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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 19:31

Notre camarade et ami René Mathieu vient de s’éteindre à l’âge de 85 ans, nous en sommes très peinés. Evoquer sa mémoire c’est retracer son engagement, une vie consacrée à un idéal dont il incarne bien toutes les facettes. Témoin et acteur de l’Histoire européenne du vingtième siècle, modestement, sérieusement et avec conviction il a participé localement à la vie de son territoire.Ren- Mathieu et Maurice Bonnefoi

René Mathieu (à gauche sur la photo) en compagnie d'un autre vétéran le l'Ardoisien Maurice Bonnefoy

Né en 1925 il est très jeune au moment du Front Populaire mais il est très imprégné par ce moment extraordinaire des avancées sociales de notre pays. Ayant perdu sa mère très tôt le petit René Mathieu sera fortement marqué par cette époque et par la personnalité de son père qui fut un militant très actif au PCF. Il aura un autre modèle. “L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur” a dit le président de la République dans son discours au Latran en 2007, René nous a prouvé le contraire. En effet, outre la figure paternelle il aura aussi comme exemple l’instituteur de ST Victor, Monsieur Romestant, figure pétrie de droiture et symbole de cette école laïque qui a aidé à former des millions de citoyens issus de milieux modestes. Cependant si René fut un homme de convictions, il n’en fut pas moins un homme ouvert aux autres, à la diversité des approches, des sensibilités, des opinions. C’est pour cela qu’il a été un rassembleur, un homme d'union...

 L’occupation, la Résistance, la Libération et les avancées du Conseil National de la Résistance finiront de parfaire son éducation politique.

Notre parti né fin décembre 1920 a aujourd’hui 90 ans il est né cinq avant que René ne naisse. Mais le marteau et la faucille, symboles du labeur et des travailleurs, (qui ont orné son drapeau) sont parfaitement incarnés par René Mathieu.

En effet au sortir de la guerre le travail de la terre l’attend. C’est ainsi qu’il va se saisir de la faucille, symbole et outil de travail. Dans la thèse de doctorat d’Elie Pélaquier qui a pour thème Saint Victor la Coste entre 1661 et 1799, il est question de la faucille (appelée voulan en langue d’oc), elle a été l’outil principal du paysan de Saint Victor avec l’araire jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. La faux et la charrue n’apparaissant qu’au XIXe siècle. Bien sûr René a été homme de son temps et du tracteur mais il s’inscrit dans cette généalogie des paysans de Saint Victor qu’il a bien représenté. L’agriculture fut, ainsi son occupation professionnelle mais également fut une cause d’engagement. La crise touchait déjà la viticulture et la cave coopérative de Saint Victor était aux prises à des difficultés. René s’engagera avec d’autres camarades dans un combat pour la sauver. Déjà à l’époque on parlait de la concurrence des vins d’Algérie, des vins italiens et les vins de table étaient appelés à disparaître. Les décennies 60 et 70 seront difficiles jusqu’à ce jour du 4 mars 1976 où le ministre Poniatowski du gouvernement Chirac donnera l’ordre aux CRS d’avancer sur le Pont de Montredon près de Narbonne, des incidents éclateront deux hommes seront tués : 1 vigneron (Emile Pouytès), 1 CRS (le commandant Joël Le Goff). Le meneur de la lutte des vignerons s’appelait Emmanuel Maffre-Baugé : il sera député européen apparenté communiste de 1979 à 1994. René Mathieu l’avait côtoyé, il s’était rendu chez lui à Bélarga dans l’Hérault. Trente cinq ans après ce mois de mars 1976 l’agriculture se bat encore, subissant une crise de plus et le combat est le même : obtenir des prix rémunérateurs. Aujourd’hui les dirigeants syndicaux doivent s’inspirer de leurs glorieux aînés.

René était amoureux de sa terre, de son terroir de Saint Victor, de la ruralité. Jusqu’au bout il aura été attaché à l’hebdomadaire « la Terre », ce journal des paysans qui avait été créé dans la dynamique du Front Populaire en 1937 par Waldeck Rochet et qui est aujourd’hui dirigé par André Lajoinie et Patrick le Hyaric. Ce titre qu’il aimait lire et dont il n’hésitait pas à faire la promotion, accompagnant les prospecteurs du journal auprès des paysans de la région.

L’amour de la terre l’avait conduit à l’amour de son village Saint Victor. Il en deviendra maire en 1977 et le restera pendant trois mandats jusqu’en 1995. Il participera avec son conseil municipal à la modernisation du village tout en veillant à garder le cachet remarquable de ce beau village, ayant à cœur aussi de bien gérer la commune avec si peu de ressources.

Mais René Mathieu c’est aussi le marteau. En effet même issu de la ruralité il comprend les enjeux du développement économique et notamment de l’industrie. Ainsi il sera un des plus ardents défenseurs de l’usine sidérurgique que l’on appelée à l’époque Ugine Aciers à l’Ardoise. Il n’hésitait pas à braver l’interdit de la direction du site et à pénétrer dans l’usine pour discuter avec le personnel et même s’il devait recevoir quelques jours après chez lui une lettre recommandée qui lui disait qu’il était rentré sans autorisation. Pendant tout son mandat de conseiller général du canton de Roquemaure de 1979 à 2004 le monde ouvrier du canton de Roquemaure eut (au-delà des salariés d’Ugine) un représentant à l’assemblée départementale à Nîmes où il côtoya notamment Bernard Deschamps, Emile Jourdan, Alain Clary, ou Patrick Mallavieille pour en citer quelques uns.

Au même titre que pour sa commune de Saint Victor, il s’engagea pour le canton de Roquemaure. La liste des réalisations serait longue et fastidieuse, nous nous attarderons seulement sur un aspect important le désenclavement du Gard Rhodanien. C’est grâce aux relations qu’il entretenait avec le ministre des transports Charles Fitermann que René Mathieu a gagné la possibilité de créer une nouvelle sortie d’autoroute à Roquemaure. Par ailleurs, c’est dans une campagne pour les législatives à laquelle René Mathieu apporta ses compétences que pour la première fois l’idée de relier le Vaucluse par un nouveau pont à Pont Saint Esprit fut émise. Un projet qui fit son chemin puisque ce pont existe aujourd’hui. René Mathieu aurait voulu pouvoir relier les deux réalisations par la deux fois deux voies mais le projet fut bloqué notamment par des oppositions. On presse René Mathieu de convaincre son camarade Jean-Claude Gayssot ministre de l’équipement et des transports en 1997, d’abandonner le projet. René refuse, il sait que cela peut lui coûter cher électoralement mais il est convaincu du bien fondé de ce projet qui relève de l’intérêt général. Il essaie de raisonner les opposants et de proposer des alternatives sur le tracé. Certains lui en voudront. Son dernier mandat prit fin en 2004 et six ans après aujourd’hui le projet de la deux fois deux voies n’est toujours pas réglé et le Gard Rhodanien manque de débouchés.

Une des dernières réalisations des mandats de René Mathieu toujours au niveau du réseau routier fut le contournement du village de Laudun avec la déviation qui relie les quatre chemins au quartier de Lascours.

René Mathieu avait la fibre sociale, certains de ses opposants croyant le critiquer le surnommaient « l’assistante sociale ». C’est vrai que ses permanences ne désemplissaient pas. Il s’efforçait toujours de traiter au mieux les gens qui venaient le voir. Souvent il pouvait peu pour eux mais il se faisait un devoir de les écouter car personne avant lui n’avait fait l’effort de le faire. S’il n’était pas tout à fait assistante sociale mais conseiller général, il finira tout de même par épouser Annie qui, elle, était réellement assistante sociale. La vie les conduit à Laudun. René sera candidat à la mairie de Laudun l’Ardoise en 1995. Il ne sera pas premier magistrat mais sera seulement conseiller municipal pendant six ans. Il aurait pu comme souvent le font les mauvais perdants renoncer à ce mandat mais, comme toujours, il assuma complètement ses responsabilités avec sérieux et dévouement.

Oui mais voilà Saint Victor le village bien aimé lui manquait, il était temps de repartir au village natal ! Il s’y retirera prenant enfin une retraite bien méritée. Annie son épouse et le jeune Florent auront veillé avec bienveillance et amour sur lui jusqu’à ces derniers jours.

Il sera resté fidèle jusqu’à la fin à ses amours, à sa terre, à ses idéaux. Au moment où il s’en va, on démantèle Ugine Aciers, l’usine qu’il avait tant défendue avec les camarades et amis André, Vivian, Maurice, Alain, Pierre et les autres : triste clin d’œil de l’histoire leur usine est actuellement démantelée.

 Les communistes (militants et élus) qui ont travaillé aux côtés de René Mathieu sont aujourd’hui dans la peine et saluent la mémoire de leur camarade et ami. Une page de l’histoire récente du canton de Roquemaure vient de se tourner, un beau chapitre. Espérons que l’exemple de René Mathieu soit suivi par ceux qui doivent poursuivre l’écriture de ce livre…  Ren--Mathieu-et-Lorette.jpg

René Mathieu  à ses côtés Laurette Bastaroli et de dos Gérard Cazalet

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Published by SECTION GARD RHÔDANIEN du PCF - dans nécrologie
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