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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 13:34

Je ne sortais quasiment plus de l'appartement, Montpellier la ville que j'aimais le plus, cette cité pour moi synonyme de bonheur et d'émancipation me ramenait sans cesse au souvenir de Frédéric. L'été était chaud, je tenais les volets clos, ne laissant entrer qu'un mince filet de lumière. Cette période dura trois mois et un peu plus. La peine n'arrivait pas à s'atténuer et je ne pouvais toujours pas faire de projets. Il y avait une seule idée qui commençait à me trotter dans la tête : partir. Pour où, je n'en savais fichtre rien mais je comprenais bien que je ne pourrais plus demeurer dans ces lieux trop chargés émotionnellement. Je n'avais pas non plus d'idées sur ce que je pourrais faire...


 Je ne sais pas ce que je serais devenu sans le platane de la RN 86, peut-être aurai-je fini sous la même poutre que Frédéric. Rien n'est sûr mais je dois bien avouer que plusieurs fois, l'idée m'a effleuré l'esprit. Je ne peux pas dire ce qui m'a retenu...

Puis un jour il y a peu de temps mon téléphone sonna. Machinalement j'allai répondre, c'était la gendarmerie de Bagnols sur Cèze qui m'apprit, non sans délicatesse, que mon père venait de se tuer sur la route.


Voilà les circonstances qui m'ont conduit à revenir, ici à Saint-Saturnin le Pont. Un cycle vient de se boucler à Montpellier et (merci papa !), j'ai eu l'opportunité d'en partir pour revenir ici au pays natal.

Ce retour ne m'enchante pas plus que ça mais il me permet au moins de fuir. Puis ce n'est pas une marche arrière complète pour la bonne et simple raison que l'homme qui empêchait mon épanouissement, mon père, est mort.

 Saint-Saturnin n'a plus la même signification. Ce n'est plus le lieu d'interdiction, de castration, d'étouffement que j'ai connu autrefois, ça devient une sortie de secours à cette situation intenable dans la ville qui m'a vu devenir un homme.

Il avait tort le parternel, c'est utile d'écrire son journal. Sans cette réflexion, je ne me serais certainement pas rendu compte que depuis toujours Saint Saturnin est une ouverture, un passage obligé, et non comme je l'ai cru longtemps une prison, un enfermement. D'ailleurs quand on entre dans la ville par le côté nord, on peut lire sous le panneau d'entrée dans l'agglomération, un second panneau qui porte la mention « Portes d'or de Provence ».

Cet intitulé m'a toujours paru étrange. En effet, Saint-Saturnin, se trouvant sur la rive droite du Rhône, n'est donc pas en Provence. De plus, comme la ville jouxte la limite de quatre départements, on pourrait presque se revendiquer ardéchois, drômois ou vauclusiens mais il se trouve que l'on est gardois à quelques hectomètres près. Alors pourquoi pas être la « porte d'or de la Provence » ? Puis ça fait bien sur le dépliant de l'office du tourisme ! A Montélimar, ils ont le nougat, alors ils n'ont pas besoin d'en rajouter sur leur C.V. mais nous qui n'avons rien ou presque, il faut bien se faire mousser un peu, non ?  Ici personne ne sait vraiment à quel territoire réel la région appartient, à tel point qu'à la création de ce machin qu'est la Communauté de Communes, les élus ont cogité longtemps pour trouver un nom qui soit parlant. Je ne crois pas qu'ils y soient arrivés. De toute façon, nous n'avons pas besoin d'une notoriété supplémentaire, il y a assez de culs blancs qui viennent bronzer chez nous l'été.

Bien qu'étant d'origine alsacienne, les hasards des affectations de mon père font que j'ai toujours vécu ici. Je suis pas un vrai « couleur locale » mais les quelques rares vrais autochtones ont-ils conscience de leur identité culturelle ? La langue régionale, par exemple, qui est l'occitan est  pratiquement perdue. Les quelques résistants qui n'ont pas bouffé leurs racines s'entre-déchirent pour savoir si c'est du provençal ou du patois. Quand certains poussent l'audace jusqu'à la lire ou l'écrire, d'autres polémiques se font jour pour le choix de la graphie. Ah, vraiment je sais pas si le terme de « Portes d'or de Provence » a un écho pour quelqu'un d'autre que le touriste moyen qui doit comprendre le message comme un « bienvenu au pays du soleil » !

 Mais une fois le panneau passé, notre vacancier doit déchanter car Saint-Saturnin, comme toute les villes traversées par une nationale, a des maisons vieilles, noircies par le trafic et le plus souvent désertées par leurs habitants à cause des nuisances sonores. Avant la fin de l'agglomération, vous aurez droit à votre petite ZAC avec vos moyennes grandes surfaces, vos magasins de bricolage aux enseignes bien connues dans l'Europe entière. On en sort comme dans tous les patelins de France par un de ces ronds-points Houdard, inventeur génial de la priorité à gauche, qui, comme ses petits frères parsemés sur tout le territoire, rivalise d'imagination pour exhiber une décoration typique du secteur. C'est ainsi que l'on trouve un monticule de terre, censé représenter un champ avec un maset, une vigne et un olivier. Sachant que le vin ne se vend plus et que l'olivier, il faut le changer régulièrement car des gens malintentionnés l'arrachent pour le replanter dans le petit jardin de leur pavillon en lotissement, ah, elle est belle la porte d'or de la Provence ! On peut même dire qu'elle a les gongs qui grincent.

 Et pourtant..., c'est vrai qu'à la grande époque de la batellerie sur le Rhône, c'était une étape importante et que son pont remonte à loin. Dans le poème du Rhône de Frédéric Mistral, l'épisode tragique qui s'y déroule marque bien le début de quelque chose et la fin d'une autre. Qui connaît cette œuvre à Saint-Saturnin ? Qui a lu Mistral (en général) ? Certains s'en revendiquent, ou le citent régulièrement (c'est si facile de faire parler les morts), il a été statufié de son vivant, mais, mis à part la fausse image que l'on véhicule, Mistral est un inconnu célèbre. Avoir une notoriété factice, c'est quelquefois pire que d'être tombé dans l'oubli.


Rien ne me prédestinait, moi le petit alsacien, à m'intéresser à cette littérature et pourtant, sans arrière pensées, pas plus que d'a priori ni connaissances, je suis tombé un jour à la bibliothèque sur « le poème du Rhône ». Je devais avoir une quinzaine d'années un âge où on s'intéresse à tout sauf à ça. Malgré la barrière de la langue, gros obstacle et, second écueil de taille, la forme bien éloignée du roman moderne que j'avais l'habitude de lire, je venais de mettre un pied dans la littérature occitane. Je ne le savais pas encore, et c'est tant mieux car quand on commence à intellectualiser trop ses lectures, on en perd le plaisir instinctif.

Tranquillement, pendant mes années de lycée, je m'étais un peu plus familiarisé à la langue et aux autres écrivains occitans mais sans trop y prêter attention. A mon arrivée à Montpellier, j'avais poursuivi dans ce sens au côté de mes études de lettres, qui, elles, étaient un enseignement sérieux dans une littérature universelle en langue françoise. Les textes en langue d'oc étant considérés, bien entendu, par nombre d'enseignants et par leurs élèves comme des écrits patoisants sans aucun intérêt littéraire.

Cette vision réductrice des choses ne m'avait pourtant pas découragé et je peux dire que, plus le temps passait, plus je faisais le choix culturel d'une « occitanitude » assumée. Malgré mon nom patronymique, le berceau alsacien de ma famille, je me reconnaissais dans l'histoire, la langue, la culture, la littérature du territoire auquel j'appartenais. On a bien des Chrétiens qui se convertissent à l'Islam ou au Bouddhisme, des nomades qui deviennent sédentaires, des ruraux qui se transforment en citadins épanouis et vice-versa, alors pourquoi ne pourrions-nous choisir notre culture ? Dans le même temps, se reconnaître dans une civilisation millénaire, serait-ce plus ringard que d'aller fumer des joints à Katmandou comme c'était à la mode à une époque ?

Me voilà donneur de leçons mais moi-même je n'ai rien fait pour perpétuer l'alsacien, j'ai donc moi-aussi mon combat exotique en quelque sorte...


Peut-être qu'aujourd'hui je me représente les choses ainsi, ne serait-ce que pour me convaincre que j'ai fait le bon choix en prenant la décision d'un retour à Saint-Saturnin. De toute façon avais-je bien le choix ? Je ne veux plus rester à Montpellier, cette perspective me fait trop souffrir et de toute façon, je n'ai plus rien à y faire. J'ai mis un terme à mes études, j'y suis maintenant seul et même dans le cas contraire, je n'aurai plus les quelques subsides que me versait mon père qui me permettaient de compléter mes maigres revenus. A court terme, je devrai me séparer de l'appartement. Ici à Saint-Saturnin, je serai logé pour rien car je vais récupérer le pavillon paternel dont les dernières traites sont remboursées depuis belle lurette. Je suis sûr qu'avec les économies que mon père mettait de côté chaque mois, (même si l'aspect financier était un des tabous familiaux donc secret), je pourrai voir venir quelques temps.

Sans vraiment de perspective, je dirais même dans une phase de renoncement, je pourrai au moins pendant une certaine période, continuer à me complaire dans ce spleen qui est le seul compagnon de mes jours.

Par fidélité à Frédéric, je souhaite renoncer  à l'amour. Je ne veux plus recommencer les pratiques sexuelles que j'ai connues avant, et qui sont courantes  dans la communauté gay. A part un assouvissement  instinctif qui au mieux soulage nos corps, ce ne sont que des occasions de contamination.

Je ne veux pas finir comme lui ; si telle avait été ma volonté profonde, dans le trimestre qui vient de s'écouler, je serais passé à l'acte. Or, je ne l'ai pas fait.  J'ai vécu des choses trop belles pour revenir à de simples ébats sans sentiment. On doit bien, à un moment donné, être capable de transcender. Etre en mesure de dominer son corps. J'en suis capable, j'en ai la conviction profonde. J'ai toujours eu une sensibilité pour la littérature en général et la poésie en particulier, et Frédéric a aggravé ce penchant de ma personnalité, je dois donc pouvoir sublimer mes pulsions...

Me voilà donc, seul, dans la maison qui fut celle de mon père jusqu'il y a trois jours. J'en suis le seul héritier, il faut que j'en prenne possession. Tout, le mobilier, la décoration, l'atmosphère, sentent encore le gendarme Eggimann. J'ai ouvert mon ordinateur portable pour écrire sur la table du salon, je n'ai qu'à lever les yeux pour apercevoir le vaisselier transformé en meuble d'exposition pour sa collection de revolvers et de pistolets. Il n'y a qu'un bidasse pour avoir ce genre de hobby ! Réunir des engins de morts, quelle drôle d'idée ! Pour moi le seul objet qui tire en 35 mn et qui ait un barillet (et même parfois deux), ce n'est pas une arme à feu mais... un appareil photo. Si j'étais fétichiste comme feu mon père, je regrouperais des Leica mais je préfère prendre des clichés plutôt qu'amasser des boîtes.

 Il me faudra du temps pour que ça devienne mon territoire à part entière. Des cloisons vont sûrement tomber ; quant aux armes à feu, je saurai vite combien elles valent...

La journée a été éprouvante, le protocole, la messe, le cimetière, les poignées de mains, les condoléances et ... moi, sec, sans une larme, sans le moindre chagrin pour celui qui m'a donné la vie alors que j'ai été si affecté par le décès de Frédéric.

J'aurai du mal à trouver le sommeil, c'est comme ça depuis le départ de Frédéric. J'ai toujours entendu dire que la nuit est angoissante, je comprends maintenant ce que veut dire cette expression. Je vais, comme tous les soirs depuis plus de trois mois, passer de longues heures à surfer sur la toile. J'ai écrit que je refuse tout contact physique mais j'ai besoin de rencontres virtuelles. Je ne visite pas les sites hards mais les tchats, les sites de discussion, d'échanges de vécu ou d'expérience, ça remplace aisément le psy dont j'aurais certainement besoin ces temps-ci.

J'en fréquente plusieurs mais j'ai mon préféré avec notamment un internaute qui a beaucoup d'humour. Le pseudo derrière lequel il se cache, est la Tante Marie-Sybille. Ses récits sont à hurler de rire, enfin la plupart du temps ! Comme je n'ai pas toujours l'occasion de me gondoler, c'est le moins que l'on puisse dire, je lis avec délectation et régularité les aventures de la Tante Marie-Sybille et sans doute je revis des épisodes de mon existence.


Le dernier épisode s'intitule : Mes années collège

 

         Chers amis homos ou amis des homos, vous vous posez tous la question quand les pédés se rendent-ils compte qu'ils le sont ? et vous comptez tous sur votre tante Marie-Sybille pour vous apporter la réponse.

Il faut pour cela que je vous raconte mes années passées, il y a maintenant quelques temps déjà, au collège. Ceux qui me connaissent, auront du mal à le croire, j'ai été un petit garçon fluet et mignon à mon entrée en sixième. A cet âge là, il y a encore beaucoup d'innocence et les amitiés avec les filles ne posent pas encore trop de problèmes. Les gars les plus virils tapent avec entrain dans des ballons qui ne s'en plaignent pas et les plus calmes, les plus posés, les intellos, et les futurs homos jouent à autre chose mais ils ne sont pas encore la risée de leurs camarades. Qu'ils en profitent, ça ne durera pas.

Un an plus tard, je ne sais par quel miracle, j'étais passé dans la classe supérieure à savoir la cinquième. C'est bizarre, au collège, c'est le contraire du levier de vitesse d'une voiture, plus on avance dans le temps, plus le chiffre est petit. Je ne sais si j'avais pris conscience de mon homosexualité, mais en tout cas je crois que mes professeurs, sans le dire bien sûr, avaient dû s'en rendre compte. Il y avait deux détails qui ne devaient pas passer inaperçus. Le premier était relatif à mon apparence : j'avais adopté un nouveau look et notamment j'avais pris l'habitude de m'épiler les sourcils. Avec une vingtaine d'années de recul, je pense que cette dernière pratique, pas forcément bien maîtrisée ne laissait personne indifférent. La seconde habitude préfigurait mon goût pour l'art et la décoration. Avant de rendre mes devoirs et copies faits à la maison, je prenais soin de les parfumer comme on le fait parfois pour les lettres et ces mêmes feuilles étaient soigneusement remplies avec des stylos et feutres de toutes les couleurs. Si le fond n'était pas forcément profond, la forme, elle, était unique dans le groupe voire le collège dans son entier. Quoiqu'il en soit, ça m'a permis de franchir le nouvel obstacle et d'aller user mes fonds de culottes dans la classe supérieure.

L'année de quatrième est mémorable car c'est l'époque de ma mue. Auparavant nous avions tous de belles voix d'enfants, nous aurions tous pu doubler les petits enfants à la croix de bois mais voilà, patratac, les hormones s'en sont mêlées et ce fut la fin de l'époque prépubère. Hé les obsédés : j'ai dit prépubère, je n'ai pas parlé de prépuce ! ! ! Comme nous étions laids, avec nos voix de chèvres et nos boutons d'acnés. Pourtant, je crois bien que c'est à cette époque, que ça a démarré réellement pour moi, mais je n'en dis pas plus. C'est mon jardin secret.

Je devais quand même commencer à me faire un peu trop remarquer car l'année suivante, heureusement la dernière au collège, j'ai fini par avoir des ennuis. La troisième, c'est vraiment la classe où les petits machos se sentent obligés d'étaler leur masculinité de façon outrancière pour prouver qu'ils sont des vrais mecs avec des c........ Moi, qui n'ai de masculin que le prénom, je ne tardais pas à être la cible des quolibets et autres moqueries de quelques petits caïds. J'essayais de me faire tout petit mais je n'y arrivais pas forcément. L'incident arriva pendant une séance de sport. Nous étions, tous les garçons à nous changer dans le vestiaire. Le professeur se trouvait à l'extérieur. Je venais de quitter mon pantalon pour enfiler un short et c'est à ce moment là que les remarques commencèrent à fuser sur ma personnalité, mon attitude, mes manières. Chacun voulant en mettre une couche de plus que son voisin, on finit par sortir d'un placard un manche à balai qu'un trio composé de trois apprentis nazillons menaçait de me... Vous avez compris la suite. Je ne sais s'ils seraient allés jusqu'au bout de leur intention, en tous cas je n'ai dû mon salut qu'à l'intervention d'un camarade de classe, dont l'hétérosexualité ne faisait aucun doute aux yeux des autres, et qui, du haut de son mètre quatre-vingt, promit son poing dans la gueule au premier qui ferait un pas de plus. Les autres protestèrent que l'on ne pouvait plus rigoler, qu'ils ne l'auraient pas fait... Personne n'est capable de dire, si au lieu de les freiner, on les avait encouragés comment ce petit jeu se serait terminé...

Vraiment il était temps que s'arrêtent mes années collèges !

Dans un prochain épisode mes années lycée ou de nouvelles aventures de tante Marie-Sybille inédites à découvrir sans modération...

 

                                               Signé : Marie Six Billes



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commentaires

joppi 14/05/2009 10:34

Très bien cette idée de roman, meme si pour l'instant je ne vois pas le rapport avec un polar et les communistes.Doimmage que les commentaires soient censurés (mon camarade stoni vous avait répondu et puis c'est passé à la trappe).Est-ce que l'auteur du roman lit nos commentaires ou pas ?on peit lui poser des questions ?

SECTION GARD VALLEE DU RHÔNE du PCF 14/05/2009 11:23


Comment le commentaire est passé à la trappe ?
Nous avons publié le commentaire de Stoni et nous lui avons même répondu.
Bien entendu que l'on communique les commentaires à l'auteur et qu'il accepte
les questionnements.


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