que du « tout est notre faute, les autres n'y sont pour rien ».   Les institutions poussant à toujours plus de présidentialisme donc de bipolarisation, le matraquage des sondages par les médias, le PS et ses appels au vote « utile » appuyés sur le souvenir de l'élimination de la gauche au premier tour en 2002  ...ont évidemment rendu plus difficile la tâche des militantes et militants communistes, de leurs candidates et candidats, malgré les campagnes intenses et déterminées qu'ils ont menées. Mais étaient-ils vraiment en situation de convaincre largement de l'utilité du vote communiste ?

Il ne s'agit pas de désigner des « coupables » puis de dresser un réquisitoire, comme on l'a trop souvent fait pour « expliquer » les reculs et les échecs. Il ne peut non plus s'agir de s'abandonner à un « fatalisme historique » qui inscrirait l'échec aujourd'hui et peut-être « la disparition » demain du PCF dans une logique inéluctable résultant des évolutions du monde, de l'Europe et de la société française

Et il faut prendre en compte tous les aspects d'une situation complexe :pour le PCF,le premier tour des élections législatives n'a pas ressemblé au premier tour de la présidentielle .Certes, avec 4,3% au niveau national(contre 4,8% en 2002)le Parti communiste ne peut retrouver le même nombre de députés lui permettant de constituer un groupe. Mais dans beaucoup de circonscriptions, et en liaison avec un intense travail militant mené sur des objectifs politiques clairs, pour les idées, les propositions et les candidates et candidats communistes, les résultats ont été nettement meilleurs le 10 juin que le 22 avril .C'est particulièrement vrai dans les circonscriptions des députés sortants .Les résultats des candidates et candidats témoignent de leur audience populaire personnelle .Ils sont liés à l'implantation et à l'activité des organisations du PCF,et à l'attachement d'une partie importante de l'électorat à ses élus communistes .C'est tout cela qu'il faudra analyser .Pour comprendre ce qui vient de se passer .Et pour envisager l'avenir .Dans ces conditions,  La bonne méthode n'est elle pas de s'efforcer de replacer l'analyse des résultats du PCF dans une vision d'ensemble des attentes majoritaires dans  notre peuple ; de la façon dont elles s'étaient déjà exprimées lors de scrutins nationaux importants, notamment en 2002 et pour le référendum de 2005 ; et des « offres » des différents candidats et partis politiques face à ces attentes ?



L'exaspération de 2002, amplifiée en 2005



Depuis le milieu des années 80, les « alternances » se sont succédées. Les grands mouvements sociaux ont pu arracher des avancées ou empêcher des mauvais coups. Des gouvernements de gauche poussés par ces mouvements ont pu prendre des mesures positives. Mais les attentes fortes exprimées dans les élections et les luttes sociales n'ont pas été satisfaites. La majorité de notre peuple a dû subir toujours plus une « insécurité globale » : Insécurité sociale ( chômage, précarité, pauvreté, incertitude de l'avenir... ) ;Insécurité économique (tout est suspendu aux exigences de rentabilité du capitalisme financier) ; Insécurité de la vie ( une société déchirée par la mise en concurrence de tous avec tous ) ; Insécurité planétaire ( un monde malmené par la mondialisation capitaliste, et inquiet pour l'avenir même de la planète) ; Insécurité à la fois personnelle et collective ( chaque être humain se sent concerné, pour lui même, sa famille, ses proches, le groupe social, le courant de pensée ou de croyance auquel il se rattache...ou l'ethnie, le peuple, la nation, le continent d'origine de sa famille ou de celle de ses proches).        

Les forces qui ont dominé la vie politique ces dernières décennies - à droite,  De Gaulle et ses « héritiers », à gauche Mitterrand et les siens - ont chacune à leur manière justifié la soumission aux dogmes du néolibéralisme et aux contraintes de la mondialisation. Notamment en engageant la France dans une construction européenne enfermée dans le carcan de ces contraintes. La stabilité du système d'alternance qu'elles ont mis en place et maintenu pendant un quart de siècle a permis d'opposer un véritable « verrou » politique et institutionnel au refus de « l'insécurité globale » et à l'attente d'une évolution radicalement différente de la société qui s'exprimaient dans les luttes sociales et dans les urnes.

C'est dans ce contexte qu'est intervenu le « séisme » du 21 avril 2002. Excédés de n'être jamais entendus,  les électrices et électeurs se sont trouvés une fois encore confrontés à un « verrouillage » politique. Ils aspiraient majoritairement à une rupture, mais les principales forces politiques proposaient de continuer comme si de rien n'était. Ils les ont durement sanctionnées. Faute d'une offre crédible prenant en compte leur exaspération et leur aspiration à rompre avec un système politique interdisant de vrais changements, beaucoup se sont tournés vers des votes protestataires et populistes, tandis que l'abstention était massive, notamment dans l'électorat de gauche.

Mais les conséquences ont été paradoxales : l'élection de J.Chirac avec plus de 80% des voix, puis celle d'une majorité UMP ont permis au Président et à ses gouvernements d'aggraver encore les politiques qui venaient d'être condamnées par le suffrage universel. Tandis que de son côté le Parti socialiste se préparait à une nouvelle « alternance » en 2007, pour lui aussi « continuer ». Considérant que ses succès électoraux en 2004 auguraient d'une victoire facile, sur la seule base du rejet de la droite au pouvoir, il estimait ne pas devoir reconsidérer ses orientations et ses comportements

C'est donc logiquement que de l'exaspération s'est à nouveau exprimée lors du référendum de 2005 sur le TCE. Une exaspération poussant à dire « non » au système politique appelant à voter « oui ». Une exaspération au contenu politique transcendant les frontières traditionnelles séparant les différents électorats. Une majorité d'électrices et électeurs de tous bords ont exprimé la même protestation contre une construction européenne conduite en dehors des peuples, sans entendre leurs exigences et organisant l'aggravation de « l'insécurité globale » sans qu'ils aient les moyens de s'y opposer. Le « non » l'a emporté. Mais encore une fois, rien n'a changé. Le système a continué à étouffer les exigences de changement. Provoquant toujours plus d'exaspération. Mais aussi du découragement, du doute sur la possibilité de changer les choses, aussi bien par la voie de luttes sociales rendues difficiles en raison d'un rapport de forces défavorable, que par celle de « la politique » et des élections.

L'exaspération et l'aspiration à des « ruptures », exprimées en 2002 et amplifiées en 2005 allaient-elles de nouveau marquer les échéances de 2007 ? Ou bien le découragement allait-il inciter à « continuer » comme avant ? Mais sans permettre cependant « d'aller de l'avant », car on ne va pas de l'avant avec un peuple démotivé ! Ces questions étaient posées à tous les partis, aux candidats, de droite comme de gauche.



2007 : des « offres » nouvelles et une « récupération » réussie



A la différence de 2002, la plupart des candidats à l'élection présidentielle de 2007 se sont efforcés de prendre en compte, à la fois le besoin de « rupture » avec le système politique, et l'exigence de « sécurisation » pour le présent et l'avenir. Les  «offres politiques » des candidats du trio de tête du 22 avril ont été appréciées par les électeurs moins en fonction de leurs votes habituels qu'en rapport avec le jugement qu'ils portaient sur la crédibilité de leurs auteurs pour « faire ce qu'ils disaient ».


ØLes « offres » de N.Sarkozy et la façon dont elles ont été présentées témoignent d'une redoutable maîtrise des techniques de communication.  Une maîtrise appuyée sur une recherche réelle de compréhension des processus par lesquels se construisent les représentations de la réalité vécue, et se forment et évoluent les idées.  C'est plutôt à gauche, et notamment dans la gauche se réclamant du marxisme, qu'on avait dans le passé le souci de fonder la démarche politique sur une telle approche...Peut-être convient-il de s'interroger à ce sujet. Loin de nous en dispenser, le fait que N.Sarkozy a pu nourrir de cette approche une dangereuse démagogie manipulatrice devrait au contraire nous y inciter.

Le candidat de l'UMP a cultivé pendant cinq ans une image « d'homme nouveau », soucieux de « rupture » et animé d'un « volontarisme » porteur d'efficacité.

Les liens affichés avec les milieux d'affaires, les grandes fortunes et le MEDEF lui assuraient quoi qu'il fasse le soutien de son électorat « de classe ». Il s'est donc d'abord attaché à conquérir  les composantes de l'électorat populaire qui ne sont pas structurellement acquises à la gauche : - l'électorat populaire qui vote traditionnellement à droite;  - celui que les déceptions ont conduit à rejeter à la fois la droite et la gauche, et qui pouvait être conduit à se tourner vers un « homme providentiel » affichant la volonté de « remettre de l'ordre », avec un pouvoir fort ; -  celui qui, souffrant le plus, a le plus besoin d'être « sécurisé » et désespère d'y parvenir par l'action collective, syndicale ou politique ; - celui qui n'a pas hésité à voter Le Pen en 2002.

Il suffit d'énumérer ces différentes « cibles » pour que revienne en mémoire la façon dont N.Sarkozy les a « soignées » durant toute sa campagne. Il n'est pas nécessaire d'y revenir en détail. Deux remarques cependant paraissent utiles :


ØReprenant à son compte l'exigence collective de « sécurisation sociale »,  N.Sarkozy l'a associée à l'exigence individuelle tout aussi forte de ne pas être « assisté » mais « considéré » et « responsable ». Mais alors que l'insécurité est la conséquence des politiques libérales, il a su convaincre que c'est une nouvelle figure du libéralisme - une sorte de « libéralisme d'Etat », qui peut apporter la solution : l'Etat intervenant dans tous les domaines -y compris l'économie- afin de « libérer » la possibilité pour chaque individu de s'en sortir, en travaillant plus, en « méritant » plus, en étant meilleur que les autres...au service des objectifs du capitalisme financier. Là encore, la démagogie électorale était sous-tendue par une réflexion de fond sur les moyens nouveaux à mettre en œuvre  pour résoudre un  problème récurent du capitalisme de notre temps :  comment intégrer les salariés et les milieux populaires à ses objectifs sans provoquer de « cataclysme » social et politique ? Comment faire face aux défis de la mondialisation capitaliste en mobilisant un peuple derrière des objectifs à l'évidence contraire à ses intérêts ?.. La droite française cherche depuis longtemps  à résoudre cette contradiction. « L'offre politique » de N.Sarkozy proposait une réponse. Et là encore, on ne peut esquiver la question : a-t-on suffisamment, à gauche en général et au Parti communiste en particulier, travaillé pour opposer à cette réponse une argumentation convaincante ?


ØTransgressant la « règle » établie par J.Chirac,  N.Sarkozy a ostensiblement cherché les voix du Front National. Il a réussi à en capter un grand nombre. Il n'a pas hésité pour cela à recycler à son profit les thèmes lepénistes. Faut-il ne voir là qu'une habileté ? Ne faut-il pas plutôt s'intéresser à une cohérence qui ne dessine nullement le visage d'une « nouvelle droite », mais indique un retour, dans les conditions de 2007, de la vieille droite autoritaire, réactionnaire, et revancharde. La vieille droite de tradition bonapartiste et populiste à laquelle le peuple français s'est quelquefois donné ou a été tenté de céder aux XIX° et XX° siècles.  La vieille droite qui n'en finit pas de vouloir une revanche sur le Front Populaire que la « révolution nationale » pétainiste avait cru effacer mais dont la Libération a repris et amplifié les conquêtes. La vieille droite qui veut sa revanche sur 1968, sa revanche sur les combats qu'elle a depuis perdus  - celui de Juppé, battu en 1997, revenant en 2007 ; ceux d'ex ministres contraints par le mouvement populaire d'abandonner tout ou partie de leurs projets et qui reviennent à la charge ; ceux de personnages liés aux milieux obscurantistes et "intégristes" qui se sont jusqu'ici opposés en vain aux progrès de civilisation arrachés ces dernières décennies...(au delà du « cache-sexe » Kouchner la composition du gouvernement Fillon est à cet égard significative ). La vieille droite qui n'a jamais pu imposer l'alignement de la France sur le modèle américain  et qui rêve cette fois d'y parvenir.

L'existence d'une telle droite, autoritaire et populiste, n'est pas une « spécificité   française ». Et sans doute faut-il réfléchir au fait que, dans la tradition des politiciens qui ont  incarné cette droite, en France et ailleurs, les références aux valeurs de gauche, aux « mots » de gauche - jusque ceux de « socialisme » ou de « révolution », ont souvent masqué la nature réelle  des politiques suivies. Mais quand la droite la plus ultra peut se payer ce luxe , c'est que vraiment ça va bien mal à gauche !.. Le temps de l'indignation passé,  de cela aussi il faudra bien se soucier ! Le Parti communiste est concerné au moins autant que les autres à gauche.


>. S.Royal s'est, elle aussi, efforcée de prendre ostensiblement en compte l'exigence de « rupture ». D'abord en valorisant la possibilité qu'une femme devienne pour la première fois Présidente de la République. Mais l'argument était à double tranchant dans un pays qui refuse obstinément de donner leur place aux femmes dans la vie politique, ce qui nourrit le doute sur leur capacité à exercer de hautes fonctions. La candidate socialiste en a subi les conséquences. Dans son propre parti. Puis dans l'électorat, y compris dans l'électorat féminin...

Elle s'est présentée comme une femme « libre », ouvertement critique sur les politiques menées hier par les gouvernements socialistes - notamment celui de L.Jospin - et distante du Parti socialiste et de ses « éléphants », qu'elle a affrontés et battus lors de la « primaire » de l'automne 2006. On peut d'ailleurs penser, au vu du comportement des électeurs et des adhérents du PS lors du référendum de 2005, qu'elle n'aurait pu, sans cette distanciation, ni gagner cette primaire, ni ensuite obtenir les résultats qu'elle a obtenus le 22 avril et le 6 mai. A l'évidence, d'autres candidats socialistes ne les auraient pas obtenus. On en a d'ailleurs confirmation par les jugements sévères portés depuis sur le PS, ses dirigeants et ses « éléphants » par leurs propres électeurs, sympathisants et adhérents.

Comme N.Sarkozy, la candidate socialiste a voulu prendre en compte en même temps l'exigence de sécurisation sociale collective et l'attente de reconnaissance des individus, de leurs capacités d'initiative et de responsabilité - notamment dans le travail. Elle l'a fait en avançant un concept - resté au demeurant assez vague - de « donnant - donnant » articulé autour de « contrats » entre la collectivité et l'individu.

Mais son autonomie par rapport au PS et à ses « éléphants », qui n'ont pas hésité à la contrer et à la contraindre à changer de pied plusieurs fois au cours de sa campagne, s'est vite révélée très relative. A la différence de N.Sarkozy « prenant » aux chiraquiens la direction de l'UMP et la rassemblant derrière lui pour soutenir une politique affichée comme « en rupture » avec celle de J.Chirac, S.Royal n'a pas réussi à convaincre de sa capacité à entraîner sa propre formation politique derrière elle pour faire une politique réellement nouvelle, en rupture avec les politiques passées du PS. 

De la même façon, la tentative de « démocratie participative » ( au demeurant limitée ) qui avait marqué la pré-campagne de S.Royal, soucieuse d'afficher la volonté de « sortir du système politique », s'est vite heurtée à la rigidité de l'appareil socialiste. Elle ne pouvait s'en affranchir, alors même que N.Sarkozy pouvait quant à lui se présenter comme porteur d'idées neuves correspondant aux demandes des Français, et capable de les imposer à son camp. Face aux rappels au respect du programme officiel du PS, élaboré sur des compromis d'appareil, sans véritables réflexions nouvelles sur les vrais défis de notre temps comme sur les raisons de l'échec de 2002 , et refusant de s'engager sur les moyens réels - financiers et démocratiques- d'une autre politique, les idées lancées par la candidate socialiste pour tenter de répondre aux attentes populaires par des propositions nouvelles sont restées à l'état de « slogans » sans véritable consistance, donnant l'impression d'une continuelle improvisation, annonciatrice d'inefficacité.

>. F.Bayrou, quant à lui, s'est surtout concentré sur la dénonciation de l'inefficacité d'un système politique fondé sur l'affrontement de deux camps et leur alternance au pouvoir.

Il  s'est appuyé pour cela sur les déceptions provoquées par les alternances successives, et sur l'idée assez répandue, et régulièrement reprise par certains médias  que droite et gauche seraient aujourd'hui des notions dépassées puisque dans les faits les politiques de l'une et de l'autre conduisent aux mêmes résultats. Et il a tenté de convaincre qu'il était, de par sa position « centriste » et à partir des « distances »  qu'il avait prises ces dernières années avec l'UMP, le seul capable de conduire le pays vers un changement politique radical,  en « prenant les bonnes idées partout », et en rassemblant toutes les compétences, de quelque bord qu'elles soient, dans un même gouvernement.

Il a voulu dans le même temps capter à son profit ce que l'on a appelé le « tout sauf Sarkozy ». Il a pu s'appuyer sur des sondages complaisamment commentés le présentant comme le seul capable de battre N.Sarkozy dans un second tour. Mais cette posture le réintégrant dans l'affrontement gauche/droite qu'il disait vouloir dépasser a sans doute contribué à amoindrir la crédibilité de sa démarche.

Il a évité par ailleurs de s'avancer réellement sur le fond des choix politiques nouveaux à opérer ( ce qui l'aurait ramené vers la droite dont il partage les vues pour l'essentiel ). Mais c'est précisément sur ce terrain du contenu des changements politiques que N.Sarkozy s'est attaché à convaincre que ce qu'il proposait correspondait aux attentes populaires, et qu'il serait capable de le réaliser, à la fois parce qu'il en avait la volonté, et parce qu'il disposerait d'une majorité pour le soutenir. C'était évidemment le plus efficace pour combattre le « tout sauf Sarkozy ». Et c'est parce qu'il y a réussi que le candidat de l'UMP a pu retirer à F.Bayrou  l'avantage supposé d'être le seul à pouvoir l'empêcher d'accéder au pouvoir ! 

Enfin, F.Bayrou devait absolument convaincre qu'il pourrait être au second tour, et qu'en cas de victoire il pourrait rassembler une majorité derrière un gouvernement « d'union nationale ». Il n'y est pas parvenu. Annoncée et amorcée dès avant le premier tour et confirmée ensuite, la défection  des députés UDF ralliant N.Sarkozy en prévision des élections législatives au cours desquelles ils allaient avoir besoin des voix des électeurs de l'UMP ne l'a évidemment pas aidé !

>. Après un premier tour réussi ( succès de l'OPA sur les voix lepénistes, et important vote d'adhésion levant l'obstacle du « tout sauf Sarkozy » ) le candidat de l'UMP a pu franchir une dernière étape : récupérer à son profit l'aspiration à dépasser le système politique d'alternance gauche droite.

F.Bayrou en avait fait l'axe principal de sa campagne, mais il n'avait pas passé le cap du premier tour. Il ne serait donc pas en position de « prendre les bonnes idées partout ». Et pas davantage de faire travailler dans un même gouvernement des ministres venus des deux bords.

S.Royal s'avançait vers un rapprochement avec le centre, mais évidemment dans le cadre d'une victoire contre la droite. Elle s'avançait d'ailleurs prudemment, en cherchant à ne pas perdre sur sa gauche ce qu'elle n'était pas certaine de gagner sur sa droite. Ses possibilités de trouver une majorité solide après une éventuelle victoire étaient problématiques. Et surtout, elle n'apparaissait plus en mesure de gagner l'élection .

Dans ces conditions, N.Sarkozy pouvait annoncer qu'il serait le seul à pouvoir faire ce dont F.Bayrou avait rêvé...Il était ainsi en mesure de « rafler la mise », en récupérant à son profit les attentes exaspérées de rupture politique, à la fois dans les contenus et dans les pratiques. Il avait en tout cas convaincu une majorité d'électeurs qu'il répondrait vraiment à ces attentes. Il s'est attaché à ne rien faire qui puisse leur laisser soupçonner le contraire... au moins jusqu'aux élections législatives gagnées sur cette lancée.



PCF : oser regarder l'échec en face

 


Les trois candidats qui ont dominé la campagne présidentielle ont, chacun à leur façon, placé les enjeux des échéances de 2007 sur le terrain des solutions avancées face à l'exigence de sécurisation sociale et des réponses proposées à l'exaspération devant les blocages du système politique. Ils avaient compris que c'était la condition pour ne pas revivre cinq ans après la situation d'avril 2002 - et cette fois avec quelles conséquences ? Et c'est parce qu'ils ont fait ce choix que la campagne a intéressé les Français et s'est achevée par une participation électorale massive. Le battage médiatique orchestré autour des sondages et de la personnalisation de l'élection n'a fait qu'accompagner le mouvement ; il ne l'a pas créé.

Le PCF, quant à lui, a voulu mettre en avant un autre enjeu, sur lequel s'est engagée la candidate désignée par les communistes : changer la donne à gauche pour changer les choses en France. Cela signifiait - c'était l'objectif clairement affiché dès sa désignation : solliciter l'électorat pour qu'il donne à une « gauche populaire et antilibérale » la suprématie face aux « gauches du renoncement »   (renoncement  « réformiste » du PS d'un côté,  et renoncement « gauchiste » de la LCR de l'autre )  afin qu'elle soit assez forte pour rassembler toute la gauche sur une politique antilibérale pour « battre la droite » et ensuite « réussir à gauche » au gouvernement . 

Certes, les attentes populaires n'étaient pas pour autant absentes de la campagne. Elles étaient bien présentes dans la dénonciation de la politique et des projets de la droite, dans la critique des insuffisances et des ambiguïtés du programme de la candidate socialiste. Et dans les propositions du programme porté par MG. Buffet dans sa campagne, puis par les candidates et candidats aux législatives. Ces propositions ont été écoutées avec intérêt. Elles ont souvent suscité l'adhésion. Mais les conditions posées pour qu'elles puissent être concrétisées - que la « vraie gauche » l'emporte d'abord sur les autres, puis qu'elle les rassemble pour pouvoir enfin gagner et mettre en œuvre sa politique - avaient peu de chance d'être réunies en 2007...

Par ailleurs, l'objectif d'inverser, ou à tout le moins de rééquilibrer sensiblement le rapport de forces à gauche s'affichait comme une volonté d'affaiblir le Parti socialiste. Or la présence de sa candidate au second tour était un des enjeux du scrutin. Pour empêcher l'extrême droite de rééditer son « coup » de 2002. Et pour pouvoir éventuellement battre la droite et son candidat, dont l'élection était redoutée par l'électorat de gauche. Singulièrement l'électorat communiste dont une partie a même été tentée de voter F.Bayrou pour cette raison.

Malgré l'intérêt suscité par ses dénonciations et ses propositions, le discours communiste devenait incompréhensible voire carrément inaudible pour de nombreux électeurs et électrices de gauche - y compris, comme l'ont montré des enquêtes, parmi l'électorat communiste de 2002. Il devenait du même coup difficile à développer, au delà des tracts et des meetings, dans les contacts individuels qui sont, on le sait, l'atout essentiel des communistes dans les campagnes électorales.

Il faut regarder les réalités en face : le Parti Communiste Français n'a pas réussi à imposer dans la campagne présidentielle l'enjeu d'un changement de la donne à gauche. Les résultats de l'élection présidentielle- même heureusement « atténué » par ceux des législatives -entraînent un nouvel et grave affaiblissement de son audience électorale, et au-delà politique.

C'est un échec dont les conséquences pour l'avenir peuvent être considérables. Pour le Parti communiste - Pour les hommes et les femmes communistes de France - Pour les forces qui veulent résister face au capitalisme financier  et à sa mondialisation, et ressentent l'urgente nécessité pour la France, l'Europe et le monde de se libérer de leur domination  - Pour la gauche française : de quel poids va peser un PCF marginalisé dans la recomposition qui s'engage ?

Il serait irresponsable de nier cet échec ou d'en sous-estimer la portée. Il ne s'agit pas seulement de le reconnaître. Ni même de « l'assumer ». Il faut en rechercher et dire les causes - celles qui tiennent aux choix politiques récents, et celles qui viennent de plus loin et plus profond. Et il faut envisager l'avenir autrement qu'en faisant le gros dos dans l'espoir de jours meilleurs qui ne viendront que si l'on y travaille.



II PCF : Pourquoi ce Waterloo électoral ?



Il peut, après-coup, paraître surprenant que les candidats de la droite et du Parti socialiste aient engagé leurs campagnes à partir des attentes populaires et de leurs propositions pour les satisfaire tandis qu'à l'inverse, la candidate communiste sollicitait de l'électorat un renversement des rapports de forces politiques à gauche comme condition préalable à la satisfaction de ces attentes.

Mais il y a deux raisons à cela. L'une tient à l'analyse faite par le PCF des résultats des élections présidentielle et législatives de 2002, puis des évolutions politiques intervenues depuis. L'autre renvoie rien moins qu'à des conceptions fondatrices du Parti Communiste Français ; à des « fondamentaux » vers lesquels il est souvent revenu lorsqu'il se trouvait en difficulté.



Des analyses et des orientations aux conséquences lourdes



L'analyse de l'élection présidentielle de 2002 s'est tout naturellement focalisée sur le choc provoqué par la rude chute du candidat communiste, de 8,8% en 1995 à 3,3% sept ans plus tard. Mais faute de s'inscrire dans une vision d'ensemble d'un scrutin sanctionnant durement les candidats de la droite et du Parti socialiste - Président et Premier Ministre- pour se terminer par un deuxième tour Chirac-LePen , l'examen des raisons de cette chute fut déconnecté du sens général du « message » délivré par le suffrage universel.  Le Parti communiste et sa politique  furent seuls mis en cause. Sans lien avec les questions réellement posées à tous les partis politiques après cette  élection.

Dans ces conditions, ce débat « auto-centré » fut rapidement conclu : le  résultat de R.Hue consacrait l'échec (par ailleurs réel) de la majorité de « gauche plurielle » constituée autour du gouvernement Jospin. Mais aussi, par extension, l'échec des stratégies d'union dans un rapport de forces dominé par le Parti socialiste. Celles du passé - de la Libération à 1997, en passant par 1981- mais aussi celles du futur tant que ce rapport de forces ne serait pas inversé ou amplement modifié.

Cette analyse surdétermina les orientations stratégiques des années 2002-2007. Elle aurait pu pour le moins être « revisitée » à la lumière des résultats réels des scrutins de 2004. Il n'en fut rien. On transforma même en « preuve » de leur pertinence les résultats des élections régionales en Ile de France, en vérité loin d'être aussi éclatants qu'on l'a prétendu. Comment ne pas voir qu'il y avait là, en germe, à la fois les bases de la stratégie mise en œuvre pour les échéances de 2007, en même temps que celles de son échec ?   

Et comment ne pas s'interroger sur l'interprétation faite de la victoire du « non » au référendum sur le TCE en avril 2005 ? Et sur son maintien obstiné, au delà du raisonnable, alors qu'elle était amplement invalidée par les comportements politiques des électeurs de gauche ayant voté « non » et des responsables de partis qui les y avaient appelé ! Cette interprétation donnait à la victoire du « non », majoritaire dans l'électorat de gauche ,  la signification d'un « basculement » majoritaire dans « l'antilibéralisme » - aussitôt démenti par les votes des mêmes électeurs dans les scrutins qui ont suivi, jusque ceux de 2007 . On en déduisit pourtant  que le moment était venu de construire sur cette base un rassemblement ayant vocation à devenir majoritaire à gauche lors des échéances de 2007 comme il l'avait été, assurait-on en 2005.

N'est-il pas nécessaire de regarder aujourd'hui lucidement quelles ont été les conséquences de ces choix ? A commencer par le naufrage (ou le sabordage ?) du mouvement des « collectifs ». Des militants  de diverses sensibilités et cultures politiques, parmi lesquels nombre de communistes, s'y sont sincèrement engagés. Ils ont appris les uns des autres. Ils ont noué dans la réflexion et dans l'action communes, des liens qui auraient pu devenir porteurs d'avenir ( on ne peut s'empêcher d'y songer en ces temps de « grandes manœuvres » de recomposition à gauche) . Mais, fondé sur une évaluation erronée du contenu et des possibilités à court terme du mouvement populaire, et s'étant assigné des objectifs électoraux hors de sa portée, il a été conduit à éclater dans l'amertume. Et aussi dans le ressentiment devant ce que beaucoup de participants ont -non sans raison- considéré comme des manipulations politiciennes - dans lesquelles le PCF et sa direction ne sont évidemment pas les seuls à être impliqués.  

Mais , par delà les péripéties de la désignation des candidats « antilibéraux » et l'image détestable qu'elles ont pu donner, la légende d'un « non antilibéral » toujours majoritaire à gauche maintenue jusque pendant la campagne présidentielle a encouragé l'idée qu'il fallait oser l'objectif d'inverser le rapport de forces à gauche, et nourri jusqu'au bout pour certains l'illusion que ce serait possible. De quel prix celles et ceux qui y ont cru feront-ils payer leur désillusion et leur désarroi politique ?

 

 

 

 

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 23:09

 

Avec plusieurs dizaines de milliers d’adhérent-e-s et des milliers d’élu-e-s communistes ou apparentés, nous sommes toujours une force qui compte. Les élections locales de mars l’ont confirmé. Et pourtant, nous savons que nous pouvons nous éteindre à petit feu, comme les Radicaux de gauche, si nous n’arrivons pas à nouveau à porter dans la société une perspective politique crédible. Tel n’est pas le cas, comme le montre la catastrophe électorale de la présidentielle : même bien intentionnés à notre égard, les électeurs de gauche, voire le plus grand nombre des électeurs communistes, ont préféré tenter de battre la droite en votant Royal, ou exprimer leur colère et leur déception en votant Besancenot. Nous avons disparu du paysage électoral présidentiel comme nous disparaissons aujourd’hui quasiment, malgré les bons résultats des élections locales, du paysage politique national.

Il y a urgence. Si nous ne réussissons pas à donner un nouvel élan à notre combat politique et à la force organisée des dizaines de milliers de femmes et d’hommes que constitue notre Parti, c’est un des atouts du mouvement populaire dans notre pays qui disparaîtrait. Ce serait une régression politique majeure, dangereuse pour notre peuple. Ce n’est pas fatal. Des attentes très importantes existent dans notre société, comme dans bien d’autres pays. Les luttes en attestent, même si elles butent sur l’absence d’une perspective de changement crédible. Quand les peuples peuvent se saisir d’une occasion, comme on vient de le voir en Irlande après la France et la Hollande à propos de la construction européenne, ils disent clairement qu’ils refusent la voie où on veut les emmener. Nous ne sommes donc pas devant un mur infranchissable, mais devant un problème politique.

Comprendre ce problème, pourquoi nous en sommes arrivés là, sans nous payer de mots, et trouver les moyens d’inverser le mouvement qui nous affaiblit, est donc l’enjeu essentiel du congrès. Depuis l’assemblée nationale de décembre, nous avons cherché à cerner les contours des questions auxquelles nous devons répondre. A deux mois de l’élaboration de la « base commune de discussion », je voudrais donner mon point de vue.

1. Le verrou politique

Sans rassemblement majoritaire sur un projet de gauche, impossible d’imaginer battre la droite, condition nécessaire (bien qu’insuffisante) pour ouvrir un espoir de changement. Abandonner cet objectif équivaudrait à nous aligner sur le rêve illusoire du basculement miraculeux. Mais la dérive vers le libéralisme du PS, majoritaire à gauche, nous met sans cesse davantage devant un dilemme : paraître, à notre corps défendant, cautionner ses renoncements, ou nous isoler dans une position sans perspective. Cette situation constitue un piège dans lequel nous épuisons nos forces. Mitterrand ironisait à notre sujet : « s’ils restent, ils sont morts ; s’ils s’en vont, ils sont morts aussi ».

Une profonde division à gauche n’est pas une première. Ce fut le cas avec la SFIO de l’après guerre au programme commun : ses alliances avec la droite l’ont même conduit tout près du précipice. Mais elle prend aujourd’hui un caractère nouveau avec la conversion assumée du PS au libéralisme. Il rompt ouvertement avec une dimension essentielle du vieux fond commun, produit de l’histoire du mouvement ouvrier dont sont issus historiquement les courants socialiste et communiste : l’idée que l’Etat doit intervenir pour compenser les inégalités – par la redistribution et un fort service public –, assurer la solidarité nationale par des systèmes de solidarités, maîtriser certains secteurs stratégiques pour le pays, se donner par un secteur public puissant les moyens d’agir sur l’économie, etc. Il est alors plus qu’en difficulté pour donner un contenu concret aux « valeurs de gauche » : liberté, égalité, justice sociale, …

C’est sur cette base que nous nous sommes battus tout au long des années soixante et soixante-dix, pour un programme commun de la gauche. Nos efforts se sont brisés en 1983, avec l’abandon de cette orientation que F. Mitterrand a jugé incompatible avec le maintien de la France dans le système monétaire européen. Depuis, le fossé n’a pas cessé de s’élargir : jamais le libéralisme n’a eu autant droit de cité dans l’idéologie et le projet politique du PS. Le verrou est toujours là.

2. Acquis et insuffisances de nos tentatives pour débloquer la situation politique

2.1. Nos expériences stratégiques

A partir de notre départ du gouvernement, en 1984, nous avons tenté diverses stratégies pour tenter de « peser à gauche » : rassemblement populaire majoritaire, forums et espaces citoyens, gauche « plurielle ». Cette idée de peser à gauche est ancienne : même avant 1981, certains dirigeants avançaient l’idée qu’il faudrait pour ça atteindre 25% ! Nous n’avons pas réussi. Et l’érosion de notre influence s’est poursuivie jusqu’à la catastrophe de 2002.

Nous avons alors décidé de travailler à un « rassemblement antilibéral ». En nous appuyant sur le rejet des conséquences des politiques libérales – que traduisait notamment le grand mouvement social de 1995 –, nous avons cherché à lui donner une perspective politique, et à créer pour cela une dynamique de rassemblement susceptible de faire bouger toute la gauche.

Le succès du « non » au référendum européen et l’échec de la présidentielle montrent – malgré la nature très différente par leur objet de ces deux campagnes – les potentialités et les limites de cette démarche. Il y a eu dynamique politique en 2005 parce qu’un large rassemblement, avec une partie très significative du PS, a proposé un objectif précis qui a paru, du coup, à la fois atteignable et prometteur à gauche. En 2007, le retrait total des socialistes a enlevé toute crédibilité au rassemblement. Faute de pouvoir porter un espoir concret, nous nous sommes retrouvés quasiment hors jeu.

Il serait catastrophique que les difficultés nous fassent jeter le bébé avec l’eau du bain et tirer un trait sur les efforts de plusieurs générations de communistes, depuis les années 60, pour inventer un chemin démocratique vers le changement. D’abord, toutes nos difficultés ne viennent pas de la stratégie : on ne comprendrait pas alors qu’elles aient perduré malgré les stratégies si différentes qui ont été les nôtres depuis les années soixante. En fait, contrairement à ceux qui opposent une stratégie à l’autre, je crois que nous avons à chaque étape tenté avec sérieux d’apporter des réponses aux problèmes que nous pouvions identifier, et que nous avons progressivement avancé. L’union de la gauche était et demeure une réponse nécessaire dès lors que nous faisions le constat de l’impasse de la révolution minoritaire et de la dictature du prolétariat, que nous ne rêvons pas à un grand soir qui ne viendra jamais, et que nous partons de la société réelle, donc de la nécessité de rassembler des classes et couches sociales aux intérêts convergents, mais différents. L’idée de « primauté au mouvement populaire » – qui nous a conduit à chercher des formes politiques permettant l’implication citoyenne (forums, espaces, collectifs…) – était et demeure une réponse nécessaire devant l’échec du tête-à-tête au sommet avec le PS. La « gauche plurielle » était un progrès en ce qu’elle partait du principe que chacune des forces qui la constituaient devait pouvoir conserver ses objectifs et son action propre (même si nous n’avons manifestement pas réussi à nous appliquer vraiment à nous-même ce principe d’autonomie). L’objectif de rassemblements politiques fondés sur des contenus et objectifs précis et atteignables demeure nécessaire : une des limites des « espaces citoyens », par exemple, est sans doute qu’il est très difficile de rassembler sans formuler un objectif politique concret mobilisateur : c’est la question de la perspective politique et de la démarche qu’on propose ou non dans ce but.

Dans toutes ces expériences, il y a donc des acquis précieux dont nous avons encore pu mesurer l’efficacité aux dernières élections locales. Les abandonner pour cause d’échec, sans autres formes d’examen, serait faire un immense pas en arrière, ou vers le vide. Mais, indiscutablement, ces acquis n’ont pas permis de résoudre le problème qui nous est posé. Cela appelle une analyse critique sans complaisance de la façon dont nous avons conduit nos expériences. Et, au-delà des insuffisances ou des erreurs à corriger, il nous faut comprendre sur quels autres obstacles nous butons, et y trouver des solutions nouvelles.

2.2. Retour critique sur le rassemblement antilibéral

L’épisode du rassemblement antilibéral doit être examiné soigneusement. Il a connu trois étapes : en 2003/2004 pour les élections régionales et européennes ; en 2005 pour le référendum européen ; et en 2006 pour l’élection présidentielle. Bien que l’on puisse discuter à l’infini sur la phase 2003/2004, puisque les fédérations du Parti ont adoptées leur stratégie « à la carte », je crois que les résultats obtenus notamment en Ile de France, parce que l’engagement de Marie-George Buffet pour le rassemblement de la « gauche populaire et citoyenne » a fait sens, indiquait un début possible de dynamique. Cette dynamique s’est pleinement déployée en 2005. Et elle s’est brisée en 2006, non pas sur le « programme », mais sur la question de la candidature.

Cet échec a eu des conséquences très négatives. Mais il était pourtant consommé pour l’essentiel avec la rétractation du rassemblement. Sans aucune composante socialiste après la synthèse faite au Mans par tous les courants du PS, le rassemblement ne pouvait en aucun cas convaincre ni de sa « vocation majoritaire », ni même de sa capacité à déverrouiller la situation à gauche. Il n’y avait plus d’objectif mobilisateur possible. La LCR a donc préféré joué sa carte propre : elle a au moins réussi à récupérer une partie de voix d’Arlette Laguiller, et à installer davantage Olivier Besancenot dans son rôle de porteur de la colère. Les divisions, et le refus de tenir compte de la volonté majoritairement exprimée par les collectifs locaux, ont fait le reste.

Pour ce qui dépend de nous, je crois que nous avons fait une erreur essentielle : nous n’avons pas pris la main, dès le lendemain du 29 mai 2005, pour proposer un objectif, un cadre et une méthode. Nous nous serions ainsi probablement donné au moins une chance de prolonger la dynamique créée, de continuer de jouer le rôle moteur incontournable qui nous avait été reconnu en 2005 ; et peut-être d’éviter de paraître paradoxalement – après tous les efforts que nous avons faits – porter in fine la responsabilité de l’échec.

Faute de prendre nous-mêmes l’initiative, nous avons été comme en 2003 (appel de personnalités pour des listes communes aux régionales) obligés de réagir à celle qui a été prise par d’autres, avec un certain nombre de communistes, en mai 2006, débouchant sur la création du « Collectif national unitaire pour un rassemblement antilibéral). Nous nous sommes alors trouvés « dans une seringue », et quelques uns ont pensé que cela pouvait faire plier les communistes : comme si on pouvait faire plier contre son gré un collectif de plusieurs dizaines de milliers de personnes !

Cet échec nous a fait payer au prix fort une leçon très importante. Certes, la dynamique collective est dans le rassemblement : c’est la très puissante aspiration au « tous ensemble » qui enfle depuis 1995. Proposer des formes ouvertes, sans prétendre rassembler autour de nous seuls, mais en y apportant clairement ce que nous sommes et en assumant notre rôle (en l’état) de force principale, est pour cela le sillon à creuser. Mais ce rassemblement s’étouffe s’il est corseté par un cartel qui s’arroge le droit de le représenter et de le diriger. A fortiori si ce cartel comprend sur le même pied des forces politiques constituées, responsables devant leurs adhérents, et des groupuscules, voire des personnes qui n’ont à répondre devant personne de leurs positions et de leurs choix. Pour cette raison, je pense que signer « l’appel du 10 mai » a été une autre erreur. Mais à ce stade, il ne nous restait sans doute plus que de mauvaises solutions.

3. La crise historique du mouvement progressiste

Mais ces erreurs n’expliquent pas tout, loin de là. Nous passerions à côté d’un aspect essentiel des difficultés auxquelles nous nous heurtons si nous ne les mettions pas en perspective de celles que rencontrent semblablement quasiment toutes les forces qui, au moins dans les pays capitalistes anciennement développés, visent une transformation émancipatrice de la société et du monde. Et pourtant, ces forces sont organisées de façons très différentes et ont adopté dans les dernières décennies, et récemment, des stratégies très diverses. Les expériences du Parti socialiste aux Pays-bas, ou de Die Linke en Allemagne, sont évidemment à suivre de très près : la confrontation avec la question de la participation au pouvoir, si elle advient, sera décisive.

En outre, les difficultés ne concernent pas seulement ces forces transformatrices ou antilibérales : toutes les forces de gauche, dans ces pays, subissent les unes après les autres de très lourds échecs. Onze pays européens sur quinze étaient gouvernés voici quelques années à peine par des partis sociaux-démocrates : la plupart ont échoué et été chassés par la droite. Et les forces du mouvement social, à commencer par les syndicats de salariés, sont partout sur la défensive. Nous sommes donc confrontés à une crise majeure du mouvement progressiste dans son ensemble.

Comme nous l’avons dit dans les rencontres nationales que nous venons de tenir, le monde entre en ce début de siècle dans une période foncièrement nouvelle. De grands cycles s’achèvent. Celui de la révolution industrielle, avec les bouleversements qui accompagnent la nouvelle révolution technologique dite « informationnelle » ; celui de la croissance productiviste et consumériste, avec les enjeux de l’environnement, et des ressources naturelles, les crises énergétique et alimentaire ; celui des Etats-nations, avec la constitution de grands ensembles régionaux et la mondialisation ; celui d’une transformation radicale de la situation géopolitique du monde, avec l’émergence de nouveaux géants ; celui d’une conception de la démocratie, avec le développement de lieux de pouvoirs (Europe, institutions internationales, multinationales, marchés financiers…) sur lesquels la politique, dans ses formes traditionnelles, semble ne plus avoir de prises ; celui des formes anciennes du « vivre ensemble » avec le développement des circulations et des migrations ; etc.

Manifestement, le « socle de gauche » étatiste issu des expériences du 20ème siècle ne suffisent plus à répondre à ces enjeux cruciaux. Les forces progressistes ont pris beaucoup de retard sur celles qui soutiennent le capital pour s’adapter à ces nouvelles réalités. Et cela est vrai sur deux plans principaux : elles sont – nous sommes – restés collés à des analyses et des propositions en décalage croissant avec les enjeux nouveaux de la période ; et d’autre part, nous organisons l’essentiel de notre action (des luttes sociales ou idéologiques aux initiatives politiques) à l’échelle nationale, alors que le capital a travaillé d’arrache-pied, depuis trente ans, à défaire les équilibres qui avaient été arrachés par les peuples au niveau des Etats-nations et à s’organiser à toutes les échelles territoriales, du local au mondial, y compris au niveau institutionnel, pour construire des rapports de force qui lui soient favorables. De ce point de vue, la construction européenne joue un rôle central, autobloquant toute velléité de transformation progressiste dans un des pays de l’Union.

Les forces de progrès se heurtent donc à un double et redoutable problème. Elles sont mises au défi d’inventer un projet de progrès humain qui répondent aux grands enjeux de la période. Ce n’est manifestement pas le cas. C’est de la « panne de projet » à gauche que résultent, par défaut, les victoires idéologiques, populistes et mensongères, de tous les Sarkozy et Berlusconi.

Et elles doivent trouver les moyens de travailler à toutes les échelles territoriales, et tout particulièrement au niveau européen, à changer les rapports de forces pour lutter efficacement contre ce capitalisme mondialisé.

4. La question du projet

Je crois que nous avons raison de poser cette question en grand afin de montrer clairement qui nous sommes, et donc ce que nous proposons. Il nous faut apporter des réponses nouvelles, adaptées au monde nouveau, à la nouvelle ère dans laquelle nous sommes désormais. Il y a des questions nouvelles. Mais il y a aussi de nouvelles réponses à apporter à des questions toujours actuelles. Non pas pour en rabattre sur l’ampleur des ambitions que nous devons porter, mais pour les traduire en objectifs politiques concrets adaptés aux réalités. Je pense, par exemple, à l’interpellation de la gauche par Maryse Dumas, à la rencontre de La Villette, sur la façon concrète de concevoir une appropriation sociale des grands moyens de production et d’échanges dans une économie mondialisée.

Je ne développe pas cette question parce que je suis d’accord, pour l’essentiel, avec ce qui s’est dit à ce sujet lors de nos rencontres nationales. J’attire cependant l’attention sur un double aspect. Elaborer un projet de progrès humain pour aujourd’hui demandera beaucoup de débats entre nous, car il y a manifestement des avis différents sur des questions centrales, par exemple : le contenu d’une nouvelle conception du développement, avec, entre autres, la très difficile question écologique et sa dimension énergétique, où celle de la place et de la transformations du travail ; la réponse au défi européen ; l’enjeu décisif et en fait délaissé des institutions. Nous pouvons avancer dès maintenant, mais je crois que cela exigera un travail politique des communistes durant toute une période.

Et surtout, nous n’avons aucune chance de réaliser un tel travail en nous enfermant sur nous-mêmes. Une force politique comme la nôtre doit à un moment donné arbitrer et prendre position. Mais il n’y a aucun projet qui vaille, surtout à ce niveau d’exigence (il s’agit de repenser « le changement ») sans s’immerger dans la société, être au contacts des réalités et des aspirations populaires, mais aussi travailler étroitement avec les acteurs sociaux (syndicats, associations…), les experts, les intellectuels et les créateurs. Comme à d’autres périodes de notre histoire, cela doit devenir à nouveau une dimension centrale de nos efforts politiques. Et nous permettre, dès le Congrès, d’avancer quelques grands axes d’objectifs transformateurs adaptés au monde d’aujourd’hui.

J’insiste sur ce point. Un projet politique ne sort jamais du chapeau de quelques savants. Nous en faisons l’expérience, ce n’est pas en martelant à l’infini les idées que nous pensons pourtant les meilleures que nous faisons bouger les choses. C’est en contribuant, avec ces idées, à une élaboration politique qui soit celle du mouvement populaire lui-même. Il faut s’ouvrir aux autres, ne pas se barder de certitudes, et comprendre que ce qui est efficace n’est pas ce qui nous paraît le mieux – fut-ce d’importantes novations théoriques – , mais ce qui peut permettre de rassembler pour avancer dans une bonne direction. De ce point de vue, l’un des enjeux du congrès sera de décider de la manière d’engager et de mener ce travail. Pour ma part, je crois que nous devrions étudier la possibilité de lancer un appel à l’ouverture d’un tel chantier, en proposer un cadre où serait invité sur un pied d’égalité toutes celles et tous ceux qui le souhaitent, et dont nous tâcherions inlassablement d’élargir le cercle tout au long des années à venir.

5. Perspective et initiative politique

Proposer un projet ne suffit pas pour ouvrir une perspective politique. Il faut aussi dire comment on compte s’y prendre pour qu’il soit mis en œuvre. Il s’agit d’une des questions les plus importantes. Et qui fait le plus débat entre nous. Le point décisif est qu’une force politique qui ne pose pas la question du pouvoir est vouée à être marginalisée, parce qu’elle ne se positionne alors que comme contre-pouvoir.

Nous avons toujours posé cette question. L’idée du « grand soir » fut à une époque notre réponse, adossée à l’idée de révolution et à l’expérience soviétique. C’est celle que propose aujourd’hui à sa manière Besancenot. Nous la disons protestataire parce que nous ne la pensons plus réaliste, et que certains, sans y croire vraiment, se servent du vote Besancenot surtout pour manifester leur mécontentement et leur colère. Ce fut aussi le cas pour nous et constituait ce qu’on appelait notre « fonction tribunicienne ». Mais bien de femmes et des hommes qui votent pour lui considèrent aussi que la « rupture » qu’il propose a les vertus du coup de balai et constitue une solution possible, un jour... Et s’il continue de ne pas y avoir d’espoir réel d’alternative, sa côte de popularité et ses scores électoraux pourraient bien continuer à monter, et même très haut.

Nous avons depuis les années soixante proposé de constituer une majorité démocratique sur un programme de changement, donc l’union de la gauche, avec les variantes déjà évoquées. Dire aujourd’hui, en raison des échecs et du verrou que représente la position du PS, que faire bouger toute la gauche serait devenu impossible reviendrait à dire que nous ne voyons pas comment poser dans les conditions actuelle cette question du pouvoir. Nous n’aurions donc plus de « position », et nous disparaîtrions complètement du paysage politique qui s’organise par définition autour de cette question. En l’attente des choix que nous ferons au congrès, c’est déjà assez le cas. Et le fait, bien réel, que nous soyons pourtant toujours la troisième force politique en nombre d’élu-e-s n’y change manifestement rien.

Certains objectent à juste titre que les échecs récents montrent que les conditions d’un rassemblement durable pour le changement ne sont pas réunies, et que prétendre y viser serait dans ces conditions non crédible et par conséquent dévalorisant. Je crois qu’il faut prendre le problème autrement.

On demande à une force politique de dire comment elle compte travailler à rendre son projet applicable. On lui demande de dire le chemin qu’elle propose. Pas que ce chemin puisse nécessairement produire des effets immédiats ou à court terme. Ce n’est d’ailleurs pas ce que nous avons fait dans le passé : ni quand nous proposions le grand soir, ni même quand nous avons lancé les grandes initiatives politiques qui ont le plus marqué la vie politique de notre pays. En 1934-1936 contre le fascisme et pour le front populaire, les « conditions politiques » n’en existaient pas. Et encore moins en 1963 quand nous avons lancé l’idée du programme commun. Dans tous ces cas, la SFIO nous considérait au départ comme le diable. Il aura fallu neuf ans pour obtenir la signature du programme commun, et dix-huit pour que ça débouche sur la victoire de la gauche. Mais ces initiatives disaient clairement comment nous entendions rendre possible la mise en œuvre de nos objectifs politiques. Elles fixaient un cap. Elles avaient une cohérence et un sens. Et pour cela elles ont travaillé la société française, permis de mobiliser, modifié les rapports de force, et ont ainsi rendu possible ce qui ne l’était pas initialement. Je ne dis pas que nous devons proposer aujourd’hui ce qui a échoué. Il faut inventer du neuf qui tienne compte de l’expérience. Mais le pire serait de renoncer à proposer un objectif et un chemin.

6. Un nouveau front populaire, jusqu’au niveau européen, et au delà.

Si je devais résumer synthétiquement ce que je tire de nos expériences stratégiques des dernières décennies, je dirais que notre positionnement politique doit s’appuyer sur les éléments suivants :

- 6.1. L’objectif d’union des forces de gauche et la question des alliances

L’union des forces de gauche sur un programme permettant des avancées réelles est un objectif nécessaire. Ce n’est pas possible en l’état du PS, force aujourd’hui dominante à gauche. Il faut le reconnaître non pas pour abandonner l’idée de faire bouger cette situation, mais pour proposer les moyens nouveaux d’y parvenir. Et cela n’est nullement incompatible, bien au contraire, avec l’idée de faire lors d’échéances électorales des alliances qui contribuent à faire élire le plus possible d’élu-e-s de gauche, et parmi eux le plus possibles d’élu-e-s communistes et républicains.

Une remarque importante à ce sujet. L’union de la gauche s’est brisée sur le renoncement du PS au début des années 80. Mais nous ne sommes plus dans cette période, marquée par les difficultés puis l’effondrement de l’URSS, la contre-offensive du capitalisme et la vague libérale qui a submergé l’Europe et le monde depuis les années 70. D’une certaine façon, la gauche est arrivée au pouvoir en France en 1981 « à contretemps ». Ce n’est plus du tout la situation. Les peuples subissent les ravages des politiques ultra-libérales menées par les forces de droite, et accompagnées par le courant social-démocrate. Il y a des mobilisations, même si elles butent sur l’absence d’alternative. Il y a des inquiétudes, des aspirations et des attentes considérables. Beaucoup de contradictions nouvelles se développent, faisant naître des tensions au sein de l’électorat de gauche, et même dans les appareils politiques. C’est dans ce contexte très nouveau que nous devons réfléchir et agir.

- 6.2.Un rassemblement populaire puissant

Faire évoluer la situation à gauche implique de travailler à un rassemblement populaire susceptible de créer une dynamique politique et de faire bouger les lignes et les rapports de force. Rassemblement populaire, dans mon esprit, signifie que cette démarche doit réellement mettre en mouvement par dizaines voire par centaines de milliers des femmes et des hommes qui, dans les entreprises ou les quartiers populaires notamment, ne se retrouvent aujourd’hui dans aucun parti. C’est ce qui a manqué le plus cruellement en 2006.

Mais cette mise en mouvement est impossible, on en a fait l’expérience après 1984, si elle se réduit à l’idée de rassemblement « à la base » ; ou, comme on en a l’a vu avec les forums et espaces citoyens, si elle se limite à l’objectif de rassembler autour de nous. Et elle ne porte de dynamique puissante, comme on l’a constaté en 2005, que si elle porte un espoir concret, donc un objectif précis et atteignable.

L’idée de travailler à constituer tous les fronts possibles sur des objectifs précis me paraît aller dans ce sens. Ces fronts doivent s’enraciner concrètement dans l’engagement populaire : ce doit être le cœur de notre effort militant, donnant corps à l’idée force de « primauté au mouvement populaire ». Pour surmonter les obstacles que nous avons rencontrés, je crois qu’il faut :

- Faire vivre le « tous ensemble » à partir d’objectifs politiques précis. Les espaces que nous devons mettre en place partout où c’est possible doivent être ouverts à tous : hommes, femmes et forces organisées de progrès quelles qu’elles soient. Le seul critère du rassemblement doit être le contenu de l’objectif politique précis qui est sa raison d’être. Un exemple de réussite a été de ce point de vue le rassemblement pour le « non » ». Ou, de façon très différente, le lancement des comités pour la sécurité sociale. A contrario, le rassemblement antilibéral de 2006 a échoué parce qu’il n’y avait pas réellement d’objectif commun sur la question éminemment politique de la candidature à la présidentielle. Certains – ils l’ont reconnu a posteriori – poursuivaient par le choix de la candidature l’objectif délibéré de dépasser les partis, d’autres d’avoir une candidature non « marquée » politiquement – ce qui est impossible, ou, si c’est une candidature « inconnue », la garantie de l’échec –, d’autres encore d’en finir avec le Parti communiste, d’autres de se promouvoir eux-mêmes, etc. On peut dans un rassemblement chercher ensemble les réponses, mais le rassemblement finit toujours par exploser s’il n’y a pas au départ un accord véritable sur l’objectif politique essentiel.

- Assumer nos responsabilités de Parti. Dans un rassemblement citoyen et populaire, chaque idée, chaque proposition vaut pour ce qu’elle est. On en débat donc à égalité. On cherche à partir de là à construire des idées et des propositions communes pour les porter ensemble. Mais notre responsabilité de force politique est de prendre nos décisions en totale autonomie à partir de ce débat et de la situation politique concrète. S’il y avait eu en 2006 un vaste mouvement populaire pour une candidature non communiste, nous aurions dû en tenir compte. Cela n’a pas été le cas. Nous pouvons aussi, dans un objectif déterminé, passer des accords avec des forces représentatives. Mais il est définitivement à exclure de nous retrouver dans la situation, créée par notre signature de l’appel du 10 mai 2006, de donner à des personnalités très peu représentatives le pouvoir de sembler – contre toute réalité – constituer une majorité contre nous.

Un nouveau « Front populaire ». Quels que soient les mots pour le dire, il faut donner à cette démarche de rassemblements un objectif national qui puisse les faire converger. Si les rassemblements que nous travaillons à construire avec d’autres laissent hors de portée la question d’un changement d’orientation de la politique gouvernementale, il ne peut pas y avoir de mobilisation à la hauteur du problème posé. Les plus fortes luttes butent en France comme ailleurs sur la question d’un changement politique. Tout le monde sait que, faute de solution à ce problème, c’est-à-dire faute d’alternative politique, on ne peut que résister à reculons. Aucun rassemblement « ponctuel », même s’il est fort un moment, ne peut finalement échapper à la démobilisation qui en résulte. Il faut donc affirmer l’ambition que ces rassemblements puissent converger jusqu’à créer une dynamique nationale de changement. Et y travailler concrètement. En l’état, affirmer l’objectif d’un nouveau front populaire – je le répète, peu importe les mots pour le dire – me paraît adapté à la situation. Cela indique la volonté de travailler, comme ce fut le cas dans le passé, à une union des forces de gauche qui permet de viser la constitution d’une majorité politique autour d’un programme ; et la conviction que cela passe par une dynamique populaire sans laquelle ce projet n’aboutira pas.

Un front populaire jusqu’au niveau européen. Une initiative nationale ne suffit pas. Les peuples européens se trouvent confrontés à des enjeux auxquels aucun ne peut répondre seul. Mais l’Europe, qui devrait être un outil essentiel pour construire des solutions, est au contraire le principal problème.

Les traités imposent des choix ultralibéraux. Et surtout, tout est fait pour empêcher que s’organise une véritable confrontation politique sur des choix à l’échelle de l’Union. Même au moment des élections européennes, les débats sont portés de façon émiettée dans chaque pays. A aucun moment les peuples ne peuvent se prononcer pour une majorité et un projet européens. Le capital a fait de l’Union européenne un élément structurant du rapport de forces en sa faveur. Mais, malgré le développement de luttes européennes, les forces progressistes n’ont pas encore réussi à s’organiser efficacement à cette échelle. Pour chaque peuple, l’Europe est une « contrainte ». Une partie de la gauche s’y résigne. Une autre s’y épuise en vain. Le désarroi et la colère sont les seuls gagnants.

Bien que nous ayons beaucoup réévalué ces dernières années l’importance de l’enjeu européen, je crois que nous n’avons pas encore pris la mesure de l’importance qu’il y a à affronter le capital et la droite à cette échelle désormais décisive. C’est à mon avis un chaînon manquant de notre stratégie, sur lequel se brisent in fine tous nos efforts. Il nous faut donc faire de l’organisation de batailles idéologiques et politiques à l’échelle européenne une dimension centrale de nos efforts politiques. Et donc – car aucun objectif, comme aucun projet, ne peut être crédible et mobilisateur sans proposer aussi un chemin sérieux pour le réaliser – il nous faut décider d’une initiative politique de rassemblement à l’échelle européenne, susceptible de faire bouger les rapports de force sur des objectifs précis.

Le PGE existe. Il est récent et encore fragile. Mais il est un atout très important. Ne peut-on s’y appuyer pour aller plus loin ? Quels que soient là encore les mots à utiliser, qui doivent être discutés avec les forces qui pourraient y être intéressées, il nous faut faire la proposition et porter le projet d’un « front populaire européen ». Et concevoir nos efforts de rassemblements en France de façon cohérente avec cet objectif.

Ne pourrait-on explorer d’ici le congrès la possibilité et les conditions d’une telle initiative ? Nous pourrions alors proposer, avec d’autres forces politiques, de constituer dans chaque pays des listes réellement européennes, composées d’acteurs de la vie politique syndicale, associative, intellectuelle et culturelle de toute l’Europe, autour d’une plateforme de mesures précises (services publics, salaires, politiques énergétique, industrielle, de recherche, …) qui pourraient se traduire en projets de directives progressistes.

Il s’agit, j’en ai bien conscience, d’une initiative qui demandera beaucoup d’efforts et sans doute de temps. Mais peut-on faire autrement que de s’attaquer au verrou européen ? Et peut-on raisonnablement imaginer une autre voie que de travailler inlassablement à construire en Europe une majorité populaire de progrès pour un véritable changement ?

Faire de cette idée de front populaire l’horizon concret d’un nouvel internationalisme.

7. La question du communisme.

Je ne m’étendrais pas sur cette question. Je partage la réflexion de l’atelier sur le communisme que j’ai co-animé, et dont j’ai synthétisé le travail collectif dans le texte qu’ a été rendu public. J’ajoute une proposition. Il me semble nécessaire de montrer clairement que nous voulons désormais être porteur d’une nouvelle conception du communisme. Je ne pense pas que cela puisse utilement passer par le changement du nom du Parti, encore moins par celui du mot "communisme". En revanche, puisque nous avons supprimé la faucille et le marteau sans débat, je propose que nous reprenions sur des bases nouvelles cette très importante question du symbole qui nous identifie. Et que nous mettions en chantier l’élaboration d’un nouveau symbole, à porter sur nos drapeaux comme partout, et qui soit le produit d’un travail créatif articulant les deux idées de "communisme" et de "liberté".

8. Le Parti

Malgré les caricatures de certains, je ne suis pas de ceux qui se prononcent pour la liquidation ni la dilution du Parti. Heureusement qu’il existe ! Et je suis fier, même si notre collectif militant s’affaiblit, d’être adhérent d’un Parti qui ose encore se donner l’ambition de l’émancipation humaine. Et cela ne m’empêche nullement de considérer qu’il faut qu’émerge dans notre pays un rassemblement qui constitue, par sa dynamique, une force réelle capable de faire bouger les lignes.

Je ne suis pas pessimiste sur l’état du Parti. Si nous trouvons des réponses politiques efficaces aux problèmes que nous connaissons, nos efforts en direction de la jeunesse, des milieux populaires, des intellectuels – pour peu qu’on s’en donne les moyens – peuvent à nouveau permettre une véritable élargissement de nos effectifs et de notre rayonnement.

Il faut s’interroger sur le fonctionnement du Parti, en rapport avec les objectifs et la stratégie qu’il se donnera. Il faut rendre les directions plus efficaces. Il faut surtout tirer le bilan de l’expérience que nous avons tentée de « pluralisme de droit ». Certains, qui luttaient avec le plus grand acharnement contre le renoncement réel au centralisme démocratique, ont été les premiers à s’organiser effectivement en tendances. Comme l’a dit une camarade de l’atelier dans lequel j’ai travaillé à la rencontre nationale de Tours, on a tous les inconvénients des tendances ; mais faute de règles communes, on en a aucun des avantages.

Je ne crois absolument pas qu’il faille renoncer au pluralisme de droit. Je ne crois pas non plus qu’il faille accepter les tendances, même de fait, comme un mal inévitable. Il me semble que nous pouvons y réussir si nous explorons les moyens de mieux permettre l’expression des courants de pensée ou d’idées qui existent, là bien réellement, dans notre organisation. Par exemple, des débats structurés autour d’un rapport introductif long et des interventions « spots » de trois minutes poussent objectivement à l’organisation en tendances pour tenter de se faire entendre, au moins par répétitions. Nous avons sur la question du Parti de nombreux chantiers à ouvrir. Je suis persuadé que nous trouverons les réponses. En tout cas, je ne crois pas du tout que le Parti soit un problème : c’est une solution.

9. Se donner une très grande ambition

Je l’ai dit à propos du Parti, je le redis sur un plan général : je ne suis absolument pas pessimiste. Je suis lucide sur les difficultés, et même sur les dangers. L’inquiétude et la souffrance peuvent conduire les peuples sur de très mauvaises voies. Mais le monde nouveau dans lequel nous entrons ouvre aussi à l’humanité des possibilités inouïes. Malgré les grandes confusions, et même la pénombre inquiétante qui résultent de cette transition où, comme le disait Gramsci en substance « l’ancien tarde à mourir, et le neuf a du mal à naître », des millions de femmes et d’hommes, y compris dans notre pays, attendent beaucoup. Ils voient les risques et les possibles. Ce qui manque, c’est l’espoir mobilisateur qui peut mettre toutes ces énergies en mouvement.

Tout le monde sent que les recettes du passé sont devenues insuffisantes pour répondre aux enjeux de cette nouvelle époque. Tout le monde sent qu’il faut faire du neuf : l’idée de « rupture » fait florès à droite comme à gauche. A nous de relever le gant. Ouvrons les portes et les fenêtres. Ouvrons-nous nous-mêmes sur la société, ses potentialités énormes et ses attentes. La moindre n’est pas, de la part de chacun-e, l’aspiration démocratique à vouloir intervenir soi-même. Décidons, à partir d’une réflexion rigoureuse allant le plus au fond des choses qu’il est possible, de sortir des sentiers battus pour faire du neuf. Construisons avec toutes celles et tous ceux qui le veulent un véritable projet de civilisation, et le chemin de rassemblement populaire qui lui donnera sa force.

Nous pouvons, nous devons nous donner une très grande ambition.

 

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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 14:01

Entretien réalisé par Olivier Mayer et Jean-Paul Piérot
(paru dans l’Humanité du 23-06-2008)



La secrétaire nationale estime que le PCF doit sortir d’un positionnement « ni d’extrême gauche, uniquement contestataire, ni social-libéral » et prendre les initiatives pour que la gauche sorte de l’ornière.

 

L'Humanité: Dans le pays, le mécontentement s’accroît, les luttes sont nombreuses même si elles ne parviennent pas à contrer les réformes Sarkozy. Et la gauche semble aux abonnés absents. Avez-vous des propositions, des initiatives pour changer cette situation ?

Marie-George Buffet. En menant notre campagne « La bourse ou la vie », nous rencontrons beaucoup de colère chez les hommes et les femmes qui signent nos pétitions. Mais, j’ai pu le constater à plusieurs reprises cette semaine sur des marchés, nombreux sont ceux qui signent mais qui en même temps disent : « On n’y arrivera pas ». Certes, il ne faut pas sous-estimer la mobilisation sociale : 500 000 salariés et retraités dans la rue, on ne voit pas ça tous les matins. Là encore, il y a mobilisation et aussi de l’impatience face aux divisions syndicales… Mais ces mouvements ne prennent pas assez d’ampleur pour l’instant pour bouger le rapport de force et faire reculer le gouvernement. D’autant que la gauche paraît être aux abonnés absents. Le comité de liaison de la gauche n’a pas pu se réunir le 17 juin. Sur mon insistance notamment, il est convoqué à nouveau pour le 1er juillet. Dans cette situation, notre parti se doit de prendre des initiatives.

L'Humanité:Quelles initiatives ?

Marie-George Buffet. D’abord l’action : le 2 juillet, nous serons avec les salariés et les usagers de grands centres commerciaux pour parler salaires, pouvoir d’achat et faire signer les pétitions. Elles pourraient être portées en septembre en manifestation à l’Élysée. Le 4 juillet, nous allons prendre d’autres initiatives, je ne vous en dirai pas plus aujourd’hui mais nous voulons porter partout le débat sur l’argent, son utilisation.

Et puis, il y a urgence que le débat se lève à gauche. Sur l’état du monde et ses potentialités, l’Europe et son besoin de refondation ou sur le développement durable, la place du travail, le chemin des rassemblements nécessaires, les objectifs que devrait se donner la gauche… Nous avons de réelles divergences. Alors, poussons les débats ! Nous ne pouvons pas nous contenter de constater nos différences, la gauche a besoin de confrontations sur toutes les questions. J’espère que la réunion du comité de liaison décidera, au-delà des communiqués de riposte, de travailler à de véritables confrontations publiques sur ces questions, pour avancer. Parce que le principal obstacle à une mobilisation populaire forte contre la politique de Sarkozy, c’est l’absence de perspectives à gauche. Si nous ne faisons pas cela, droite et patronat ont de beaux jours devant eux.

Mais, l’expérience est là, rien n’avancera sans mobilisations citoyennes, aussi les communistes vont inviter les hommes et les femmes de gauche à se réunir dans leur localité ou leur entreprise pour en débattre. Je veux leur lancer un appel. Je sais, car ils ou elles me le disent, que certains se demandent comment porter aujourd’hui leur idéal de gauche. Nous n’avons pas eu le même itinéraire, mais faisons un bout de chemin ensemble. Utilisez le PCF. En respectant la personnalité et le parcours de chacun et chacune, nous pouvons faire bouger les choses ! Les communistes, nous voulons les voies efficaces pour changer, nous pouvons les construire ensemble !

L'Humanité:Ne pensez-vous pas qu’on a besoin de passer à une nouvelle étape pour que le mouvement social s’articule avec la politique ?

Marie-George Buffet. Bien sûr, le gouvernement a une tactique d’asphyxie. À l’Assemblée nationale, nous sortons du débat sur les institutions avec la présidentialisation à outrance, le bipartisme. Nous avons enchaîné avec le débat sur la modernisation de l’économie ; puis va tomber la loi sur le temps de travail et la représentativité syndicale ; on annonce, pour début juillet, le texte sur l’offre de travail « acceptable ».

Je veux, à ce propos, souligner le combat remarquable des parlementaires communistes et républicains. Sarkozy dit : « J’ai été élu pour ça, je le fais. » Les gens ont un sentiment d’impuissance. Le gouvernement bafoue les accords syndicaux et le président piétine la volonté des peuples - on l’a vu avec le « non » des Irlandais - de voir se lever une autre Europe. L’attaque est brutale, l’objectif clair : briser tout ce qui fait obstacle au tout-marchand. Face à cela, il est nécessaire que toutes les forces de progrès dépassent frontières et certitudes pour, sous des formes inédites, travailler aux rassemblements populaires sur des objectifs, des réformes aptes à gripper, puis à inverser les logiques destructrices en oeuvre aujourd’hui. C’est ce à quoi réfléchissent les communistes.

L'Humanité: C’est une façon de vous décoincer ? Vous semblez pris en tenaille entre un PS qui dérive à droite et la gauche radicale qui s’organise autour du parti d’Olivier Besancenot…

Marie-George Buffet. Depuis des années, et j’en porte une part de responsabilité, nous nous laissons enfermer dans le « ni-ni ». Ni contestation stérile d’extrême gauche, ni renoncement social-libéral. Pour en sortir, nous nous sommes adressés à toute la gauche. J’ai appelé à « révolutionner la gauche ». Nous avons sincèrement cherché des voies pour cela. Mais la situation actuelle le montre, modifier la situation à gauche exige une irruption des femmes et des hommes de gauche dans le débat. Je crois que nous, les communistes, pouvons et devons prendre les initiatives en ce sens pour que la gauche sorte de l’ornière. L’union, ce n’est pas l’effacement du Parti communiste français, c’est un Parti communiste qui agit, qui ouvre, qui répond à tout ce qui bouge et débat à gauche, qui est présent partout où on agit, où on lutte dans la durée pour bâtir des fronts, une majorité populaire, une majorité politique, sur la base de contenus audacieux.

L'Humanité: Est-ce que sortir du « ni-ni » ne pose pas la question du projet ?

Marie-George Buffet. Notre parti doit clairement dire à nos concitoyens quel est son objectif politique ; dit autrement, à quoi cela sert de lui donner des moyens et des responsabilités. C’est l’une des questions essentielles que nous aurons à travailler au congrès.

L'Humanité: Mais, dans les congrès précédents, vous parliez déjà du projet. Qu’y a-t-il de nouveau ?

Marie-George Buffet. Nous avons beaucoup travaillé sur notre projet ces dernières années. Sur des questions comme le travail, le développement durable, le féminisme, la place de l’individu, notre vision européenne, un nouvel internationalisme, nous avons fait des avancées considérables. Il faut encore travailler, bien sûr. Mais comment est-on perçu par notre peuple ? Que signifie être un parti révolutionnaire aujourd’hui ? Quels sont les possibles dans le monde actuel pour dépasser les logiques en place ? Quand on parle d’émeutes de la faim, quand se pose dans l’urgence la question de la diversification des ressources énergétiques… Quelles réponses porte notre espérance révolutionnaire ?

Dépasser le capitalisme ne relève pas que de mots, aussi beaux soient-ils ! Cela demande construction, prises de responsabilités, élaborations des grandes réformes nécessaires et de rapports de forces pour les faire vivre. Sommes-nous perçus comme ce parti-là, un parti qui veut travailler aux changements concrets qu’attendent dans l’immédiat les gens, prêt à participer à la gestion du pays, à la construction de l’Union européenne, pour proposer et mettre en oeuvre de grandes réformes qui vont concrètement changer la vie de nos concitoyens ?

L'Humanité: Mais quelles sont ces réformes ?

Marie-George Buffet. Une réforme institutionnelle pour donner plus de pouvoirs aux salariés et aux citoyens. Procéder aux réformes permettant de modifier l’utilisation de l’argent : dépenses et services publics, protection sociale, recherche, éducation et qualification, fiscalité au service du développement durable et de la relance industrielle… Il faut que les gens soient capables de dire : voilà les réformes que le Parti communiste veut conduire, avec d’autres, s’il participe à la gestion du pays.

L'Humanité: Quelle majorité pouvez-vous trouver pour conduire ces réformes ?

Marie-George Buffet. Cette majorité, aujourd’hui, si l’on regarde l’état réel des forces politiques de gauche, elle n’existe pas. Mais si on regarde les aspirations populaires, cette majorité peut se construire. À condition que l’on donne espoir avec des propositions fortes, crédibles, et que l’on mène ce débat à gauche. Il n’y a pas de coup de baguette magique à attendre et il ne faut pas compter sur des appels incantatoires. Il faut multiplier les initiatives, il y a urgence.

L'Humanité: Est-ce que le « non » irlandais valide votre analyse sur l’Europe libérale et permet de relancer quelque chose à ce sujet ?

Marie-George Buffet. Les tenants de l’Europe libérale nous ont fait perdre trois ans ! En 2005, on nous a dit qu’il n’y avait pas de plan B. Le traité de Lisbonne devait passer sans anicroche. Il y a un seul référendum et c’est le « non » qui l’emporte. Les dirigeants européens se retrouvent dans l’impasse. Lors de la réunion du Parti de la gauche européenne (PGE) la semaine passée à notre siège, j’ai fait la proposition de lancer, dès cet été, une campagne européenne pour un nouveau traité de refondation de l’Union européenne.

L'Humanité: Ce sera votre objectif pour les élections européennes de 2009 ?

Marie-George Buffet. Oui. On nous a privés de référendum. Les électrices et électeurs pourront utiliser cette élection pour dire l’Europe qu’ils veulent. Mais il faut commencer la bagarre pour le nouveau traité dès maintenant. Tout appelle à ce que nos listes soient à l’image de ce qui bouge en Europe. Notre projet doit donner à voir de cette Europe sociale et démocratique, résolument orientée vers le progrès que les peuples appellent de leurs voeux. Nous avons, dans le même mouvement, à combattre la politique menée en France et en Europe par la droite et avancer notre projet B.

L'Humanité: Cela veut dire des listes ouvertes à d’autres forces européennes ?

Marie-George Buffet. Nous allons en débattre, mais je pense que nos listes doivent être à l’image de cette Europe qui résiste et qui lutte.

L'Humanité: Vous avez parlé de « crise existentielle » du PCF. Y aura-t-il encore un Parti communiste après le congrès de décembre ?

Marie-George Buffet. Je ne suis pas la seule à en avoir parlé. Parce que les deux présidentielles, en 2002 et 2007, montrent que les idées de changement, telles que nous les représentons aujourd’hui, ont du mal à exister dans une élection nationale. Et le résultat intéressant aux élections municipales et cantonales, qui fait de nous la troisième force française, n’efface pas les grands défis auxquels nous sommes confrontés.

Faut-il un Parti communiste ? Je le pense. Mais je pose la question de sa transformation. Le Parti communiste représente pour moi un potentiel humain et politique indispensable au changement. Mais nous devons travailler à dépasser tout ce qui entrave l’action de ses adhérents et adhérentes et donc son efficacité, son dynamisme. Cela nous demande d’innover, d’oser.

L'Humanité: Il y a eu des critiques sur la préparation du congrès. Certains ont parlé de verrouillage. Êtes-vous satisfaite de la façon dont le débat se déroule ?

Marie-George Buffet. Vouloir verrouiller serait débile. D’abord parce que c’est impossible, et surtout ce serait suicidaire. Sans un grand débat, nous ne trouverons pas les ressources pour être ce parti moderne apte à changer la vie. Nous avons besoin de ce débat. Il ne faut pas verrouiller, il faut y entrer, dire ce qu’on a à dire. Je ne suis pas encore satisfaite. Nous avons tenu trois belles rencontres nationales, mais il y a encore trop de communistes qui n’ont pas encore eu la possibilité de s’impliquer dans le débat. Il s’agit de passer à une vitesse supérieure. Il faut plus de bouillonnement. Et il faut que les camarades qui ont une vision cohérente pour l’avenir le disent, participent au débat, viennent dans les réunions, écrivent. Il faut que toutes les idées, tous les projets, toutes les cohérences s’expriment.

L'Humanité: Vous êtes un parti de militants, avec un ancrage, un réseau d’élus important, et on ne vous regarde qu’à l’aune de l’élection présidentielle.

Marie-George Buffet.Oui, mais c’est vrai que la vie politique française est trop centrée sur l’élection présidentielle. Et cela va encore s’aggraver avec la réforme des institutions. C’est pourquoi d’ailleurs j’invite tous les parlementaires de gauche à s’y opposer le 21 juillet au Congrès de Versailles. Il faut donner à voir de la réalité du Parti communiste qui ne se limite pas à son score à l’élection présidentielle, mais il faut aussi relever le défi de cette échéance. Nous n’y échapperons pas. Est-ce que le Parti communiste apparaîtra comme apte à participer à des responsabilités au plus haut niveau de l’État, par la qualité de son projet, son aptitude à être des rassemblements utiles à cela ?

L'Humanité: Vous semblez moins affirmative qu’il y a quelques mois sur votre remplacement à la tête du Parti communiste. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Marie-George Buffet. Je crois qu’il faut un profond renouvellement de nos directions et je ne vois pas pourquoi, au niveau du secrétariat national, cette question ne se poserait pas. Je pense qu’il faut un souffle nouveau. Je souhaite ce renouvellement en créant toutes les conditions pour que le parti soit rassemblé, que la direction élue soit efficace pour mettre en oeuvre ce que les communistes décideront au congrès. C’est quelque chose qui se construit, qui demande du temps. Nous allons mettre en place la commission de transparence sur les candidatures, le 26 juin. Pour cette commission, il n’y aura pas de sujet tabou.

L'Humanité: Vous renouvelez cette année une université d’été…

Marie-George Buffet. En plus des initiatives de ripostes à Sarkozy, des rencontres de la gauche, de l’Europe et du congrès, nous allons tenir une université d’été avec un programme de débats extrêmement copieux. Et puis, nous engageons la bataille de la vignette pour préparer la Fête de l’Humanité. Je sais combien celle-ci compte pour l’existence du journal. Et la Fête de l’Humanité, c’est le lieu où se croisent et débattent toute la gauche et le mouvement social. Le monde qui lutte s’y retrouve, il ne faut pas manquer ce rendez-vous.

Des commentaires à cet interview sont visibles sur le site de l'Huma: Gauche : entretien avec M.-G. Buffet - l'Humanite

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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 23:28

Participer à « un nouveau courage » et maintenir contre vents et marées une hypothèse d’émancipation face à l’hégémonie capitaliste et à la volonté de fermeture conservatrice qui travaille le pays : voilà l’une des tâches politiques que s’assigne le philosophe Alain Badiou.

Disons le sans détours : le dernier livre d’Alain Badiou (1) est un antidote à l’anesthésie et à la sidération qui ont frappé les esprits depuis le 5 mai dernier. Le principal mérite de ce court essai, fruit d’un séminaire à l’ENS ? Reposer quelques repères clairs contre la « désorientation » dont le pouvoir a fait, avec le maintien délibéré d’un état de peur, l’une de ses principales armes politiques. Au plan collectif, comme au niveau intime, De quoi Sarkozy est-il le nom ? met en mot le malaise ressenti aujourd’hui par ceux qui restent attachés à un idéal d’émancipation humaine. Ce malaise, la seule figure de Sarkozy ne saurait, à elle seule, l’expliquer. Sarkozy est donc pris, ici, comme un symptôme. Sous sa forme ressurgit, suggère le philosophe, un « transcendantal pétainiste » dont la principale caractéristique est « le désir d’un maître qui vous protège » (des étrangers, de la mondialisation, des jeunes, etc.). Sarkozy, produit de la peur. Produit, aussi, d’une histoire française déchirée entre Révolution et contre-révolution, entre Résistance et collaboration, entre désir de liberté, d’égalité et rappels à l’ordre.

 

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui pour l’Humanité.

R.M: La dernière séance électorale s’est exclusivement jouée selon vous sur la mobilisation d’affects collectifs, avec d’un côté l’expression d’une peur « primitive » incarnée par Sarkozy, et de l’autre une peur de cette peur incarnée par Royal. Cette séquence achève d’ôter toute crédibilité à vos yeux à la démocratie parlementaire libérale. Mais alors, si ce système est mauvais, comment peut s’exprimer la souveraineté populaire ?

Alain Badiou : Je n’ai pas de réponse préétablie à cette question d’une nouvelle figure de la démocratie. Mais je crois nécessaire de revenir à la distinction classique entre démocratie formelle au niveau de l’État et démocratie de masse, du point de vue de l’exercice politique possible pour le peuple. L’exercice du pouvoir tel qu’il est organisé aujourd’hui laisse très peu d’espace à une démocratie véritable. Les déterminations économiques ont une telle pesanteur qu’elles sont, en définitive, hors de portée de la décision des électeurs. Nous devons donc nous demander comment un exercice démocratique authentique peut être possible aujourd’hui. Je n’ai pas de formule en ce qui concerne la question du pouvoir d’État. C’est une grande question héritée de tout le XXe siècle, à propos de laquelle les solutions communistes traditionnelles sont devenues intenables.

R.M: Cette question de l’État n’est-elle pas un point aveugle de l’hypothèse communiste ?

Alain Badiou : Oui, je le pense. Les solutions léninistes se sont montrées pertinentes sur un point particulier : celui de réussir l’insurrection, de prendre le pouvoir. Elles se sont avérées, en revanche, extraordinairement difficiles et finalement contre-productives au niveau de l’exercice du pouvoir. Nous en sommes là. Après tout, nous en sortons à peine.

Dans l’immédiat, les secteurs ouverts à une démocratie véritable sont à mon avis limités. Ils ne se situent pas au niveau du pouvoir d’État, mais au niveau la mobilisation populaire, de la tentative de résister à l’hégémonie du capitalisme libéral. Ce sont des moments limités et défensifs, mais c’est à partir d’eux qu’il faut reconstruire quelque chose. Quant à la formule du pouvoir d’État, nous devons accepter de dire que pour l’instant nous n’en avons pas. Nous n’avons pas d’alternative étatique claire. Le nom de cette alternative, dans le marxisme classique, était la « dictature du prolétariat ». Les formes qui s’en sont revendiquées ne reviendront pas, car leur expérience politique a été gravement négative. Lorsque j’insiste sur les inconséquences et sur le peu de réalité démocratique véritable du système parlementaire, cela ne signifie donc pas que je souhaite le retour aux formes anciennes de la dictature du prolétariat. Il s’agit simplement de souligner que le problème de l’État est un problème ouvert pour tous ceux qui conservent l’idée communiste.

R.M. : Vous pensez, comme le philosophe et sociologue Slavoj Zizek, que le destin du capitalisme est nécessairement dans une limitation des libertés, dans un contrôle généralisé des populations…

Alain Badiou : Je suis convaincu de ce point. Des mesures successives, sournoises, lentes, se déploient progressivement dans le temps, donnant corps à une législation de plus en plus répressive, à un consensus sécuritaire porteur de cette limitation des libertés. Nous ne sommes pas face à un coup d’État brutal, qui interrompt tout d’un coup les libertés, installe la police partout. C’est un processus qui affecte toutes les démocraties parlementaires occidentales. Des résistances locales significatives, qui portent l’espoir de l’avenir, existent. Mais pour l’instant il n’existe pas de contrepoids puissant à cette tendance lourde. Il est clair cependant que le capitalisme déchaîné dans lequel nous vivons ne porte pas de sens véritable. Les gens feront tôt ou tard l’expérience qu’il s’agit en définitive, sous couvert d’abondance et de prospérité économique, d’une dévastation de la vie humaine.

R.M.: « La réalité de la situation, c’est la guerre », dites-vous. Qu’entendez-vous par là ?

Alain Badiou : C’est d’abord la guerre extérieure. D’une manière ou d’une autre, Sarkozy va nous remettre sous le drapeau des guerres américaines. C’est certain. Et puis il y a la guerre contre les faibles, les pauvres, les ouvriers, les jeunes. On se méfie d’eux, on les encadre. Bientôt, on construira des murs pour isoler les centres-villes de la banlieue. Des check-points seront dressés à la gare du Nord. Vous verrez, nous y viendrons.

R.M : Quel est ce « transcendantal pétainiste » qui ressurgit aujourd’hui selon vous sous la forme de Sarkozy ?

Alain Badiou : Dans mon esprit, il s’agit là d’une analogie. Le « pétainisme » renvoie à une idée plus vaste que le seul régime de Vichy. Il a peut-être commencé en 1815, avec la contre-révolution française, au moment de la Restauration.

Aujourd’hui, la peur devant l’avenir, la peur des étrangers, des jeunes, du monde tel qu’il est, aboutit à une demande d’autorité qui mettrait le pays en quelque sorte à l’abri de l’histoire. La France malheureusement est travaillée par une volonté conservatrice profonde, par l’aspiration à une fermeture protectrice. Or une telle fermeture ne peut être obtenue que par des capitulations sur tous les projets politiques. De sorte que l’homme de « la rupture » est en réalité l’homme de la défensive et du repli. C’est lui l’homme du déclin. Du déclin spirituel, du déclin des projets. Rendre les riches plus riches, les pauvres, plus pauvres et exhorter les gens à travailler davantage s’ils veulent de l’argent, n’est pas autre chose qu’une régression manifeste.

R.M. : Vous parlez d’une « désorientation » généralisée. Comment s’articule-t-elle à ce que vous appelez, avec Lacan, le « service des biens » ?

Alain Badiou : C’est la clé de notre société. Le service des biens aujourd’hui, pour reprendre l’expression de Lacan, c’est le service du capitalisme libéral. Les biens sont produits, distribués dans le régime de l’économie de marché. Si l’on est au service du service des biens, c’est cela que l’on doit soutenir. Or, à mon sens, je le redis, ce capitalisme libéral ne fixe aucune orientation à l’existence collective. Le citoyen n’est que celui qui comparaît devant le marché. C’est le consommateur tel qu’il est défini par la circulation marchande. Par conséquent, notre société telle qu’elle est est hors d’état de se représenter son avenir collectif. Les gens eux-mêmes dans leur existence particulière sont hors d’état de construire de véritables projets en dehors de l’univers de la consommation et de l’accumulation. C’est cela la désorientation.

R.M. : Pourquoi, analysez-vous la volonté de « liquider l’héritage de mai 1968 » comme une volonté d’effacer jusqu’à la trace d’une politique d’émancipation possible ?

Alain Badiou : Il y a eu trois Mai 68 : un Mai 68 libertaire de libération des moeurs, un mai 68 de la grève classique et un Mai 68 habité par l’idée de réinventer la politique, de l’extraire de sa répétition pour trouver des formes nouvelles. Mai 68 a été entièrement animé dans toutes ses composantes par l’idée qu’une émancipation véritable de la vie humaine était possible. Quand Sarkozy veut « liquider Mai 68 », c’est avec cela qu’il veut en finir. Pour imposer l’idée selon laquelle les grandes lois de la société contemporaine, le capitalisme libéral, l’autorité de l’État, la sécurité, les lois répressives seraient le mouvement naturel des choses. Il s’agit là d’une nouvelle étape dans la construction d’un consensus réactionnaire véritablement installé.

R.M. : Résister consiste selon vous à « tenir des points » en se positionnant dans la durée, hors de l’ordre établi, du consensus réactionnaire, des règles capitalistes. Cette proposition ne relève-t-elle pas davantage d’une éthique individuelle ?

Alain Badiou : Je suis convaincu que l’on peut aussi résister, protester ou trouver une indépendance par rapport au consensus réactionnaire dans des secteurs qui ne relèvent pas immédiatement du mouvement collectif. Dans la manière de penser les formes artistiques, de pratiquer la vie amoureuse, il y a aussi des possibilités de résistance.

Mais prenons des points à mes yeux essentiels, comme la résistance à l’organisation générale du service des biens, l’attention à la question des ouvriers de provenance étrangère, la défense de la protection sociale ou des services publics. Pour tenir ces points dans la durée, il faut certainement des formes d’organisation collective nouvelles, qui impliquent une discussion ouverte, proprement politique.

R.M. : Le point essentiel pour vous tient dans cette affirmation selon laquelle « il y a un seul monde »… Pourquoi « l’ouvrier sans papiers » est-il chez vous une figure centrale ?

Alain Badiou : Les ouvriers sans-papiers sont emblématiques de l’existence de ce qui est présenté comme un autre monde, mais dont je soutiens que c’est le même. Dans l’inspiration originale du marxisme, il y a quelque chose de semblable. Pour les réactionnaires du XIXe siècle, les ouvriers représentaient la classe dangereuse, ils étaient considérés comme extérieurs à la société. Longtemps, eux aussi ont dû présenter « des papiers » : le livret ouvrier a existé pendant tout le XIXe siècle. Marx considérait ces ouvriers, dont les privilégiés niaient l’appartenance à la société, comme porteurs de l’avenir. C’étaient donc eux, en a-t-il conclu, qu’il fallait prioritairement organiser.

Dans notre société, les travailleurs les plus en bas, et parmi eux ceux qui ont cette caractéristique supplémentaire, venant d’ailleurs d’être persécutés à ce titre, sont de la même manière le symbole central de l’avenir.

R.M : Vous citez un très beau passage de la République, dans lequel Socrate imagine que l’étranger peut être le lieu de la réalisation d’une nouvelle possibilité.

Alain Badiou : L’idée selon laquelle une invention politique se fait toujours avec des gens et à partir de situations considérés comme extérieurs est très ancienne. Au fond, faire entrer à l’intérieur quelque chose qui est extérieur est un mouvement fondamental de toute création, en art comme en politique.

RM : En quoi consiste ce « courage », qui doit répondre selon vous au coup global qui nous donne aujourd’hui le sentiment d’avoir été assommés ?

Alain Badiou : Le courage consiste fondamentalement à tenir un point. Non seulement sur le moment même, mais dans la durée. C’est la question du temps. Une bonne partie de l’oppression contemporaine est une oppression sur le temps. Nous sommes contraints à un temps découpé, discontinu, dispersé, dans lequel la rapidité est un élément majeur. Ce temps n’est pas le temps du projet, mais celui de la consommation, du salariat. Le courage pourrait consister à essayer d’imposer une autre temporalité. À tenir des points contre vents et marées, dans une durée qui ne dépendra pas des critères du succès ou de l’échec imposés par le modèle de la société libérale.

R.M. : Vous analysez la période dans laquelle nous sommes comme une période « intervallaire » semblable à celle qui sépara la Commune de Paris de la révolution d’Octobre. Qu’est-ce qui caractérise une telle période ?

Alain Badiou : Après la Commune de Paris, le modèle d’organisation et d’action du mouvement ouvrier ne pouvait plus être le même parce qu’il n’avait pas abouti à la victoire de l’insurrection ouvrière. Après l’écrasement de la Commune, l’adversaire a profité longtemps de sa victoire. Ces grandes années de consensus, d’expansion du capitalisme furent aussi celles de l’expansion impériale, du colonialisme. Il en va de même aujourd’hui, après l’échec de la figure de l’État socialiste.

Nous sommes évidemment dans des conditions objectives extrêmement difficiles, car cet échec se paye très cher. Il relance la dynamique réactionnaire à grande échelle. C’est cela la période intervallaire. Elle donne, du point de vue de la théorie, des tâches nouvelles pour penser le monde, les formes d’organisation, la politique d’émancipation. Du point de vue pratique, ces périodes sont marquées par des luttes, sont principalement défensives. Mais il est très important de tenir, de ne pas se décourager.

R.M. : Vous êtes convaincu qu’il faudra à l’avenir faire exister l’hypothèse communiste sur un nouveau mode. Mais vous dites finalement peu de chose de la manière dont cette hypothèse devra se présenter.

Alain Badiou : J’aimerais pouvoir en dire plus. Pour l’instant, je soutiens qu’il faut affirmer sans peur que nous sommes dans le maintien de cette hypothèse. Il faut dire que l’hypothèse de l’émancipation, fondamentalement, reste l’hypothèse communiste. Ce premier point peut trouver des formes d’élaboration. Il faut comprendre ensuite qu’il s’agit là d’une idée au sens fort. Je propose de la travailler comme telle. Ce qui signifie que dans une situation concrète, conflictuelle, nous devons l’utiliser comme critère pour distinguer ce qui est homogène avec cette hypothèse égalitaire et ce qui ne l’est pas.

Par ailleurs, nous ne pouvons pas en rester à la dispute de la période antérieure entre les tendances anarchisantes, qui valorisaient le mouvement pur, et les tendances plus traditionnellement organisatrices qui valorisaient le parti. Il faudra sans doute retenir quelque chose de ces deux tendances. Mais ce type de discussion n’est plus fécond.

La discipline des Partis communistes dans la période post-léniniste a rendu possible l’existence de partis-États, avec une organisation policière. Nous sortons d’une longue période où cette discipline a été poussée à son comble, où elle s’est muée en un autoritarisme calqué sur le pouvoir d’État. Ce qui dominait, ce n’était pas la confiance dans les gens, mais la méfiance à leur égard. Au contraire, nous devons inventer une discipline de la confiance. Ce n’est pas l’enthousiasme, la spontanéité créatrice du mouvement que j’aime et que je partage, mais qui ne suffit pas à créer la durée nouvelle dont nous avons besoin.

Les opprimés n’ont pas d’autre ressource que leur discipline. Quand vous n’avez rien, pas l’argent, pas d’armes, pas de pouvoir, vous n’avez pas grand-chose d’autre que votre unité. Notre question centrale est donc : quelle forme peut prendre une nouvelle discipline ? Du point de vue philosophique, je pense que c’est nécessairement une discipline de la vérité, une discipline du processus lui-même. Ce qui advient, ce qui se passe, doit être la loi commune pour cette discipline. Autrement dit, c’est le processus politique lui-même qui doit engendrer sa discipline. Finalement, il s’agit d’une fidélité. Au fond, le même problème est posé lorsque l’on s’interroge sur la discipline minimale qui fait qu’un couple amoureux tient le coup.

(1) De quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances 4,

Nouvelles Éditions Lignes, 2007.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui

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22 juin 2008 7 22 /06 /juin /2008 15:39

« PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSEZ-VOUS ! »

(1847: Manifeste du Parti Communiste, Marx et Engels)

 

D’après Midi-Libre, Abdelkader CHORFI, représentant de la CFDT KP1, aurait été choqué que les communistes locaux aient apporté leur soutien à des salariés en lutte !

 

Merci pour cet hommage involontaire.

 

Les communistes sont le plus souvent des militants et animateurs syndicaux et savent combien il est difficile de faire « plier » le patronat d’une multinationale de la dimension de KP1 plus préoccupée de ses actionnaires que de ceux qui travaillent et produisent les richesses.

Notre force à tous c’est l’union pour gagner dans l’entreprise, dans le pays, l’Europe, le monde : TOUS ENSEMBLES.

Le P.C.F par nature défend la classe ouvrière, les salariés et leurs revendications dans une perspective de société plus juste. Il est de par sa composition naturellement solidaire des autres salariés en lutte où qu’ils soient : POUR UN MONDE MEILLEUR.

Campagne électorale ou pas l’exploitation continue, et les communistes, agissent aux côtés des travailleurs pour construire des rassemblements s’opposant à la division entre salariés du privé et ceux du public, salariés de France et ceux du monde, ceux qui ont un emploi et ceux qui en cherchent un : NOUS SOMMES TOUS DES EXPLOITES.

Les syndicats ont leur rôle irremplaçable et bénéfique : celui de porter et de gagner les revendications individuelles et collectives des travailleurs. Celui de protéger ceux-ci de l’agressivité sociale du patronat.

Le PCF, quant à lui, joue aussi son rôle quand il fait intervenir ses élus ou ses militants pour faire pression sur les chefs d’entreprise pour qu’ils ouvrent les négociations et entendent les aspirations du mouvement social.  Il a prouvé que son rôle est déterminant pour traduire les souhaits syndicaux et citoyens en textes législatifs : Sécurité sociale, statuts des fonctionnaires, loi dite Gayssot contre le racisme, loi M.G Buffet contre le dopage….

 

D’après Mr CHORFI la lutte pour l’amélioration du pouvoir d’achat n’est pas une démarche politique ! (Midi-Libre - édition du 18 juin 2008)

 

Pas politique l’amélioration du pouvoir d’achat ? Qui a dit « je serai le Président du pouvoir d’achat » ? Un syndicaliste ?

Certes, il n’a rien fait, sauf à améliorer le sien et celui de ses amis capitalistes (ça c’est politique !!!).

Mais qui, loi après loi, instaure des prélèvements additionnels sur les salaires ou des taxes supplémentaires comme les franchises médicales, sinon le pouvoir politique  Sarkozyste?

Qui par sa gouvernance à permis en 10 ans à ce que 10% des richesses produites par les salariés dans les entreprises aillent du salaire vers la rémunération des actionnaires, sinon le pouvoir politique  au service du capital?

Ne nous trompons pas de cible!

L’UMP (ou la classe ouvrière est quasiment absente) et les défenseurs du capitalisme rêvent de salariés dociles, pas syndiqués, pas politisés. Avec le relais des médias du fric, ils veulent accréditer l’idée que seule une élite aurait les capacités de s’occuper de politique c'est-à-dire décider de ce que doit être notre vie de tous les jours !

Les communistes avec leur parti s’opposent à cette vision antidémocratique et appellent tous les travailleurs au contraire à s’emparer de la vie politique, à s’y engager pour prolonger leurs luttes syndicales dans les instances politiques.

 

 

Avec le PCF, les communistes revendiquent par exemple :

 

-   le SMIC à 1500€ net, et sa traduction sur la grille des salaires pour payer la qualification et les responsabilités dans une échelle de 1 à 5,

-  l’instauration d’une véritable citoyenneté dans l’entreprise avec des droits nouveaux aux salariés, notamment au travers des comités d’entreprise,

- l’instauration d’un système emploi/formation permettant un parcours professionnel sécurisé,

-   le maintien des 35 h et la généralisation à tous les salariés ( au contraire de Sarkozy qui en ratifiant le « mini-traité » européen autorise les semaines pouvant aller jusqu’à de 65h de travail !)

 

et ils proposent en même temps comment financer ces mesures par la taxation des profits et une meilleure répartition des richesses.

 

 

Pour l’avenir et améliorer notre sort de travailleurs subissant l’exploitation capitaliste, celle des fonds de pension exigeant toujours plus de dividendes au détriment des salaires et des conditions de travail, il est indispensable d’avoir des élus politiques issus en particulier du monde du travail qui de la mairie au gouvernement agissent pour défendre nos intérêts de salariés et les rapports de forces exprimés au travers des luttes syndicales et des engagements politiques.

 

Ce n’est, de notre avis de communistes, qu’en étant bien sur nos deux pieds : le syndical et le politique que la lutte de classe s’exprimera avec efficacité en  faveur des travailleurs de ce pays.

 

Les mémoires militantes sont là pour le montrer. Les grandes avancées sociales sont du Front Populaire à nos jours la traduction de la convergence des luttes syndicales et de majorités politiques clairement anticapitalistes.

 

Le Parti Communiste Français, ses adhérents sont de ceux-là !

 

C’est dans l’union politique et syndicale

et non dans la division

que la classe ouvrière gagnera !

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