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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 01:34

 

Sa lettre à Sarkozy a fait le tour d’Internet. En réponse, l’administration lui a infligé des retenues sur salaire.

Cette lettre, c’était pour lui une nécessité. « Je me suis dit : soit j’arrive à faire prendre conscience aux autres de la situation, soit je vais faire autre chose… » Alors, depuis Saint-Jean-de- Vedas, dans l’Hérault, Bastien Cazals, trente-trois ans, a pris la plume, et quelle plume ! Un week-end durant, il a potassé sa missive, pesé chaque mot. Avant d’expédier l’enveloppe, sans timbre, au « palais de l’Élysée, 55, rue du Faubourg- Saint-Honoré, Paris ». C’était le 25 novembre dernier. Entre-temps, la lettre de ce jeune directeur d’école maternelle, expliquant pourquoi il refuse d’appliquer les réformes de Xavier Darcos, a fait le tour d’Internet (1). Elle lui a valu, en retour, une convocation à l’inspection académique. Et, depuis hier, une sanction financière : cinq jours de salaire en moins sur le mois de décembre ! Une première, alors que les lettres de « désobéissance » du même acabit se multiplient dans toute la France. Pas de quoi, pourtant, décourager Bastien Cazals. « Ils veulent faire un exemple pour stopper cette dynamique qui les gêne, mais ça ne marchera pas, nous expliquait-il hier. Au contraire, cette réaction me conforte dans ma démarche.  » Comme il l’a écrit, le jeune homme « en colère » continuera à ne pas appliquer les nouveaux programmes du primaire ni l’aide personnalisée, il ne se déclarera pas gréviste quarante-huit heures à l’avance et, en sa qualité de directeur, il ne renseignera plus le logiciel Base élèves. Résistant : la posture n’est pas simple. Mais comment faire autrement ? Originaire de Pau, Bastien Cazals est entré à l’éducation nationale en 2002. Avec des idéaux plein la tête. « J’ai un diplôme d’ingénieur en génie industriel, j’aurai donc très bien pu aller ailleurs. Mais, plutôt que de faire grimper les chiffres d’affaires, j’ai préféré faire grandir les enfants  ! » Le jeune homme rêve l’école en grand, lieu « fondamental  » pour développer l’esprit critique, former « des citoyens qui réfléchissent ». Autant dire que les calculs d’apothicaire des derniers gouvernements, arc-boutés sur les réductions de postes, ne l’ont guère réjoui. « Depuis la rentrée 2008, les choses se sont encore accélérées. Il y a l’aide personnalisée qui désorganise l’école, mais aussi ces nouveaux programmes où l’on prône la transmission mécanique des savoirs, cette annonce scandaleuse de la suppression des Rased… J’ai vraiment le sentiment qu’on passe là à une phase irréversible dans la destruction de l’école publique. » Face à l’urgence, Bastien Cazals, ni encarté ni syndiqué, a failli détourner les yeux. « L’idée de tout lâcher pour me reconvertir m’a alors effectivement traversé l’esprit. » Mais non. Inspiré par d’autres, comme André Refalo, l’instituteur de Haute-Garonne (lire l’Humanité du 20 novembre), il a choisi de lancer un « appel citoyen ». Comme une ultime bouteille à la mer. « Ça bousculait un peu les traditions des syndicats, précise-t-il, mais ils m’ont aussitôt apporté leur soutien. J’ai eu l’impression de dire tout haut ce que les enseignants pensaient tout bas. » Effet inattendu. Sur son blog, qui affiche aujourd’hui plus de 10 000 visites, les articles de presse se multiplient. Tout comme les commentaires de soutien, toujours reconnaissants, parfois inattendus. « J’ai même un militant du Modem qui a voté Sarkozy aux présidentielles… » Dans la petite école Louise-Michel, la solidarité des collègues est totale. Plus aucun n’effectue l’aide personnalisée. Sans que cela n’offusque les parents d’élèves. Au contraire. « La grande majorité est derrière moi. Ils ont même fait une pétition de soutien qui a réuni 130 signatures. » L’Élysée, de son côté, a tenu à répondre à sa lettre. « Ils m’ont dit avoir pris connaissance “avec intérêt’’ de mes attentes et réflexions », sourient Bastien Cazals. Le « désobéissant » se veut philosophe  : « Si je peux avoir un petit effet pour sauver l’école républicaine, cette chose magnifique imaginée par l’homme, ce sera déjà ça. »


Laurent Mouloud dans l'humanité du 10 décembre 2008

(1) http://uneecolepourvictore thugo.hautetfort.com/.

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