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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 06:55
A Saint-Saturnin, comme dans nombre de villes et villages français, l'association sportive dévolue au foot était plus ou moins chapeautée par la mairie. Le père du maire en avait longtemps été le président, puis le président d'honneur, et les joueurs de l'équipe première, des adultes profitaient des largesses du premier magistrat pour occuper des emplois plus ou moins fictifs. Enfant, j'étais loin de tout ça... Courir après un ballon n'a jamais été ma tasse de thé, cependant, comme pour le reste, je l'ai fait avec sérieux et application. Il me manquait du talent. J'ai donc joué ailier : quand on est mauvais on vous fait toujours évoluer à cette place car un gardien-passoire vous fait perdre obligatoirement le match de même que des défenseurs trop perméables vous entraînent vers la défaite. Pour la victoire il faut un milieu de terrain créatif et un avant efficace. Les « tocards », on les dispose donc sur les ailes. A l'avant, même s'ils ne font rien de bon, leur incompétence n'a pas d'incidence sur le résultat de la partie. Avec l'âge, je suis passé de l'aile droite à l'aile gauche, puis au banc des remplaçants où finalement j'aurais pu me trouver assez bien sans les aléas climatiques. Toutefois mon père ne s'est pas résigné :

 

" - Le foot, si ça ne te fait pas de bien, ça ne te fait pas de mal !"

Finalement ce n'est pas jouer qui m'a posé le plus de problèmes, c'est devoir enfiler le maillot de supporter. Comme nous étions dans le sud et que c'était l'équipe à la mode à cette époque, mon père a voulu que l'on suive l'Olympique de Marseille. Quand je dis « suivre », je devrais dire virtuellement car on n'a jamais mis les pieds dans les tribunes d'un stade. Non, nous, on était des inconditionnels des Phocéens, mais à la télé ou à la radio.

 

Alors que les veilles d'école, je devais aller me coucher tôt avec l'interdiction formelle de regarder quoi que ce soit à la télé, quand il y avait foot, je devais voir la rencontre même s'il y avait des prolongations ou des arrêts de jeu interminables. Une corvée ! Quel supplice avec comme apogée : Jean-Pierre Papin. Pour les "fouteux", c'est l'idole des années quatre vingt dix ; pour moi : c'est un cauchemar. C'est pas sympa pour lui mais physiquement il m'a toujours déplu ce gars et comme intellectuellement je n'attendais rien non plus, il a été le symbole de ces soirées de foot obligatoire où se mêlaient ennui et dégoût. 

 

Toute mon éducation pendant mon enfance et mon adolescence a été à l'image de cette contrainte, j'ai subi les désirs de mon père tout en essayant de grandir sans trop souffrir. Avec ou sans mère, je pense que les choses n'auraient guère été différentes à cause d'une part de la personnalité de mon père, d'autre part de la mienne. Être un enfant fragile avec une féminité très exacerbée entraînait déjà des difficultés et les choses n'allaient jamais en s'arrangeant au fur et à mesure que l'adolescence prenait le dessus. Une telle situation devient paroxystique quand on ne sait plus qui on est et ce que l'on veut, réalité normale d'un ado mais aggravée par l'éveil d'une sexualité non-conforme à la norme.

 

J'ai longtemps été une personne mal dans ma peau, ne me sentant pas sûr de moi, physiquement mal à l'aise, doutant de tout, complexé à mort, déprimé, quasi-suicidaire. Le portrait type du jeune « pédé » qui ne s'accepte pas. Avec un peu de recul, l'impression que j'ai aujourd'hui, c'est d'avoir toujours joué la comédie, tout le temps et à tout le monde sans vraiment tromper personne. M'obligeant à me montrer plus viril que je n'étais réellement, surtout avec mon père et au collège, je m'inventais aussi des amies, des loisirs, des vacances... (un vrai mythomane) à la seule fin de paraître comme les autres. La normalité, voilà l'écueil insurmontable, une montagne que je n'ai jamais pu arriver à gravir avant mon départ de Saint-Saturnin.

 

Étouffant à la maison, à l'école, à Saint-Saturnin, je n'ai commencé à vivre qu'au moment où, bac en poche, je suis parti pour la fac et la ville de Montpellier.

 

Ce fut l'occasion de me sortir du carcan paternel et d'enfin exister comme je l'entendais. Oh ! n'allez pas croire que j'avais des envies extravagantes, non, tout simplement assouvir le besoin de m'affranchir et d'être un peu maître de mon destin.

 

Malgré la discipline qu'il m'avait toujours imposée et le peu de liberté qu'il m'accordait, mon père m'a laissé choisir mes études. Les quelques maigres fois où j'ai pu décider par moi-même sont si rares qu'elles méritent d'être citées. J'ai donc opté pour la seule chose qui m'intéressait dans la vie, la littérature, et me suis inscrit en fac de lettres.

 

Je ne sais de quoi sera fait demain mais à l'instant où j'écris, je peux dire sans l'ombre d'une hésitation que les années que j'ai passées à Montpellier furent les plus belles de mon existence et ceci même si la fin de cette période a été des plus douloureuses. Je me souviens de l'ambiance de la fac de lettres, décontractée, où les beaufs n'étaient pas majoritaires, un état d'esprit jeune et ouvert. Même si ce n'était pas ce dont j'avais rêvé, être dans un temple du savoir où je pouvais entendre et lire des choses qui élèvent, alors que j'avais eu la désagréable impression auparavant de côtoyer la « connerie humaine » au plus près me donnait satisfaction.

 

Une sensation de liberté et d'indépendance : c'est peu et beaucoup à la fois, la fin d'une période d'emprisonnement mental.

 

Être dans une grande ville par rapport à notre petit Saint-Saturnin permettait de ne plus subir l'étouffement d'une communauté relativement restreinte où tout le monde connaît tout le monde. Dans ce système clos, le poids social du groupe est plus fort que dans une agglomération qui, par son ampleur, laisse une latitude à l'individu qui y gagne en autonomie. Certains y verront une solitude mais d'autres vivront cette indifférence collective comme un avantage notamment quand ils ont comme moi un comportement qui suscite le jugement négatif d'une société réactionnaire, coincée ou rigoriste. Pour faire simple, à Montpellier je n'étais plus le fils du gendarme, pas plus que l'ancien élève de telle école ou le membre du club sportif... Je n'étais personne et ça me plaisait bien. Je voyais aussi d'un bon oeil cette possibilité de repartir de zéro, non que j'aie un passif, un quelconque casier judiciaire, mais tout simplement le mal-être de mes années d'enfance et d'adolescence pouvait se dissoudre dans la masse. Une vie nouvelle commençait. Un homme nouveau, en quelque sorte, sans tare ni passé. Comme une sorte d'amnésique heureux d'avoir tout oublié.

 

Il faut bien reconnaître que l'atmosphère de la fac permettait ce bien-être. Il y avait bien les fachos du syndicat étudiant d'extrême droite qui, quand ils le pouvaient, cassaient de l'arabe, du pédé ou du coco, mais ils étaient loin d'être majoritaires et j'ai eu la chance d'échapper à leurs coups de crosses. Je ne me fais pas d'illusion : dans ce climat de tolérance, il y avait un soupçon de modernité d'esprit mais surtout dominait un égoïsme, propre à la fin d'adolescence, qui faisait qu'à part ses copains, on se foutait bien de ce qui se passe à côté. Mais, comme on dit en football, "y a que le résultat qui compte" donc cette situation me convenait bien.

 

Paradoxalement, j'ai acquis une part de liberté en travaillant. On a l'habitude dire que le travail, c'est aliénant ; en ce qui me concerne, ça m'a permis d'accroître mon indépendance, notamment financière. Parallèlement à mes cours de Deug, j'avais trouvé, grâce à une petite affiche posée sur les murs de la fac, un boulot à la bibliothèque universitaire. Je faisais partie de ces quelques étudiants qui avaient eu la chance de trouver un job sans sortir de l'université.

 

Mon travail (peu stressant) consistait, en autres, à aller chercher dans les réserves les livres que demandaient ceux qui fréquentaient la B.U. La chef était plutôt sympa, les horaires convenaient avec les heures de cours et j'en bavais énormément moins que ceux qui faisaient managers chez Mac-Do.

 

C'était aussi l'occasion de lutter contre une timidité maladive qui m'avait empoisonné l'existence depuis aussi longtemps que je me souvienne et avec laquelle je m'étais toujours beaucoup battu sans jamais avoir les résultats escomptés. Avoir des contacts fréquents avec des gens m'obligeait à parler plus, à vaincre ce trait de caractère qui me faisait souvent fuir devant des situations nouvelles qui me déstabilisaient.

 

Au fil du temps, j'ai même finalement fait une rencontre inoubliable qui devait me bouleverser définitivement. Un changement radical par rapport à tout ce que j'avais connu auparavant.

 

J'ai tout fait pour oublier ce qui retournait de l'intimité avant mes années universitaires mais les souvenirs reviennent à ma mémoire à l'occasion de ce journal.

 

Pendant longtemps j'ai tenté de mettre le couvercle sur mes premiers émois sexuels en niant notamment mon homosexualité. Déjà, pour un ado de base, les débuts ne sont pas toujours vraiment simples pour quelqu'un qui se cherche sans se trouver, les difficultés sont multipliées par cent. Il a bien fallu tout de même qu'un jour j'en vienne à me résigner et accepter ma vraie nature. Les choses n'ont pas été beaucoup plus aisée mais on s'accommode de tout...

 

Saint-Saturnin n'ayant pas choisi entre le statut de ville ou de village, l'absence de lycée oblige les élèves à poursuivre leur scolarité vers les quinze ans, dans la ville natale de Rivarol à quelques kilomètres de là.

 

La classe de seconde a donc été l'occasion pour moi d'élargir un peu mon horizon et de me convaincre qu'il faudrait bien que je franchisse le pas un jour ou l'autre. Entre cette prise de conscience et le passage à l'acte, il m'a fallu encore pas mal de temps.

 

Je n'ai plus vraiment souvenance des détails ni des circonstances qui m'avaient amené là, mais un jour, je finis par atterrir dans les WC publics qui se trouvent près de la Poste, lieu de rencontre habituel des homos dans la ville de l'auteur du "Discours sur l'universalité de la langue française".

 

Un seul mot pour décrire cette première expérience : sordide !

En fond olfactif, des odeurs d'urines et d'excréments ;   ambiance et climat : imaginez des lieux d'aisances collectifs ; l'acte en lui-même : des ébats furtifs à la dérobée entre crainte de se faire surprendre et volonté de prendre du plaisir malgré tout.

 

Une première qui serait renouvelée bien des fois avec néanmoins toujours les mêmes appréhensions et le même dégoût.

 

Ce que j'allais vivre à Montpellier n'aurait radicalement rien à voir avec toutes les aventures foireuses vécues par le passé. La raison majeure ne tenait en rien à la situation ni aux conditions mais à un facteur qui avait toujours manqué à mes relations antérieures : l'amour.

 

Ma culture luthérienne même refoulée a fait des ravages. Elle m'interdit de m'épancher sur ma vie amoureuse, encore moins sur mes ébats sexuels. Tant pis pour l'acquis, laissons parler l'inné ! Je n'oublierai jamais la première fois que j'ai aperçu Frédéric à la B.U. Assis derrière mon guichet, à peine occupé à coller des code-barres sur la tranche de bouquins, j'attendais que quelqu'un interrompe cette tâche et pour m'envoyer faire une recherche dans les rayonnages. Levant les yeux, après avoir entr'aperçu une silhouette qui s'avançait vers moi, je fus subjugué, sans qu'il n'ait encore parlé, par ce grand jeune homme gracile et d'une fausse indolence. Il ne ressemblait pas aux autres étudiants, peut-être parce qu'un peu plus vieux que ceux qui fréquentaient ce lieu. Je crois, surtout, qu'il différait par l'aura qu'il dégageait.

 


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