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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 09:21
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Les termes  écologie  et  communisme  ont, depuis près d’une trentaine d’années, paru relever d’univers idéologiques différents, avec des points d’affrontement souvent cultivés délibérément, surtout du côté écologiste. Paradoxalement, à la naissance des  mouvements écologistes français, au début des années 70, il n’en était pas ainsi.

Les  premiers combats environnementaux : pollutions de l’air en zones urbaines et pollutions industrielles des eaux (rivières, fleuves,  zones marines côtières) ont été souvent communs aux premiers militants écologistes et à un certain nombre de militants communistes, de sensibilité écologiste. Citons les luttes contre les pollutions industrielles du Rhône, animées au départ par Camille Vallin, maire de Givors, membre du Comité central du PCF. Cette lutte, victorieuse, débouchera ensuite sur la création du Mouvement national de lutte pour l’environnement  (MNLE) par des militants écologistes, membres ou proches du PCF, qui mènera au fil des ans un certain nombre de luttes.(1) Son influence s’est réduite ensuite pour des raisons sur lesquelles nous allons revenir. A l’époque, existait la possibilité d’un dialogue fécond et indispensable  entre deux volontés de changer le monde, l’une visant à changer les rapports de l’homme avec la nature, l’autre visant à remplacer la logique du profit par celle de la satisfaction des besoins humains essentiels, incluant ces nouveaux rapports avec la nature. La complémentarité entre ces deux volontés était évidente et le demeure aujourd’hui. Mais cette opportunité n’a pas été saisie.


Une opportunité manquée.


Les militants communistes ont, à quelques exceptions près, cédé à leur péché historique habituel. A savoir, considérer que le combat essentiel était celui d’arracher le pouvoir au capital, les autres combats étant secondaires et facilement gagnés une fois le  capital battu (voir erreur similaire sur le féminisme dans la  période antérieure). En fait, tous les combats progressistes sont à mener de front, car ils se confortent les uns les autres. Ensuite, la réserve communiste s’est accrue au fil des positions politiques prises ensuite par le courant écologique dominant. Celui-ci a, en effet, dans notre pays, majoritairement décidé de se constituer en formations politiques briguant des sièges aux différentes élections (certains mouvements comme les Amis de la Terre  n’ont pas suivi ce chemin). Or, pour exister électoralement, il faut se situer sur l’échiquier politique et construire des repères idéologiques, via un certain nombre de thèmes. Ni droite, ni gauche, le premier avancé, a été basé à l’origine sur le raisonnement simpliste que capitalisme et socialisme à la soviétique ayant commis tous deux de graves atteintes à l’environnement, l’écologie devait se situer au dessus des choix politiques habituels (ce thème est encore exploité aujourd’hui). Dans la réalité, les autres thèmes identitaires avancés ensuite, à savoir la décroissance économique, l’anti-productivisme, le changement d’attitude individuel (manger bio, faire du vélo), une passion quasi-métaphysique contre le nucléaire civil, etc., sont marqués par un certain  européo-centrisme et par une sensibilité social-démocrate majoritaire  (avec une minorité de centre droit). En effet, les militants écologistes, sociologiquement, relèvent principalement d’un salariat qualifié (enseignants, cadres, intellectuels divers). Du même coup, le capitalisme n’est pas remis en question. Il s’agit de le réformer, non de le dépasser. Si le mouvement écologiste a joué un rôle très positif dans un recensement exhaustif de la multiplicité des atteintes à l’environnement, sa difficulté idéologique à percevoir le rôle décisif, structurel, d’une course infernale à des profits toujours plus élevés dans l’aggravation des gaspillages de ressources, des atteintes environnementales, l’a conduit à de sérieuses erreurs d’analyse et d’orientation, qui ne peuvent être toutes détaillées ici.


Écologie et couches populaires.


Citons simplement l’inadéquation flagrante des préconisations écologistes à la situation réelle des couches populaires dans notre pays et, au-delà, à celle de la majorité misérable de la population planétaire. Les salariés mal payés, les précaires, chômeurs n’achètent pas de la nourriture bio, tout simplement parce qu’elle est plus chère. Pour le milliard d’êtres humains qui ont faim, le problème n’est pas de manger  bio, mais de manger tout court. Les trois milliards d’êtres humains qui vivent dans la misère (coût humain : au minimum 15 millions de morts/an, un énorme scandale) ont, eux, un impérieux besoin de croissance économique matérielle (systèmes éducatifs, de santé, infrastructures de transport, énergie, eau potable, assainissement, etc.). Si, dans notre pays, la priorité n’est pas effectivement de créer plus de richesses, mais de mieux les répartir, diminuer les richesses créées n’est pas un objectif écologiste.


Les contraintes de la durabilité.


En effet, les contraintes réelles de la durabilité sont :

-   la minimisation des prélèvements sur les ressources naturelles épuisables,

- la gestion la plus économe possible des ressources naturelles renouvelables,

-   la réduction drastique des atteintes à l’environnement, toutes choses qui ne sont pas incompatibles avec un niveau stable de richesses créées, voire avec leur accroissement (part grandissante des activités productives immatérielles, produits à longue durée de vie, entièrement recyclables, etc.). L’anti-productivisme, lui, se réfère à une obsession de produire qui dans notre pays n’existe plus. L’activité matérielle de produire est de plus en plus sous-traitée ou délocalisée. L’obsession est plutôt de vendre, grâce au pilonnage publicitaire, à l’obsolescence artificielle des produits, pour accélérer les cycles de profits toujours plus élevés, voire d’abandonner les activités productives pour des activités financières encore plus rentables. Le danger réel actuel est à l’inverse du productivisme. Les déclins de l’investissement et de l’emploi industriels s’ils persistaient, aboutiraient à une incapacité française à faire face aux contraintes nationales et planétaires de la durabilité. Enfin,  l’électricité de notre pays, bon marché, est déjà décarbonée à 90 %, (pour l’essentiel grâce au nucléaire). C’est un atout, unique au niveau planétaire, pour affronter la contrainte très élevée de diminuer de 80 % les émissions de CO2 d’ici 2050. L’hostilité métaphysique au nucléaire civil n’a donc guère de sens. Plus grave, elle entrave, au niveau national et international, la vraie bataille de la sûreté nucléaire (sécurité des centrales et de la gestion des déchets) qui n’est plus une question technique (maîtrisée dans notre pays, comme le confirme le dernier Rapport parlementaire sur le sujet du 19/01/11), mais une lutte contre toute pénétration de la gestion capitaliste dans ce domaine sensible qui aboutirait fatalement à mettre en cause la dite sûreté. D’où la nécessité absolue d’une maîtrise publique, mais aussi de mécanismes internationaux de contrôle très stricts de la dite sûreté nucléaire, (opérant y compris en France), vu notamment la relance mondiale du nucléaire civil. Or, le courant écologiste français est pour l’instant totalement absent de ce nécessaire combat. Enfin, relever les défis planétaires urgents (crise énergétique-réchauffement climatique, misère de la moitié de l’humanité) va nécessiter, dès les toutes prochaines décennies, d’énormes investissements (de l’ordre de dizaines de milliers de milliards de $), si nous ne voulons pas que l’humanité sombre dans la barbarie ou disparaisse. Notre responsabilité collective vis-à-vis des générations futures est énorme à cet égard. Or, une majorité de ces  investissements ne sont pas « rentables » au sens capitaliste du terme et le capitalisme financier mondialisé refuse en fait de les assumer, comme il refuse aussi les prélèvements publics sur les richesses créées pour financer les dits investissements. Les diversions du « capitalisme vert » où des niches artificielles de rentabilité élevée sont créées à coup de subventions publiques (ex. éolien et photovoltaïque) servent à dissimuler cette réalité fondamentale.  


Dépasser le capitalisme, un impératif de survie.


Il y a eu dans la dernière période prise de conscience partielle de cette situation dans une fraction très minoritaire du courant écologiste, la conduisant à rejoindre le camp progressiste. Idem dans un mouvement comme ATTAC. Mais il faut  aller beaucoup plus loin,  engager un débat de fond sérieux, sans concessions, avec l’ensemble du courant écologique de gauche, avec toutes les forces de gauche, à ce sujet, dans la perspective de gagner une majorité de Français à ce combat. Le dépassement, national et planétaire, au cours des prochaines décennies, de la logique capitaliste de l’accumulation de profits privés au bénéfice de celle du « développement humain durable » (2), doit conjuguer satisfaction des besoins essentiels de tous les êtres humains, potentialités d’épanouissement individuel et respect des contraintes de la « durabilité » énumérées plus haut. Il doit donc marier problématiques écologiques et processus d’avancées, par étapes démocratiquement décidées, définies au fur et à mesure, vers une nouvelle société humaine, qualitativement supérieure, « communiste » au sens premier de ce terme. C’est un immense défi, mais combien exaltant à relever.

 

*Paul Sindic, est auteur du livre, Urgences planétaires, préfacé par F. Wurtz, Ed. Le Temps des Cerises qui traite de manière plus détaillée de divers thèmes abordés dans cet article.

(1) Sur le plan de la lutte idéologique, voir l’ouvrage écrit à cette époque par un militant communiste, Luc Foulquier, Marxisme et environnement (sous le pseudonyme de Guy Biolat).

(2) Ce concept nouveau est apparu pour la première fois dans les textes du 34e Congrès du PCF, en 2008, mais il est loin encore d’être le bien commun des militants communistes et encore moins des autres militants progressistes. Le concept de « développement durable », largement récupéré par l’idéologie capitaliste, domine toujours.

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