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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 01:32

La comparution de dignitaires du régime sanguinaire cambodgien, s’ouvre enfin. Mais les responsabilités américaine, européenne et chinoise dans la tragédie restent occultées.

Devant un tribunal du district de Dangkor, dans la banlieue poussiéreuse de Phnom Penh, s’est ouvert hier matin un procès longtemps attendu. Sur le banc des accusés, un quatuor de vieillards, anciens hauts dignitaires du régime khmer rouge qui, durant quatre ans, de 1975-1979, a ensanglanté le Cambodge : l’idéologue Nuon Chea, l’ex-président Khieu Samphan, l’ancien ministre des Affaires étrangères Ieng Sary et son épouse Khieu Thirith, ancienne ministre des Affaires sociales. Tous poursuivis pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité devant un tribunal parrainé par l’ONU. Âgés de soixante-dix-neuf à quatre-vingt-cinq ans, ils encourent entre cinq ans de prison et la perpétuité. Le verdict sera prononcé dans plusieurs années car le procès sera long. Les premiers témoignages des accusés, en détention dans un bâtiment attenant au tribunal depuis leur arrestation en 2007, ne sont attendus au plus tôt qu’en août. Mais que s’engage aujourd’hui à Phnom Penh le processus d’un jugement contre des responsables survivants de l’ère polpotiste n’en constitue pas moins un événement essentiel pour les Cambodgiens, parce qu’il est mis fin à une impunité intolérable.

 Pol Pot chassé

Pourtant, comme tout ce qui a touché l’histoire douloureuse de ce pays depuis plusieurs décennies, l’ouverture du procès s’accompagne d’un étalage de cynisme et d’hypocrisie comme en témoignent les déclarations de Stephen Rapp, ambassadeur itinérant des États-Unis en charge des crimes de guerre, qualifiant ce procès « du plus important au monde », faisant peu de cas des lourdes responsabilités que porte Washington dans cette histoire. Des responsabilités qui remontent aux bombardements secrets américains de mars 1969 à mai 1970 et au coup d’État (mars 1970) du maréchal Lon Nol contre Norodom Sihanouk. En 1973, Richard Nixon choisit l’escalade pour mieux écraser la résistance vietnamienne : les B52 ont largué davantage de bombes sur le centre du Cambodge, où passait une partie de la piste Hô Chi Minh, que sur le Japon pendant toute la Seconde Guerre mondiale. Avant les bombardements, les Khmers rouges n’étaient qu’un groupuscule maoïste privé de base populaire engagé dans la lutte contre le pouvoir de Phnom Penh. Les bombes ont agi comme un catalyseur pour transformer la guérilla en résistance nationale contre l’envahisseur. Les Khmers rouges y ont puisé leur popularité et ont pris le pouvoir en avril 1975, dans un pays dévasté. Mais aussitôt, les frontières se ferment et une expérience démentielle commence. Rares sont les témoignages qui filtrent et les quelques informations recueillies sont sujettes à caution tant le climat de guerre froide et l’esprit revanchard qui règnent alors autour de la péninsule indochinoise brouillent les cartes. Des témoignages semblables n’accusaient-ils pas le gouvernement de Hanoï des mêmes procédés concernant l’évacuation de Saïgon après la libération du Sud-Vietnam ?

Quand, en janvier 1979, les Vietnamiens excédés par les incursions des Khmers rouges pénètrent au Cambodge en soutien aux forces kampuchéennes anti-Pol Pot, ils découvrent un spectacle hallucinant d’une capitale entièrement vidée de sa population. Pol Pot s’enfuit. Il sera condamné à mort par contumace pour génocide en août 1979. La sentence ne sera jamais exécutée.

 L’Europe impliquée

Pour les Cambodgiens, le calvaire ne se termine pas là. Les pays occidentaux et la Chine décident de soutenir ce qui reste des Khmers rouges, les camouflant dans une coalition « non communiste » en exil dont le prince Sihanouk prend la tête. Les États-Unis imposent un embargo dévastateur à un pays moribond. Les gouvernements européens, conduits par la Grande-Bretagne sont impliqués dans la fourniture d’armes et de munitions aux Khmers rouges jusqu’en 1991. Et le régime du « Kampuchea démocratique » conserve le siège du Cambodge à l’ONU. Il faudra attendre les accords de Paris en 1991 pour que cesse l’aide militaire au clan Pol Pot. L’ONU, par la mission de l’Apronuc, est chargée de rétablir la paix. Mais les Khmers rouges ne permettent pas aux casques bleus de pénétrer dans les zones qu’ils contrôlent. La mort de Pol Pot en mai 1998 dans un des derniers maquis puis la capture de son successeur, Ta Mok, en mars 1999, mettront le point final à la guerre civile.

25 % de la population décimée

Entre 1975 et 1978, plus de 300 000 personnes ont été exécutées et on estime à deux 2 millions le nombre de morts des suites de maladie, privations ou sévices. Soit un quart de la population du Cambodge de l’époque. Le terme de génocide est communément utilisé pour évoquer la tragédie, mais les atrocités commises contre la population ne sont pas reconnues comme telles par l’ONU. Ce procès constitue le dossier 002, qui succède à celui de Douch, l’ex-chef du centre de torture S21, condamné en 2010 à 35 ans de prison, peine réduite à 30 ans. Il a fait appel. 15 000 personnes, en majorité membres du régime khmer rouge, avaient été torturées avant d’être exécutées dans ce centre.


Publié par Dominique Bari dans l'Humanité du Mardi 28 juin 2011

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