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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 08:21

En ce 11 novembre jour de commémoration de la guerre 1914-1918, nous publions le discours de Pierre Laurent secrétaire national du Parti Communiste fait à Avion (Pas de Calais) dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre.

 

Cher-e-s ami-e-s,
Cher-e-s camarades,

C'est avec émotion que je prends la parole devant vous, devant ce monument aux morts érigé en 1927, ce monument aux morts pacifiste, sur lequel est inscrite la fameuse sentence biblique : « Tu ne tueras point » ; inscription que les autorités de l'époque voulurent interdire.

Après avoir visité la nécropole de Notre-Dame-de-Lorette, le Flambeau de la paix de Neuville-Saint-Vaast, le Centre européen de la paix à Souchez, je ne peux qu'être traversé par l'émotion et réfléchir, avec vous, à cette guerre, à ses conséquences, aux choix qui ont été faits par les uns et par les autres en 1914.Avion-monument-aux-morts.jpg
Et je ne peux que réfléchir au monde d'aujourd'hui, un monde tellement différent et pourtant hanté par le spectre de la guerre.

Le Parti communiste français s'engage avec cette première journée d'initiatives dans le Pas-de-Calais dans une année de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale où nous entendons bien faire entendre la voix de la paix.

Oui, la guerre nous n'en avons pas voulu hier, et notre parti est né de ce refus.
Oui, la guerre nous n'en voulons pas, ni aujourd'hui, ni demain.

Henri Barbusse, dans Le feu dont le récit se déroule en partie sur la fameuse cote 119 que nous avons entrevue ce matin, écrit »: « Ce serait un crime de montrer les beaux côtés de la guerre, même s'il y en avait ! »

Oui, la Première Guerre mondiale fut une extraordinaire boucherie : 10 millions de morts, 20 millions de blessés.

Regardez la longue liste sur ce monument, elle n'en finit pas. La jeunesse de ce pays fut fauchée, des familles entières décimées. La France mit des décennies à s'en remettre. Sur ce monument, plus de 400 noms de militaires et de civils sont inscrits pour une population de plus de 10 000 habitants en 1914.

Des morts, des veuves, des orphelins, des invalides, des malades, des « gueules cassées ». Que de souffrances dans les corps, dans la chair et dans les esprits.

En lisant cette liste, nous  pensons à toutes les victimes militaires de la Première Guerre mondiale, quelle que soit leur nationalité: 1 400 000 Français, 2 millions d’Allemands, 1 800 000 Russes, 1 100 000 Austro-Hongrois, 650 000 Italiens... Je pourrais continuer longtemps.

Et comment ne pas penser aux troupes coloniales embarquées comme chair à canon, et auxquelles on a mis si longtemps à rendre hommage, etraînées dans un conflit qui ne les concernaient pas : près de 100 000 morts pour les seules colonies françaises.

Tous furent victimes d'une guerre injuste et inhumaine.

Alors qu'on ne compte pas sur nous pour tomber aujourd'hui dans une sorte de nouvelle Union sacrée qui commémorerait cette guerre comme s'il s'agissait de notre guerre, d'une guerre qui aurait prétendument rassemblé le peuple français.

Unis dans le refus des guerres, hier comme aujourd'hui, nous n'oublions les causes singulières historiques et politiques qui les provoquent. Nous ne croyons pas aux hommages fourre-tout qui mettent un trait d'égalité entre elles, comme si toutes, celle de 1914-1918, les guerres coloniales, la guerre contre le nazisme, n'étaient qu'un magma indifférencié.

Se souvenir, c'est comprendre et en tirer des leçons. Nicolas Sarkozy, suivi par François Hollande, ont transformé le 11 novembre en une journée d'hommage aux morts français de toutes les guerres. Cette confusion risque fort de transformer cette journée de mémoire en une journée de l'oubli.20131109 161222-1024x576

Pour notre part, nous n'oublierons pas que la boucherie de 1914-1918 fut une terrible guerre impérialiste et que toutes ses victimes doivent être honorées au nom du refus de cette innommable boucherie.

A ce propos, et devant ce monument aux morts pacifiste, je veux évoquer ceux que l'on appelle les « fusillés pour l'exemple ». 2 500 condamnations furent prononcées, et plus de 650 hommes furent fusillés, auxquels il faut ajouter les morts par exécution sommaire.

Il est temps de décider maintenant clairement, sans ambiguïté, la réhabilitation collective des « fusillés pour l'exemple »et de les inscrire aussi sur les monuments aux morts.

C’est ce que prévoit la proposition de loi déposée par le groupe communiste en janvier 2012.

Il faut que ce combat d’un siècle, porté par le PCF et des organisations comme l’ARAC, La Libre Pensée et la LDH, aboutisse enfin.

Jeudi, François Hollande a annoncé qu’une place leur serait faite au Musée de l’armée aux Invalides et que leurs dossiers de justice seront numérisés et rendus accessibles. C’est tout un petit pas en avant, bien insuffisant.

Le sondage publié par L'Humanité indique que 75 % des Français sont prêts à la réhabilitation collective de ces fusillés.

La déclaration présidentielle ne suffit pas, il faut un acte législatif comme le propose notre projet de loi. C'est au Parlement de s'exprimer, il y a une majorité pour le faire, la parole présidentielle ne peut clore cette question majeure. Le Parti communiste français prendra donc cette année toutes les initiatives nécessaires pour soutenir ce projet et le faire aboutir. 2014 doit être l'année de la réhabilitation de ces hommes injustement fauchés par la barbarie militaire.

La réhabilitation au cas par cas n'est pas possible non seulement parce qu'une partie des dossiers judiciaires a disparu mais aussi parce que ces soldats furent, comme les autres combattants, les victimes d'une guerre injuste, d'un commandement souvent défaillant.

Un siècle après, il est temps de réparer l'injustice faite à ces hommes, à leurs familles.

On nous dit que l'on ne pourrait mêler aux combattants certains de ces fusillés qui seraient des espions ou des criminels de droit commun. On préfère donc l'injustice pour le plus grand nombre pour ne pas se tromper sur quelques cas.
Réhabilitons et ensuite s'il y a des cas avérés de criminels –mais il faudra le prouver, ils en seront exclus.

Cette guerre fut une guerre injuste, elle ne fut pas celle du droit mais celle des affrontements et des rivalités nationalistes et impérialistes qui n'avaient rien à voir avec l'intérêt des peuples.

Les grandes puissances impérialistes se sont affrontées pour des parts du gâteau colonial, des territoires et leurs richesses. Elles s'étaient engagées pour cela, déjà, dans une folle course à la militarisation, au surarmement. Les marchands de canons avaient préparé cette guerre, ils la voulaient, ils l'ont eue, ils avaient construit un système d'alliances, non pas défensif, mais pour la guerre.

Les gouvernements et les forces de l'argent attisèrent les haines nationalistes pour diviser les peuples, les détourner de la lutte des classes -qui grondait partout en Europe-, pour les conduire au grand affrontement, à la grande boucherie.

En 1914, ce qui était à l'ordre du jour, c'était, déjà, la réduction du temps de travail, l'augmentation des salaires, l'amélioration des conditions de travail, l'égalité entre les hommes et les femmes, ce n'était pas d'aller à la guerre.

Travailleurs et paysans voulaient le pain, le fruit de leur labeur, pas la guerre.

La bourgeoisie a su exacerber les haines, monter les peuples les uns contre les autres, pour dévier les peuples de la lutte pour un monde meilleur, elle a su les entraîner dans une voie sans retour, que des millions d'hommes paieront de leur vie.

C'est une leçon à l'heure où tant de forces, à commencer par l'extrême-droite de Marine Le Pen, s'emploient à distiller le poison du rejet de l'autre, quand face à la crise.

Rien ne devrait nous faire oublier que notre voisin, proche ou lointain, est toujours un travailleur, une sœur ou un frère d'humanité. Et c'est pour cela qu'ils ont tué Jaurès le 31 juillet 1914.

Le fondateur de L'Humanité, le parlementaire, le leader socialiste n'avait eu de cesse de s'opposer à la guerre. Inlassablement, il cherchait les moyens de la conjurer en organisant une riposte internationaliste avec les socialistes allemands.

Ce n'est donc pas seulement un militant exalté de l'Action française, cette organisation royaliste, antisémite, nationaliste et d'extrême-droite qui l'a tué mais bien tous ceux qui ne voulaient pas de la paix et de la fraternité entre les peuples.

Sa mort a totalement désorganisé le mouvement socialiste et syndical à tel point que face à l'offensive allemande, leurs chefs se sont ralliés à l'Union sacrée et à la guerre.

Il en fallait du courage pour résister à l'esprit de guerre pendant l'été 1914 et il vrai qu'au niveau politique seule une petite minorité s'est opposée à la guerre, mais dans le peuple contrairement à la légende de la fleur au fusil, très vite le refus de la guerre a progressé. On ne peut expliquer autrement que le nombre d'exécutions et l'ampleur de la répression pour indiscipline et refus de guerre furent à leur paroxysme au cours des deux premières années du conflit.

Ce refus souterrain, individuel, gagna en force politique quand, en Russie en 1917, la révolution retentit pour dire non à la guerre ; comme en France, comme en Allemagne des mutineries éclatèrent.

On comprit dès lors dans les rangs socialistes qu'il n'était pas possible de rester au gouvernement de guerre.

Progressivement la minorité pacifiste s'imposa au sein du parti socialiste, sut rallier des partisans honnêtes de la guerre et qu'ainsi l'ancienne majorité fut renversée. C'est ce qui conduisit à la création majoritaire à Tours de notre parti, le parti communiste.

Le PCF naquit ainsi des braises mêlées des luttes ouvrières et paysannes en France, de l'espoir né de la Révolution russe, du non à la collaboration de classe et du non à la guerre.

Nous pouvons être fiers de tous ces communistes qui créèrent alors le PCF pour rompre avec le socialisme de guerre : les Paul Vaillant-Couturier, André Marty, Charles Tillon qui allèrent même jusqu'à se mutiner quand la France poursuivit sa guerre mondiale, en 1919, en agressant la Russie révolutionnaire, les Duclos, les Thorez... La liste est longue de ceux qui dirent oui au communisme pour dire non à la guerre.

Oui, aujourd'hui comme hier, en nous souvenant que celle que l'on appelle la « Grande Guerre » fut le premier désastre humain et social du XXe siècle, nous clamons : « Plus jamais la guerre ! »

Mais nous le savons aussi. Il n'y a pas de « leçons » mécaniques à tirer comme si la simple connaissance des faits historiques et les automatismes de la mémoire pouvaient nous garantir ce « plus jamais ça » et une paix définitive.

On sait par expérience que ce n'est pas le cas.

Le XXe siècle dans sa totalité, ce siècle tragique que certains appellent un « siècle de fer et de sang », nous le rappelle avec ses 80 millions de morts, le génocide nazi, les massacres et les guerres coloniales.

Et le XXIe siècle s'ouvre dans un monde totalement différent où le fléau de la guerre n'a pourtant pas disparu.

La violence politique reste aujourd'hui une réalité. Une nouvelle course aux armements pousse à une militarisation à des niveaux jamais atteints avec des dépenses militaires inégalées : 1 750 milliards de dollars en 2012.

La guerre est toujours là. Elle prend d'autres formes. Elle a d'autres causes. Même si l'on rencontre encore et toujours cette mensongère et désolante thématique de « guerre juste ».

Il n'y a pas de guerre juste. Il y a des résistances légitimes.
Il y a des luttes armées, et des pratiques de terreur qui ne le sont pas.

Mais la guerre, aujourd'hui comme hier, reste le moyen privilégié d'imposer par la force sa propre logique et ses propres intérêts à d'autres.

Aujourd'hui comme hier, la guerre et la violence politique se nourrissent du terreau du sous-développement, des injustices sociales, des stratégies de domination.

Elles sont le fruit des crises et du mépris des attentes populaires. Elles sont le résultat des politiques hégémoniques et des ambitions néo-impériales.

La guerre alimente un terrorisme qu'elle prétend combattre.

Elle reste l'expression d'une recherche de la domination et de la prédation économique. Elle continue d'affirmer des hiérarchies dans les souverainetés au sein d'un monde capitaliste ultra-concurrentiel où l'accès aux ressources, aux matières premières, à l'énergie figure parmi les non-dits des buts réels de la guerre.

Voilà pourquoi les communistes refusent la guerre, refusent les guerres.

Notre parti, je l'ai dit, est né du rejet de la Première Guerre mondiale. Notre histoire, au-delà des vicissitudes politiques, est une histoire anti-guerre, une histoire du combat pour le désarmement, pour la démilitarisation des relations internationales, pour la paix. Nous en sommes fiers.

Ce combat pour la paix n'est pas, et n'a jamais été pour nous, la seule volonté de bannir la guerre comme moyen de règlement des différends. Nous n’oublions pas, cependant, que l’interdiction du recours à la force est un principe majeur du multilatéralisme appartenant à l'Organisation des Nations unies.

Et cette dernière est bien le fruit des deux guerres mondiales du XXe siècle, après l'échec de la Société des nations, la SDN, issue du Traité de Versailles de 1919.

Ne sous-estimons pas cette exigence de l'interdiction du recours à la force même si elle est bafouée en permanence. Son existence même, comme principe, rappelle que ce qui est juste et légitime c'est le règlement politique des conflits, donc le droit dans ses différentes formulations, et le politique dans la dignité qu'il devrait conserver en toute circonstance.
                                                        
Nous avons eu l'opportunité de rappeler cette réalité en particulier lors de toutes les guerres qui ont dramatiquement marqué l’actualité depuis la chute du Mur.

Mais pour le Parti communiste français, la paix n'est pas, et ne peux pas être seulement, l'absence de guerre.

C'est surtout une conception du développement dans toutes ses dimensions, ce sont les conditions de ce que les Nations unies ont appelé, dès 1994, une sécurité humaine.

C'est la satisfaction des besoins sociaux, la lutte contre les inégalités et les injustices, le respect des indépendances, la maîtrise des choix nationaux, la coopération et les solidarités nécessaires face aux nouveaux défis mondiaux...

Construire la paix, c'est construire un autre monde, une autre Europe, une autre configuration des relations internationales, c'est construire les conditions d'une sécurité internationale, sociale, écologique, civile, humaine...

C'est la vision d'un nouvel ordre international. C'est un combat populaire et citoyen de tous les instants dans le rassemblement et l'unité de toutes les forces progressistes et démocratiques, y compris avec celles des peuples du Sud, notamment du monde arabe et d'Afrique.

Il est consternant de voir pourtant que la seule idée et perspective avancée par la plupart des dirigeants et des forces politiques françaises, comme réponse aux enjeux du monde actuel, est la constitution d'une Europe de la défense liée à l'Otan, dans la continuité des politiques de puissance et de militarisation... C'est à croire que l'on n'a finalement rien appris !

Un monde de paix et de sécurité pour les peuples suppose des engagements prioritaires et cruciaux. Je pense en particulier au désarmement nucléaire.

L'arme nucléaire caractérise cette période terminée de l'affrontement stratégique des blocs dans la deuxième partie du XXe  siècle. Elle constitue une menace pour l'existence même de l'humanité. C'est une arme qui tend à proliférer malgré les traités et les discours.

À ceux qui prétendent que la théorie de la dissuasion constituerait la garantie que l'arme nucléaire ne sera pas utilisée (alors qu'elle l'a déjà été !), nous répondons que la meilleure garantie du non-emploi de l'arme nucléaire est un engagement résolu, multilatéral, c'est-à-dire international, pour la réduction maximale de la menace qu'elle représente, pour aboutir progressivement à son élimination totale et universelle.

C'est d'ailleurs le sens du Traité de non-prolifération signé par tous les États de la planète –à l'exception d'Israël, du Pakistan et de l'Inde.

La France devrait user de son autorité morale et de son rôle comme membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu pour prendre des initiatives en ce sens, sur l'arme nucléaire comme sur toutes les armes de destruction massive.

Notre pays fut un des principaux champs de bataille de la Première Guerre mondiale et de la Deuxième.

Il est une des principales puissances nucléaires. Ses autorités politiques portent une responsabilité directe et connue dans la prolifération nucléaire.

La France a donc une responsabilité. Elle doit l’assumer avec d'autres, avec tous les autres États. Car le désarmement et la paix constituent bien une responsabilité collective devant l'histoire et, surtout, devant l'avenir. Personne, aucun pays, ne peut se croire exonéré de cette nécessité.

Voilà l'esprit avec lequel nous organiserons durant toute l'année qui vient une multitude d'initiatives.

Je souhaite que, dans chaque département de France, notre parti soit à l'initiative d'évènements utiles au débat national.

Nous tiendrons au printemps une grande exposition au siège de notre parti à Paris. Intitulée « Putain de guerre », elle présentera 100 planches originales du dessinateur Jacques Tardi .

Nous tiendrons d'autres évènements au siège national du Parti, des évènements européens dans le cadre des élections européennes, ainsi qu'une soirée autour de l'écrivain Henri Barbusse, Prix Goncourt 1916 pour son roman « Le Feu ».
Nous participerons à des rencontres et des initiatives à Verdun, à Sarajevo et ailleurs ; évidemment, avec L'Humanité, nous célébrerons Jean Jaurès.

Oui, cent ans après, il est temps de se souvenir et de s'engager résolument pour notre futur, pour une autre vision de l’Europe et du monde.

Pour la paix et la solidarité

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Published by SECTION GARD RHÔDANIEN du PCF - dans Billet d'humeur
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