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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 07:32

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         C'était il y a une heure et j'ai restitué la situation le plus fidèlement possible. Tout de suite après mon départ de chez le vieil Espagnol, je suis allé mettre la valise sous mon lit à la maison. Il y a des cachettes meilleures mais je n'ai pas tellement l'habitude et si Gonzalez a fait des efforts hebdomadaires pour sortir cet argent de la banque ce n'était pas pour que moi, j'aille l'y ramener.

De retour à mon bureau, je continue de gamberger. Cette affaire est, depuis le début, trop grosse pour moi. Je l'avais pressenti. Je comprends mieux pourquoi le vieux m'avait offert un billet de cinq cent euros le premier jour. J'en ai maintenant une mallette pleine à la villa. Cette somme colossale rend ce dossier encore plus important. Il n'y a pas que le côté humain. Je vais de surprise en surprise et une intuition me dit que tout le fil de la bobine n'a pas été dévidé.

Gonzalez m'avait caché l'existence de ce gain au quinté et on le comprend. Il y a encore une pièce que je n'arrive pas à placer dans ce puzzle. Le fameux Eduardo Cabrera, que vient-il faire dans cette histoire ? Gonzalez m'a t-il tout dit ? Plus j'avance, moins j'y vois clair.


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         On dit que la nuit porte conseil, je ne sais si la maxime est juste. En tout cas, même si l'on est encore en début de semaine, la décision que j'ai prise en ce mardi matin au saut du lit est la suivante : je pars pour Barcelone dès aujourd'hui.

Bien sûr Gonzalez ne m'a pas fait de demande en ce sens mais tout cet argent rend l'affaire très importante. Je ne peux me résoudre à laisser un point d'interrogation sur la personne d'Eduardo Cabrera. On dirait aussi que j'ai pris goût à ce petit jeu du détective et puis, il faut être honnête, j'ai un seul et unique client, je lui dois des prestations au delà de la norme. Je sens bien qu'il n'est plus question de relation client- prestataire de service mais pour moi d'engagement moral qui m'oblige à ne pas laisser de zone d'ombre dans ce dossier. Je ne m'inquiète pas de mes affaires d'écrivain public, dans la vie il faut connaître les priorités du moment.

Le temps de repérer un peu les lieux sur internet, de réserver un hôtel, de mettre quelques vêtements dans un sac et me voilà sur la route de Barcelone.

La capitale catalane a beau être de l'autre côté d'une frontière, elle reste pour le sud de la France plus proche que bien des villes de l'hexagone. Lille, Metz, Strasbourg à l'est, Nantes, Brest ou le Havre à l'ouest gravite dans un autre espace. Cette relative proximité que je relève à l'instant ne veut pas dire pourtant que je connaisse cette ville. Pas plus qu'à Marseille avant le début de ma nouvelle activité, je n'ai mis les pieds dans la cité de Gaudi ou Miró. En peu de temps de nouveaux horizons se seront offerts à moi.

Mais ce n'est pas parce que je n'y suis jamais allé que je ne connais rien à cette ville. Quand on s'intéresse comme moi à la culture occitane, on a forcément un œil sur celle du voisin catalan. Des proximités linguistiques, historiques, culturelles font que les civilisations occitane et catalane sont au mieux sœurs, au pire cousines. Les Catalans peuvent être qualifiés d'Occitans qui auraient réussi, ce qui les rend à mes yeux moins intéressants. Le syndrome du « perdant » du monde occitan déclenche un élan de sympathie qui n'est pas rationnel mais bien réel face à la perception de cannibale que dégage la Province du nord-est de l'Espagne. Riches, prospères, exagérément fiers de leur culture, les catalans d'aujourd'hui peuvent être qualifiés comme les exacts contraires des occitans. Ceux qui ont conscience de la proximité des deux cultures du côté nord des Pyrénées en font un complexe. De Tarragone à Figuéras, on ne se pose pas ce genre de questions !

S'il fallait un exemple pour illustrer ce phénomène ce serait l'année de la célébration du centenaire du prix Nobel de littérature obtenu par Frédéric Mistral. A la fin du dix-neuvième siècle, certains écrivains catalans fuyant l'Espagne suite à des problèmes politiques avaient trouvé refuge en Occitanie et notamment du côté de certains poètes provençaux. Quand ils purent retourner au pays, ils offrirent une coupe comme témoignage de reconnaissance et d'amitiés. Cet objet, gardé comme une relique jusqu'à nos jours par les bons félibres, reste célèbre car Mistral, lui-même, écrivit une chanson pour évoquer cette épisode : « la coupo santo » qui est considérée par certains comme l'hymne de la Provence. Pour montrer que les Provençaux avaient du savoir vivre, ils firent don, à leur tour, au peuple catalan d'une coupe d'un précieux métal. En 2005, au moment de la commémoration du prestigieux prix suédois, les Provençaux furent heureux de montrer aux Catalans la fameuse coupe précieusement conservée alors que, moments de panique, les Catalans de leur côté eurent le plus grand mal à se souvenir où était entreposée la leur... Cet épisode comique résume à peu près tout des relations occitano-catalanes.

J'arrive donc à Barcelone avec un point de vue sur la ville, peut-être trop partial mais beaucoup plus juste que les clichés que j'avais sur la ville de Marseille. Je n'ai quand même pas échappé à quelques stéréotypes, comme celui qui m'a fait réservé un hôtel sur les Remblas. Inconsciemment l'envie de croiser dans le quartier réputé le plus « chaud » des hommes souffrant de la même solitude que moi a orienté mon choix. Un révélateur aussi que ma volonté de mettre mon corps en sommeil finira par être prise en défaut. Je n'ai pas perdu de vue, loin s'en faut les raisons de ma présence ici mais subrepticement les sens reprennent le dessus...

L'hôtel possède un parking souterrain où je peux parquer ma voiture, le temps de mon séjour. L'adresse de l'architecte se situe dans une rue proche de la « Diagonal ». Toutes mes investigations doivent se faire dans le centre ville, je marcherai à pied ou prendrai les transports en commun. Ce sera plus simple pour moi qui aie besoin d'un plan pour me repérer dans des endroits que je ne connais que grâce à la lecture des romans de Manuel Vasquez Montalban. Diagonal, Remblas, Barrio Chino, Montjuich sont pour moi des lieux associés aux aventures de son personnage, un détective privé Pepe Carvalho.

Frédéric, qui m'avait donné le goût du polar par l'entremise de Jean-Claude Izzo avait fini par me convaincre de la qualité de cette littérature en me faisant découvrir le romancier catalan. Voilà un homme qui doit réconcilier les personnes qui comme moi ont un regard assez sévère sur les gens de la province de Barcelone. Intelligent, lucide, septique sur la nature humaine, Montalban finit par se confondre avec son personnage principal. Un détective privé sans illusion, qui couche de temps en temps avec une pute au grand cœur Charo, qui a comme indic Bromure un ancien franquiste et pour secrétaire Biscuter un homme dévoué et cordon-bleu. On a dans ce tableau un brin surréaliste une vision désenchantée de l'Espagne d'aujourd'hui, surtout d'ailleurs de Barcelone et de la Catalogne, à mille lieues de l'image à la fois de meilleure élève de la péninsule au niveau économique et de capitale de la culture et du loisir. Le côté sombre, la face cachée, l'obscure crasse que l'on trouve partout mais qu'il n'est pas reluisant de montrer.

Dommage que cet homme nous ait quitté lui-aussi un jour d'octobre 2003, dans un aéroport asiatique loin de sa Catalogne. Regrettable aussi qu'il ne soit pas plus connu du grand public français. Certainement un peu plus que Benjamin Péret mais infiniment moins qu'une autre célébrité de Barcelone comme lui, morte à peu près à la même époque : le célèbre « Copito de nieve » pour les hispanisants, « Floquets » pour les catalans et « Flocon de neige » pour les français. Vedette incontestable et incontestée, l'unique exemplaire mondial de gorille albinos a été pendant de longues années le véritable ambassadeur de la ville. Visites nombreuses au zoo où il résidait et dont il était le plus célèbre pensionnaire, on diffusa largement son image par l'intermédiaire de cartes postales qui eurent beaucoup de succès. Sa mort, suite à un cancer fut mentionnée dans bien des quotidiens et hebdomadaires français. Ce ne fut pas forcément le cas pour celle de Montalban ou parfois l'entrefilet fut aussi bref pour l'écrivain que pour le grand singe anthropoïde. Qui a dit  « Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver » ?

 

Après m'être un peu rafraîchi dans ma chambre d'hôtel, je descends afin de me restaurer. Il me tarde de goûter à la cuisine catalane. Montalban, tout en narrant les aventures de son détective ne pouvait s'empêcher d'en faire les éloges. Parfois au détour d'une page, sans perdre le fil des aventures « du renifleur de braguette » il allait jusqu'à expliquer par le menu les détails d'une préparation. Il publia même en 1989 « les recettes de Pepe Carvalho », c'est dire si la gastronomie et les spécialités catalanes n'avaient aucun secret pour lui.

Lors de ma visite à Marseille, j'ai déniché une boutique qui parlait de « l'art de vivre en Provence ». La cuisine, élément culturel de base, est un des points communs de l'espace catalan et occitan : diversité de produits, (les viande, les poissons, les légumes), variété des modes de préparation (rôti, bouilli, grillé, mijoté) et assaisonnements multiples (huile, ail, plantes aromatiques). Sans parler à l'époque médiévale des influences juives, arabes et des introductions successives des aliments venus depuis la fin du Moyen-âge du nouveau monde. 

La France qui se gargarise de sa bonne chère oublie de signaler que nombre de ses spécialités sont issues du sud de la Loire. Si l'on excepte la choucroute, quels grands plats qui font l'orgueil des grands chefs hexagonaux trouvent leur berceau ailleurs que dans les provinces méridionales ? Mais pour être juste, il faudrait avouer que le cassoulet, par exemple avant d'être de Toulouse, de Castelnaudary ou de Carcassonne venait de l'autre côté de la Méditerranée et que ce sont les Arabes ses parents. Le principe de la « cassole », terrine en grès qui permettra de faire un ragoût n'est autre que la « tajine » nord-africaine. Bien sûr les spécialistes en poteries sigillées ou pas d'ailleurs affirmeront avec raison que les Occitans n'ont pas attendus les Arabes pour faire des récipients en argile réfractaire mais pourront-ils contredire l'affirmation selon laquelle ils cuisaient ensemble pois-chiches et mouton ? Merci donc aux Sarrasins et autres Maures d'avoir parcouru l'Espagne et de s'être aventuré jusqu'à Poitiers, sinon il n'est pas sûr que du côté du Languedoc un jour les habitants aient eu l'idée de substituer le mouton par de la volaille ou du porc et d'y ajouter des haricots blancs après leur découverte en Amérique. L'introduction ou non de la tomate est une querelle d'experts qui permet de désigner la provenance ou l'influence du cuisinier.

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