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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 07:38

Nous, les homos, même si on ne les aime pas sexuellement, on sait apprécier la beauté des femmes. Pour ce qui est de la fille de Gonzalez, à cinquante ans, elle demeure encore très jolie et dégage une classe qui fait qu'elle ne doit pas dénoter dans le monde bourgeois de son mari. La tenue vestimentaire y fait beaucoup mais il y a des choses qui ne trompent pas : un port altier, une démarche gracieuse, une silhouette galbée.

Elle s'avance vers moi et joue la maîtresse de maison qui veut être sûre que son fils a bien tenu son rôle d'hôte en accueillant de la meilleure des façons le visiteur. Il est clair qu'elle se complaît dans les mondanités, multipliant les salamalecs, elle devient pédante à vanter les mérites de son fils et des mainteneurs de la culture régionale.

Un instant je me mets à douter de la paternité réelle de Gonzalez tant elle est différente de lui. Je profite de ses bavardages sur la Provence pour oser lui demander si elle est originaire de Boulvezon. Elle me répond sans entrer dans les détails que son mari est d'ici depuis de nombreuses générations mais qu'elle est de Marseille. Laconique, elle ne me fait pas, contrairement aux Montbrun, l'arbre généalogique de sa branche familiale. Je ne peux me permettre de lui demander son nom de jeune fille mais j'avoue que je le regrette car j'aimerais voir l'embarras que ça provoquerait chez elle. Non pas que je prenne du plaisir à confondre une fille d'immigrée mais rabattre son caquet à cette bourgeoise me ravirait à coup sûr.

Cette joie ne me sera pas offerte. J'avais presque oublié que j'étais sur le point de partir car un malaise s'était installé entre son fils et moi. Il m'a fallu me reprendre avant de passer la porte.

Je ne suis pas mécontent de quitter ce lieu malsain où je ne me sentais pas à l'aise du tout. Cependant, pour les côtés positifs, j'ai eu de nombreuses informations sur les Montbrun et j'ai même pu converser quelques minutes avec la fille de Gonzalez, personne que je suis censé rechercher.

Au volant de ma voiture, je gamberge. Une affaire, réglée en 48 heures et deux petits aller-retours, je trouve que c'était trop rapide et trop facile. En tout cas, demain lundi, je serai en mesure de donner au vieil espagnol le nom de famille et l'adresse de sa descendante.

Je reste perplexe sur cette mission et me demande quelles vont être ses réactions.

Sans le connaître, je m'y suis attaché au vieux. Je sais qu'il sera déçu. Avoir combattu Franco et hériter d'un petit-fils qui est dans le camp des fascistes ne peut que rendre triste. Perdre sa famille, son pays, sa liberté pour que soixante dix ans plus tard, on se retrouve au même point. Comment l'annoncer ?

Ne devrais-je pas me contenter de dresser un tableau général, lui mettre les coordonnées sur papier et lui conseiller de se débrouiller tout seul ?

 Cette solution serait la plus neutre et celle qui me protégerait de mes propres émotions mais voilà, Gonzalez n'a pas mon âge, il est vieux, usé et n'a pas forcément toutes ses facultés pour gérer un dossier tout seul.

Jouer l'écrivain public en rédigeant un rapport administratif ne serait pas correct. Je suis impliqué dans cette affaire, je ne peux décevoir le vieil Espagnol qui est, depuis longtemps, la seule personne qui m'a accordé sa confiance. Peut-être l'a-t-il fait par hasard ou par ignorance mais peu importe, cette marque de gratitude appréciable ne doit pas être trompée.

Sa fille et son petit-fils ont trahi ses idéaux, je dois choisir mon camp et je ne peux que montrer ma solidarité à Ramon Gonzalez. Pour lui bien sûr, mais aussi pour Frédéric Grindel, pour Benjamin Péret « l'irréductible ».


Cette réflexion m'a pris tout mon trajet. Mon opinion est faite. Demain en fin de matinée j'irai rencontrer le vieil Espagnol et lui raconterai tout. Je ferai en sorte de le ménager mais je ne lui cacherai rien.

Maintenant, après avoir noté ces quelques idées sur mon cahier d'écolier, j'ouvrirai le frigo pour voir s'il reste encore quelques provisions. Avant de trouver le sommeil, je me détendrai en surfant un peu sur le web.


La tante Marie-Sybille me renvoie à Marseille. Décidément la mode est à la cité phocéenne ces temps-ci. Le titre de sa chronique évoque aussi en moi des souvenirs d'enfance : « Fiers d'être marseillais ».


Chers amis homos avez-vous remarqué que les supporters de l'équipe de football de Marseille utilisent le même adjectif que nous autres ? Ils sont « fiers d'être marseillais » alors que nous avons la « Gay pride ». La seule différence c'est que nous pour faire plus américain, on l'emploie en anglais. Imaginez si le public du stade vélodrome disait : « proud to be marseillais », le jour où il y aurait une rencontre contre Liverpool ou Manchester, ça ferait désordre !

J'ai pourtant ouï dire que dans les stades fusaient souvent des commentaires peu amènes pour notre communauté. Un joueur qui se fait traiter de pédé vient rarement de marquer un but ou alors... contre son camp. Notez que je dis ça mais que je ne suis jamais allé vérifier. Enfin, correction votre honneur, une fois j'ai mis les pieds dans un stade. Un ami cher, passionné de ballon rond m'avait convaincu de l'accompagner voir un match. En contrepartie il me payait le restaurant après la partie et plus si affinités. Malheureusement ou heureusement, chacun voit midi à sa porte, notre ville moyenne n'abrite qu'un club de deuxième division. Pour ceux qui ne sauraient pas ce que veut dire cette expression, remplacez division par choix ou catégorie ou main. Non pas deux mains, tout le monde en a deux mis à part le capitaine Crochet et quelques autres infirmes mais deuxième main pour une voiture par exemple ou pour une femme. Oh, je rigole !... Forcément une équipe de seconde division a des joueurs moins performants, moins connus. Dans les salons, même si on n'aime pas le foot, si vous dites : « j'ai vu dernièrement Zidane », tout de suite ça en jette ! mais si vous lancez à la cantonade : « dernièrement j'ai assisté à un match de Gueugnon ou de Châteauroux », vous risquez le bide ou l'étonnement : « c'est où Gueugnon ? C'est une ville qui existe pour de vrai ? La spécialité locale ? ».

Toujours est-il, moi je peux le dire, un soir d'hiver j'ai admiré l'équipe de Gueugnon en tournée dans ma ville de province. Jamais je n'aurais cru qu'il fasse si froid dans un stade. Une discothèque c'est chauffé voire surchauffé, une salle de spectacle idem mais un stade, un nid à courant d'air. Imaginez donc au mois de janvier, assis sans bouger à regarder ceux qui sur le terrain courent pour ne pas avoir un refroidissement. Résumons donc : un spectacle inoubliable ! car il m'a fallu au moins huit jours pour récupérer. La première nuit à grelotter même arrivé au restau et la semaine qui suit à soigner un rhume carabiné.

 Ainsi donc mon seul souvenir en live. Sinon, sans m'intéresser aux choses de la balle je sais qu'il existe des méchants hooligans capables de casser du pédé ou de l'arabe. Voilà pourquoi je m'étonne que deux groupes vraiment très distincts utilisent le même vocabulaire.

Je me prends à imaginer toute cette foule, dans un stade il y a bien quelquefois cinquante mille spectateurs à qui il viendrait l'idée après le match d'aller faire un défilé dans la ville. Montée sur des chars, perchée sur des hauts talons, dandinant du popotin au son de la musique techno ; on aurait une belle apothéose après deux heures de froid dans une enceinte communiant comme dans une église... Je suis sûr que si j'arrivais en soumettant l'idée à l'entrée des gradins, je me ferai rapidement casser la gueule. « Pas de tapettes ! Ni sur la pelouse ni dans les travées ! ». Un supporter doit montrer sa virilité, crier « Oh hisse... enculé ! » quand le gardien adversaire dégage le ballon même s'il n'a pas fait son coming-out.

 Et pourtant tous ces bonhommes sont seuls la plupart du temps. Il n'y a pas trop de nanas dans les tribunes, en tout cas il n'y en a pas assez pour tout le monde. Donc soit les supporters sont des partouzards soit dans le nombre, il doit bien y avoir quelques homos. Et sur la pelouse. Sacrilège, crime de lèse-majesté, je vais m'en prendre à des stars, des idoles, que dis-je, des icônes !

Dire des horreurs sur ces bienfaiteurs de l'humanité, ces hommes à l'abnégation sans limite, au désintéressement légendaire, ne devrais-je pas avoir honte ? Et tout bien pensé : quand ils marquent un but, leur premier réflexe n'est-il pas de s'étreindre ? Et vas-y que je t'embrasse, que je te papouille, que je te touche le cul. Mais si tout le monde faisait ça dans la vie quotidienne, imaginez le scandale. La secrétaire a fini de taper son rapport sur son petit ordinateur, elle l'imprime et sous l'effet de la joie, de la satisfaction, que sais-je ?, elle va rouler un patin à son chef de service. La même nana, le soir venu, après sa journée de travail va récupérer sa bagnole au garage. Le mécano, trop content d'avoir trouvé la panne, se jette sur l'apprenti qui lui-même attrape au vol la cliente. Désolé je vous ai mis un peu de cambouis sur votre jolie robe !

Enfin, cerise sur le gâteau. Que leur avons-nous fait à ces gars ? Alors que nous multiplions les efforts pour inventer un nouveau look, une manière originale de nous vêtir pour nous reconnaître entre nous, les footeux récupèrent notre mode et se l'accaparent. Couleurs de cheveux improbables, tenues près du corps, boucles d'oreilles et autres percing, ils manquent d'originalité et nous volent, ce qui nous oblige à d'autres subterfuges pour nous identifier. Ah messieurs, il n'y a pas de quoi être fier que vous soyez de Marseille ou d'ailleurs...

 

 Voilà ! C'est tout pour aujourd'hui. A bientôt les amis pour les nouvelles aventures de votre tante préférée !

 

                                               signé : Mari si billes

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