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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 18:45

Chap. 1 : "Les morts et leurs enfants"


Les premiers mots qui me viennent, alors que je commence cette introspection écrite, ne sont pas miens.

Je devrais prendre ce signe comme un manque de personnalité mais je sais que mon "moi" comme disent les psychanalystes, même s'il a été plus souvent qu'à son tour étouffé, respire encore. C'est le poème "Les morts et leurs enfants" de Benjamin Péret qui a fusé hors de mon esprit dès que je me suis installé à la table :


"Si j'étais quelque chose

 non quelqu'un

je dirais aux enfants d'Édouard

fournissez

et s'ils ne fournissaient pas

je m'en irais dans la jungle des rois mages

sans bottes et sans caleçon

comme un ermite

et il y aurait sûrement un grand animal

 sans dents

avec des plumes

et tondu comme un veau

qui viendrait une nuit dévorer mes oreilles

 Alors dieu me dirait

tu es un saint parmi les saints

tiens voici une automobile

 L'automobile serait sensationnelle

huit roues deux moteurs

et au milieu un bananier

qui masquerait Adam et Eve

faisant

 

mais ceci fera l'objet d'un autre poème »

 

Pourquoi les mots de Péret ont-ils surgi de mon inconscient ? J'en ai bien une petite idée, plus qu'une petite d'ailleurs, je connais trop bien les raisons de cette omniprésence dans mon esprit de la poésie de Péret. Pourquoi ce texte plutôt qu'un autre ? Ce n'est pas non plus dû au hasard.

Précisément je reviens des obsèques de mon père.

Le mort c'est lui et l'enfant, c'est moi. « Ca » ne colle pas complètement au poème de Péret car je suis l'enfant unique de ce mort. Singulier et non pluriel, déjà la réalité s'éloigne de la littérature et heureusement qu'il en est ainsi car, quand on a comme moi un quotidien si triste, quelle bouffée d'oxygène que d'avoir un autre monde pour s'y réfugier !

Enfin... au moins me voilà libéré de ce fardeau paternel encombrant. Bien des moralistes s'offusqueraient de tels propos qu'ils qualifieraient d'indignes dans la bouche d'un fils mais il y a bien longtemps que je me « fous » de ce que pensent les moralisateurs et autres bien-pensants en tout genre. Ignorer la pensée de la norme m'a certainement sauvé la vie.

Le seul sentiment que j'éprouve aujourd'hui après le décès de ce père, c'est celui qui me revivifie un peu et m'oxygène beaucoup, la certitude de savoir que la personne qui m'a empêché toute la vie d'être moi-même ne sera plus un obstacle à mon épanouissement, si tant est que je puisse un jour accéder à un bonheur qui m'a évité soigneusement pendant des années.

Ce n'est pas une méchanceté naturelle qui me fait m'exprimer ainsi mais un vécu douloureux. Le rôle dévolu aux parents n'est pas de nuire  à l'épanouissement de leur progéniture mais quelquefois c'est un droit qu'ils s'adjugent. Les arguments avancés sont toujours les mêmes : le bien des enfants, la lutte contre quelques démons prêtés plus ou moins injustement à leur descendance... Mon paternel n'a pas dérogé à cette règle. Le résultat n'a pas forcément été à la hauteur de ses espérances mais sa persévérance et sa ténacité, elles, n'ont jamais fléchi. Ce n'est donc pas une surprise si je peux dire aujourd'hui, certes sans haine, mais aussi sans culpabilité, que sa mort est un soulagement pour moi, plus encore, une libération.


Dans "Les morts et leurs enfants" Péret termine par "mais ceci fera l'objet d'un autre poème". Ce vers final nous renvoie à autre chose. Dans la réalité qui est mienne je ne pourrai me séparer aussi facilement de mon père. Une fois sa dépouille pourrie et mangée par les vers, il me hantera encore et même s'il ne fait pas l'objet d'un poème, je n'aurai plus la possibilité dans un avenir proche d'éluder la question paternelle. Pour l'instant je préfère m'attarder sur Benjamin Péret, beaucoup plus digne d'intérêt à mes yeux que mon géniteur. Longtemps, j'avoue mes lacunes, j'ai ignoré complètement l'existence de ce poète. On a toujours une part de responsabilité dans ce que l'on ne connaît pas ou dans ce que l'on ne sait pas faire mais la culture n'est pas inscrite dans le patrimoine génétique d'un individu, on la lui inculque, enfin en principe. Je peux donc imputer ce manque à une société qui ne devrait pas laisser sa jeunesse dans la méconnaissance de la poésie subversive mais la nôtre a- t-elle intérêt à en faire la promotion sous peine de voir renverser l'ordre établi ? En tout cas j'étais passé à côté pendant mes années de minorité. De mes souvenirs d'école, je n'ai retenu comme poésie attribuée à un surréaliste que "la fourmi de dix-huit mètres" de Desnos et rien d'autre... !

Sans la rencontre de ma vie, je serais certainement resté, comme nombre de mes contemporains, vierge d'un savoir, certes pas nécessaire pour faire marcher les fonctions vitales (au quotidien) mais indispensable pour faire tomber les barrières mentales peu propices à mon éclosion.

Qui connaît Benjamin Péret aujourd'hui ? Bien peu de monde, je crois. Un écrivain à la célébrité posthume relative, très relative. Je ne me souviens pas d'avoir entendu prononcer son nom à la télévision ou alors ça devait être sur le service public à une heure bien tardive.

Si l'on prononce le mot "Péret" dans la direction d'un spectateur assidu de la première chaîne privée de télévision, je suis sûr qu'il entendra Perret Pierre, le chanteur, parfois un peu poète mais surtout connu pour ses chansons argotico-comiques. Un type sympa aimant la bonne chère et qui peut prendre des accents pathétiques tout en restant populaire. Le public du canal appartenant au groupe spécialisé dans la maçonnerie ne peut l'ignorer, il passe certainement déjà à ses yeux pour un presqu'intello avec ses histoires de dictionnaires mais pas non plus pour un membre de l'académie française. Il ne peut pas faire régulièrement les "prime" des émissions de variétés mais de temps en temps, ça rehausse le niveau. Il représente même l'alibi idéal pour invoquer le mieux disant culturel.

Si l'on renouvelle l'expérience avec un habitué de la seconde chaîne, il y a fort à parier qu'il pensera à Perret Auguste si au préalable on a précisé que l'on n'attend pas Pierre, car il ne faut pas trop fantasmer sur l'énorme différence entre l'audiovisuel public et privé. Mais enfin il est indéniable qu'au niveau où calera le fidèle de la chaîne qui crée du temps disponible pour Coca-Cola, l'habitué de l'autre maison (qui, elle, n'est pas de maçon) aura encore quelques arguments à faire valoir surtout s'il cumule l'écoute du service public télévisuel et radiophonique.

Celui qui prêtait une oreille attentive à la tranche d'informations du matin il y a encore peu de temps sur la radio publique ne peut ignorer qu'Auguste Perret était un architecte. C'est fou comme le présentateur les aime ! Je ne sais si cette passion lui vient de famille ou si c'est une vocation manquée, en tout cas, dès qu'il le peut, il nous fait l'article sur un de ces fantastiques bâtisseurs, constructeurs, créateurs, ordonnateurs de l'espace... J'en passe et des meilleures... Je n'arrive pas à comprendre comment on peut s'enthousiasmer pour un architecte. Pour donner un exemple, les merveilleuses réalisations des années soixante sont dynamitées aujourd'hui, et sans tomber dans l'excès, il suffit d'être un tant soi peu usager pour savoir que les concepteurs de ces beaux projets n'ont pas vraiment réfléchi aux utilisations futures. Par charité que d'aucuns nommeraient chrétienne, mais certainement pas moi, je n'évoquerai pas des cas où tout se délabre au fil des ans voire finit par s'écrouler ! Mais voilà que je suis mauvaise langue et puis il en faut pour tout le monde.

Le public de la chaîne culturelle franco-allemande d'Arte sera peut-être en mesure de répondre favorablement à l'expérience mais après réflexion, car dans l'immédiateté de la première réponse, c'est Jacques Perret qui viendra à l'esprit du téléspectateur-intello car les romanciers sont toujours plus reconnus que les poètes et les anarchistes de droite ont aussi, sans trop que l'on sache pourquoi, plus d'échos que les intellectuels d'extrême gauche.

Le spectateur de M 6 répondra à "Péret" par un "bof" sans complexe car il ignore tout ce qui a plus de quarante ans sauf si ça rentre dans le cadre de la nostalgie des sixties. Non seulement dans les générations nouvelles on n'a pas d'états d'âmes à s'avouer inculte, mais c'en est presque une fierté. Ceci n'est pas un propos de vieux con qui fait du racisme anti-jeune car j'appartiens moi-même à cette tranche d'âge.



 

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