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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 03:25

Ce mercredi, André CHASSAIGNE, est intervenu à l'Assemblée nationale, au nom du groupe Front de Gauche, en interpellant le ministre Arnaud Montebourg, pour réclamer la prise de pouvoir de l'Etat dans la sidérurgie. Cette intervention et ces propositions après avoir reçuet travaillé avec une délégation de salariés de AcelorMittal avec M.DOLEZ (député PG).

 

Pierre_Laurent-424e2.jpgPierre Laurent au nom du PCF, s'est aussi adressé au Président de la République:


 Voir le texte intégral ici

 

 

 

 

La sidérurgie lorraine et, avec elle, toute la filière française de l’acier risquent de subir, le 30 novembre, un nouveau mauvais coup.

Il s’agit là d’un cas emblématique pour les défis du redressement productif du pays. Comme vous le savez, c’est à cette date que prend fin le délai de deux mois que M. Lakshmi Mittal, président du groupe ­d’ArcelorMittal, vous a concédé, le 27 septembre dernier, pour que soit trouvé un repreneur des deux hauts- fourneaux de la filière chaude. Or tout indique aujourd’hui qu’aucun repreneur ne se déclarera si la reprise ne concerne que les seuls hauts-fourneaux (...). Au-delà, comme le soulignent depuis un mois déjà les syndicats du groupe et nombre d’élus territoriaux lorrains, « la cession uniquement de la phase chaude est un non-sens ». En effet, au sein du cluster lorrain d’ArcelorMittal, elle est totalement intégrée à son aval industriel de finition à froid de Florange dont l’un des principaux débouchés est l’industrie automobile. Elle a développé d’importantes complémentarités avec les usines de Mouzon, dans la Meuse, et de Dudelange, au Luxembourg.

(...) Le PDG d’ArcelorMittal sait parfaitement que couper la filière chaude de Florange de la filière froide condamnerait une cohérence qui contribue, aujourd’hui, à limiter l’appel de la France à des productions importées, y compris celles provenant d’usines sidérurgiques contrôlées par la famille Mittal à l’étranger. Il essaye donc d’imposer ses choix à la France et à l’Europe en s’opposant à l’engagement que vous avez pris devant les Français de tout faire pour redresser l’industrie et l’emploi industriel de la France. Il ne faudrait pas, en effet, qu’au terme d’une attente de deux mois, les 628 salariés de la filière chaude de Florange, comme ceux, hier, de Gandrange, s’entendent dire que tout a été tenté pour sauver le site mais que, faute de repreneur dans les délais convenus, il va falloir se résigner à sa fermeture.

Ce scénario paraît d’autant plus probable que M. Lakshmi Mittal, qui entend garder, pour l’heure, la filière froide de Florange, a d’ores et déjà annoncé que celle-ci ne se fournirait plus auprès de la filière chaude. Dans ces conditions, se contenter d’attendre un repreneur qui peut-être n’arrivera pas revient, qu’on le veuille ou non, à laisser pourrir la situation, alors que se joue la cohérence du tissu industriel français (...).

Par cette lettre, monsieur le Président, je veux souligner l’importance de cette question de la sidérurgie pour la compétitivité de notre économie.

Il est de la plus haute importance d’entreprendre très vite une véritable action de redressement productif à Florange, contre les prédations de la finance que vous aviez dénoncées le dimanche 22 janvier au Parc des expositions du Bourget et qui, là, a bien un visage, celui de M. Lakshmi Mittal. Ce dernier se soucie comme d’une guigne de la sidérurgie française et européenne à la consolidation desquelles, pourtant, il s’était engagé à contribuer en 2006 lorsqu’il s’appropria les actifs d’Arcelor. Depuis, il a surfé sur la croissance des années 2006-2008 et utilisé d’énormes profits à se verser des dividendes, des bonus somptueux et tirer massivement sur le crédit bancaire et les aides publiques pour déployer une expansion financière internationale débridée. Arguant du ralentissement de la croissance depuis 2009, M. Lakshmi Mittal décide de mettre les hauts-fourneaux de Florange sous cocon et fait alimenter la filière froide à partir de brames d’acier transportées depuis Dunkerque. (...) Aujourd’hui, après avoir accumulé une dette de plus de 22 milliards de dollars qui a prélevé 1,8 milliard de dollars en charges d’intérêt net sur les richesses produites l’an dernier, il est mis en demeure par ses créanciers d’emprunter à des taux de 7-8 %, du fait de la dégradation de sa notation financière. Sa réponse consiste, dans la précipitation, à fermer des sites, comme récemment à Liège, en Belgique, d’où il n’a pas hésité à transférer 37 milliards de dollars vers le Luxembourg par « optimisation fiscale ». Il multiplie les cessions d’actifs pour ne garder que les plus rentables, au mépris de toute cohérence industrielle et en laissant, à chaque fois, sur le carreau des centaines de familles et des bassins d’emploi sinistrés. 
M. Lakshmi Mittal a une stratégie de gestion essentiellement financière et spéculative, achetant, débitant et revendant à la découpe des unités de production et des potentiels de savoir-faire, au gré de la conjoncture des marchés financiers. (...) On ne peut pas, on ne doit pas laisser ce financier cynique dépecer nos atouts nationaux !

En 2006, nos échanges extérieurs d’acier en volume présentaient encore un solde positif de 1,7 million de tonnes. Il est tombé à 82 000 tonnes en 2011. Le commerce avec les pays membres de l’Union européenne est au cœur de ce déclin. Toute reprise de la croissance, éminemment souhaitable, sera très consommatrice d’acier alors que la tendance est, malgré quelques écarts, à la hausse des prix depuis le début de 2002. C’est dire, si on laisse faire, les prélèvements extérieurs croissants que pourraient subir les industries consommatrices d’acier : construction automobile, ferroviaire, électroménager, agroalimentaire, construction navale et transport maritime et fluvial, production d’électricité, industrie pétrolière, bâtiment et travaux publics, emballage, outillage. En France, ce sont donc des millions d’emplois industriels, et de services associés, qui dépendent peu ou prou de la compétence et du savoir-faire des 45 000 salariés directs et des 30 000 salariés indirects de la filière sidérurgique. Celle-ci doit être considérée comme tout à fait prioritaire pour un effort de redressement productif digne de ce nom.

Votre ministre, Arnaud Montebourg, s’est fait remettre, le 27 juillet dernier, un rapport commandé à Pascal Faure sur « la filière acier en France et l’avenir du site de Florange ». Il y est souligné combien les hauts-fourneaux, l’usine d’agglomération et la cokerie d’ArcelorMittal à Florange s’insèrent de façon cohérente, avantageuse et efficace dans le cluster lorrain de ce groupe. (...) Il dénonce le fait qu’y aient été réalisés « très peu d’investissements de transformation et de croissance » depuis 2006, soulignant en contrepoint le besoin urgent d’investissements « de mise à niveau et de développement » à hauteur de 450 à 600 millions d’euros sur cinq ans.

Monsieur le Président, méconnaître une telle préconisation et se contenter d’attendre le 30 novembre conduirait inéluctablement à une mise en cause de la filière chaude de Florange mais aussi, n’en doutons pas, à celle de sa filière froide à un terme plus ou moins éloigné. Il est donc indispensable de faire tout le nécessaire pour mobiliser un financement pour ces investissements et sécuriser le débouché des productions qui en suivront. ArcelorMittal Florange est emblématique de ce qui devrait motiver un soutien de la Banque publique d’investissement (BPI) dédiée au service du redressement productif pour le début 2013.

Monsieur le Président, je vous demande solennellement de faire se réunir avant le 30 novembre tous les acteurs impliqués ou intéressés par cette affaire : M. Mittal, bien sûr, les syndicats du site et du groupe, les élus des collectivités territoriales concernées, mais aussi les représentants des PME clientes ou sous-traitantes, ceux des services et entreprises publics ou mixtes, gros consommateurs d’acier (SNCF, RATP, EDF, GDF Suez, Renault, grands propriétaires de logements sociaux, compagnies immobilières...), ainsi que les représentants de la CDC, du Fonds stratégique d’investissement (FSI) et du pool des banques d’ArcelorMittal. Il s’agirait, premièrement, de dégager un prêt à très bas taux d’intérêt pour les 600 millions d’euros d’investissements urgents nécessaires. Deuxièmement, en attendant l’entrée en phase opérationnelle de la Banque publique d’investissement, ne pourrait-on pas constituer une structure à capitaux mixtes de prise de contrôle des actifs sidérurgiques mosellans d’ArcelorMittal, avec des participations possibles de la région et d’entreprises clientes, en vue d’élargissements ultérieurs jusqu’à d’autres actifs du groupe ? On progresserait ainsi dans le sens de « l’option nationale » préconisée par le rapport Faure avec la reprise, qui peut être progressive, par un autre actionnaire de « l’ensemble des activités sidérurgiques du groupe ArcelorMittal sur le territoire français », option présentée par ce rapport comme la « plus cohérente » au plan industriel.

Il s’agirait, en même temps, d’obtenir l’engagement de la famille Mittal de continuer de faire alimenter les unités de la filière froide de Florange par les productions de sa filière chaude. Si elle l’accepte, on aiderait à une renégociation d’une partie de la dette du groupe. En cas de refus, ne faudrait-il pas la mettre en demeure de rembourser toutes les aides publiques accordées depuis 2006 ?

Simultanément, pour une politique de redressement national, il faudrait conditionner les aides du plan automobile, décidé en juillet dernier, à l’engagement par Renault et PSA d’acheter de l’acier français, comme il faudrait, en liaison avec la relance du logement social et des transports ferroviaires, que les secteurs de la construction immobilière et la SNCF soient incités à faire de même. Et on pourrait négocier une participation de ces clients majeurs au capital de la structure mixte de contrôle des actifs sidérurgiques mosellans d’Arcelor et au-delà.

En agissant ainsi pour le redressement productif de la Lorraine et du pays, on contribuerait aussi à celui de l’Europe. Sa part dans la production mondiale d’acier n’est plus que de 15 % environ, contre 27 % en 1995. (...)

Aujourd’hui l’Europe laisse s’entre-déchirer ses productions nationales en les mettant en rivalité sous prétexte de « concurrence libre et non faussée », au lieu d’organiser les coopérations permettant, chacun chez soi et tous ensemble, de les développer au sein d’une union solidaire.

Pourquoi ne pas proposer à nos partenaires européens la tenue d’une conférence sidérurgique pour une négociation sur le redressement industriel de l’Union européenne, avec les pays intéressés ? (...) Ce serait l’occasion de traiter ensemble des enjeux de financement avec, notamment, un autre rôle de la BCE dont vous-même, monsieur le Président, avez préconisé la réorientation lors de votre campagne électorale.

Dans l’immédiat, ne faut-il pas demander, pour la sidérurgie, un soutien de la Banque européenne d’investissement (BEI) ? Dans le « pacte de croissance » que vous avez contribué à faire accepter par l’Allemagne, lors du sommet européen des 28 et 29 juin derniers, cette institution doit jouer un rôle majeur d’orientation des 120 milliards d’euros prévus sur trois ans. Il faut la solliciter. »

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