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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 07:08

Ils sont apparus dans la nuit sans que je m'en rende compte. C'est vrai que j'avais l'esprit occupé à réfléchir à mon affaire. Au début ils m'importunent en m'apostrophant sans que je comprenne très bien ce qu'ils me veulent. Puis les coups commencent à pleuvoir, j'abandonne mon sac pour que les quelques billets me servent de protection mais il n'en est rien. L'un d'entre eux s'occupe de mes effets personnels mais les trois autres continuent à s'acharner sur moi. Je me retrouve au sol, en position fœtale pour éviter au maximum les chocs mais je récolte quand même quelques attaques notamment dans les côtes par l'intermédiaire de pieds chaussés de lourd. Ils finissent enfin par me laisser.

L'agression n'a pas duré cinq minutes mais au bilan, j'ai subi une bonne dérouillée et me suis fait « tirer » quelques billets. Un point positif s'il faut en trouver un, ils ont laissé sur place mon sac, je peux donc retrouver ma carte bleue et mes papiers d'identité.

 En voulaient-ils à mon argent ou bien ont-ils eu comme motivation l'envie de se faire un homo ? Le fait qu'ils n'aient pris que les liquidités me fait m'interroger. Je n'exclus pas l'idée que le fric ne serait qu'un bonus à une opération de lynchage homophobe. Mais peut-être est-ce de la parano de ma part de croire que je sois visible à ce point et qu'il y ait des gens qui veulent casser du pédé à chaque coin de rue ?

Ce genre d'agression est relativement courante même si c'est une première pour moi.

Pour eux, ce n'était pas trop dur, je ne fais pas le poids à un contre un alors à quatre ! Avec tous les pétards et autres flingues que mon père collectionnait, si j'en avais eu un à la ceinture, j'aurais pu me défendre ! Voilà que je deviens bientôt aussi con que les fachos.


Je regagne tant bien que mal mon hôtel. Je ne suis rassuré que lorsque je suis à l'intérieur. Quelle soirée ! J'ai beaucoup de souvenirs à raconter à mon portable sur mon séjour à Barcelone ! Dire qu'il y a peu, il ne se passait rien ou presque dans ma vie !


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         Le réveil a été difficile car hier au soir, j'ai eu du mal à trouver le sommeil. Les coups plus la gamberge de l'après-repas avec le couple Cabrera ont voulu que je ne m'endorme qu'à la prime aube. Les femmes de ménage ont fini par me sortir du lit en fin de matinée. Je n'ai pas pris le temps d'avaler une spécialité catalane. J'ai réglé la note de l'hôtel et m'en suis retourné à Saint-Saturnin. J'ai assez d'infos sur la famille Gonzalez : une fille, un gendre et un petit-fils à Boulvezon et, surprise un fils (de derrière les fagots), une quasi belle-fille et deux presque petits-enfants. Je trouve que cela fait déjà beaucoup pour un vieil homme solitaire, même trop.


         C'est en fin d'après-midi que j'ai franchi le seuil des « Portes d'or de Provence ». Le temps de souffler un peu, de me rafraîchir à la maison et me voilà reparti chez le vieux Gonzalez pour lui faire mon rapport.

 Enfin à ce moment là, je le crois. Arrivé devant la maison, elle est fermée. Il me revient à la mémoire qu'il devait se faire hospitaliser. Direction Bagnols sur Cèze, la ville voisine. A l'accueil, je demande le numéro de la chambre.

Ascenseur, troisième étage, au fond du couloir, comme pour les chiottes. Là impossible de pénétrer, les rideaux sont tirés autour du lit. Je serai le premier, en dehors du milieu médical à apprendre que Ramon Gonzalez vient de mourir...


Inutile de dire que la nouvelle arrivée si brusquement, m'a abasourdi. Je suis rentré chez moi. J'accuse le coup. Il ne se sentait pas très bien, c'est d'ailleurs pour cela qu'il avait souhaité être hospitalisé mais quand même les choses sont allées très vite.


La rencontre avec le vieil Espagnol s'est déroulée à un moment charnière de ma vie. En quelques jours, je suis passé du stade de dépressif quasi neurasthénique à une hyperactivité jouissive. Le changement est si radical que j'ai de la difficulté à me reconnaître moi-même. Perdre la personne qui est un peu à l'origine de ma résurrection m'attriste. Je dois dire aussi que l'histoire et le parcours de cet homme m'ont attendri. Un vieil exilé, malheureux de la défaite de son idéal et pas consolé par sa vie privée, se retournant au seuil de la mort sur son passé avec la volonté d'y voir peut-être une lueur d'espoir : un tableau qui ne peut qu'engendrer la mélancolie et me renvoyer aux démons qui hantaient mon esprit avant sa rencontre.


Il aurait pu attendre un peu avant de mourir ! Malgré la tristesse qui m'envahit comme si j'avais perdu un proche, je ne peux m'empêcher d'éprouver une forme de soulagement. Je n'aurai pas à faire le rapport que je lui devais et qui, j'en suis convaincu, ne lui aurait pas fait plaisir. Dans le même temps je ressens aussi un sentiment contradictoire. En effet je suis perturbé à l'idée de n'avoir rien dit aux enfants, ni à sa fille, ni à son fils naturel. Se pose aussi la question importante de l'argent. Je me retrouve en possession de la valise pleine de billets alors que je devais la rendre au vieux à sa sortie de l'hôpital.

Enfin cette mort me laisse un goût d'inachevé. Nous avions entrepris ensemble quelque chose que nous ne pourrons jamais terminer.


J'ai pris le temps de noter mes états d'âme afin d'y voir plus clair et tenter de prendre la décision qu'il convient.

Je ne sais si c'est la bonne mais elle est mûrement réfléchie. Ramon Gonzalez vivant n'avait pas son temps à perdre à voir une fille et un fils aux antipodes de sa personnalité mais mort, il en est tout autrement. En tout cas, c'est mon point de vue de l'instant.

J'ai pris mon téléphone et appelé le secrétariat de l'hôpital. J'ai donné les coordonnées complètes des deux enfants du défunt afin qu'on les fasse prévenir.

Depuis je m'interroge. Je n'arrive pas à me dire si j'ai fait le bon choix mais à présent, quoique j'en pense, tous les faits à venir ne dépendent plus du tout de moi. Dans l'affaire Gonzalez, je suis maintenant complètement hors-jeu. Voilà peut-être pourquoi pour me changer un peu les idées, je décide ce soir, après plusieurs jours d'infidélité, d'aller lire un peu les aventures de la tante Marie-Sybille.


La chronique la plus récente que je découvre s'intitule « Bécassine c'est ma voisine »

Homos mes frères, ma rubrique du jour a le but de répondre à cette interrogation que vous vous posez tous : pourquoi nous les homos avons-nous des goûts de chiottes en ce qui concerne la musique que nous écoutons ?

J'ai une réponse qui pourra un peu nous excuser car elle est d'ordre psychanalytique.

Moi, qui commence à être une vieille tante, savez-vous de qui j'étais fan dans mes jeunes années ? Je vous le donne en mille : Sylvie Vartan. Mais c'est pourtant son mari de l'époque qui chantait « l'idole des jeunes » ! Et oui, malgré tout comme vous, je n'étais pas sensible aux charmes du rocker, c'est Sylvie qui trouvait grâce à mes yeux. Je l'adorai non comme un petit puceau hétéro qui se branle sous les draps en regardant les posters collés aux murs de sa chambre mais comme une icône.

Après plusieurs décennies de travail sur moi, j'ai enfin compris que cette poupée caricaturale : blonde, maquillée, maniérée, toujours impeccablement mise représentait à mes yeux un idéal de féminité. Si une fée avait bien voulu se pencher sur l'ado boutonneux que j'étais à l'époque, j'aurai voulu que ce soit en elle qu'elle me transformât. Ses chansons dans le tableau n'étaient qu'anecdotiques, l'important c'était le jeu de scène et notamment la moue enjôleuse accompagnée du geste ample du bras terminé par l'index pointé vers le public puis ramené délicatement vers la bouche pulpeuse.  Une chorégraphie d'anthologie !

Maintenant que je vous le dis, vous aussi vous rêviez de lui ressembler ? Non ? Alors pourquoi certains se travestissent-ils chez Michou ? Sans connaître le phénomène, en regardant Sylvie Vartan, nous avions tous inventé le concept du drag-queen.

Je suis sûr que derrière leurs ordinateurs, certains ont le courage de convenir qu'eux aussi ont eu leur période Sylvie Vartan. A moins qu'ils n'aient préféré Dalida : chacun ses goûts ! J'avoue que le geste de la main dans les cheveux accompagnant la boucle tombante dans un déhanché qui se termine au niveau du galbe de la cuisse : ça avait de la gueule aussi ! Je vois que monsieur est connaisseur mais j'en ai d'autres en stock notamment pour les un peu plus jeunes.

Que diriez-vous d'un clip de Sheila ? Attention pas du scopitone en noir et blanc de la période couettes et minijupe. Pas du tout ! Du Sheila période disco : tenue de pseudo-cosmonaute gris métallisée, coiffée en arrière et accompagnée de ses magnifiques danseurs noirs américains. Je veux bien l'admettre, c'est un peu ancien. Si je vous propose du Mylène Farmer, bien androgyne, ambiguë à souhait, sulfureuse juste ce qu'il faut mais pas trop, c'est loin d'être du Sylvie Vartan mais dans un autre style ce n'est pas mal non plus ! Mais attention pas de David Bowie : une femme qui joue sur l'équivoque d'accord mais pas un homme. On veut quelqu'un en qui s'identifier pas un miroir ! La musique dans tout ça : quasiment sans importance. Du simple, du dégoulinant, du racoleur fera l'affaire.

Voilà comment on se retrouve donc à trente-cinq ans à un concert de Chantal Goya. Elle-aussi dans le genre petite fille que j'aurais aimé être, on fait pas mieux. Coupe au carré irréprochable, robe de princesse et petites socquettes, on la dirait sortie d'un conte de fée. Alors qu'importe si ses chansons sont bêtifiantes, couleur rose et guimauve il n'y a rien de plus doux.

Et puis c'est la mode, le régressif qui rend culte ce qui était déjà kitsch ou ringard au moment de sa sortie. C'est tellement tendance que même ce phénomène, il faut que les hétéros nous le piquent. Ils n'ont décidément pas beaucoup de créativité, ces loulous là, ils devraient avoir un peu moins d'hormones ou de phéromones et un peu plus d'imagination, car quand finalement on aboutit à une soirée Casimir, le monstre gentil ami des gosses des années soixante-dix, on est très, très loin de Sylvie Vartan. On finit par se surprendre ensuite à fredonner la chanson de « l'île aux enfants » et là au niveau musical on a touché le fond.

Quand je vous disais que les homos ont des goûts de chiottes en musique, j'avais bien raison mais nous, nous avons une excuse d'ordre psychologique, alors tout est permis ! On peut même être mélomane si l'on veut pour faire mentir cette bonne tante Marie-Sybille que vous retrouverez bientôt pour de nouvelles aventures !

 

                                               Signé : mât, riz, scie, bille

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