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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 01:30

 

Les autorités n’ont eu de cesse de tordre une réalité pour que celle-ci entre dans les cases de la lutte antiterroriste.

Coupables ou non ? La justice et l’histoire trancheront. D’ici là, il faut bien le dire, les inculpés de Tarnac, soupçonnés d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste suite aux dégradations opérées sur les lignes TGV la nuit du 7 au 8 novembre, ont tout de parfaits accusés au regard d’une législation antiterroriste suspicieuse par nature.

À commencer par leur volonté de vivre en adéquation avec leurs principes. S’extirper du milieu urbain. S’affranchir autant que faire se peut du salariat et des besoins dictés par la grande distribution, en cultivant leurs légumes, par exemple, ou en renonçant aux téléphones portables… Une marginalité suspecte, aux yeux des enquêteurs. L’absence de portable est vue comme une stratégie pour ne pas être repéré. Isolée, la ferme du Goutailloux, où vivent certains, se mue en « base arrière pour les actions violentes » dans la bouche de Jean-Claude Marin, procureur de la République, à l’origine de l’information judiciaire.

« On a pris tous les éléments et on les a retournés à charge », estime Éric Hazan, directeur des éditions La Fabrique, qui a publié, en 2007, L’insurrection qui vient. Essai situationniste selon son éditeur, le livre auquel Julien C., principal accusé, est « soupçonné » d’avoir participé, est lu par la police comme un manuel d’apprentis terroristes. « Les lois antiterroristes permettent de criminaliser l’intention, explique Éric Hazan. Or, comment définir les intentions, si ce n’est en se basant sur les opinions ? »

Diffusé dans la presse avant même que les avocats ne l’aient eu en mains, le dossier judiciaire, de fait, s’y intéresse pesamment. La radicalité politique des inculpés est mise en avant. Julien C., que ses proches décrivent comme l’anti-chef absolu, se mue pourtant en « leader charismatique » et en « idéologue ». On note que lui et sa compagne ont été vus à New York, en janvier 2008, « le tout laissant penser que les intéressés avaient assisté à une réunion d’anarchistes américains ». Ou encore que Julien C. était présent à Vichy, à la fin octobre, lors des manifestations contre le sommet européen sur l’immigration.

« Il n’y a pas l’ombre d’un élément concret », pointe Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme. Mais l’absence de preuve elle-même se retourne contre les inculpés. Aucun n’avoue ni ne dénonce ? « Cela montre des gens déjà ancrés dans un parcours de marginalisation et de radicalisation violente », commente le procureur à l’issue de la garde à vue. Pas d’empreintes ni de traces ADN ? Les enquêteurs le voient comme un indice de la capacité d’organisation du groupe et son appartenance à une « mouvance anarcho-autonome ». Une pure invention des RG, estime Éric Hazan. « Les anarchistes existent, les autonomes aussi… Mais les uns et les autres se méprisent cordialement », rappelle l’éditeur.

Pour le président de la LDH, l’ensemble de la procédure relève, dans une certaine mesure, de la bouffonnerie, mais en aucun cas du hasard. « Les lois d’exception alimentent mécaniquement leur propre paranoïa », relève-t-il. Très floue, leur définition du terrorisme devient tentaculaire. Le cadre européen inclut ainsi « la mise en danger d’une infrastructure essentielle pour l’économie d’un pays ». En France, en juin dernier, le ministère de la Justice adressait une note aux parquets, auxquels il réclamait d’être attentifs « aux actions violentes susceptibles d’être attribuées à la mouvance arnacho-autonome ». Celle-ci se serait manifestée par des inscriptions sur les murs ou lors de manifestations de soutien d’étrangers en situation irrégulière, précise encore la note. « Ce texte permet d’englober tout et n’importe quoi, dénonce Hélène Franco, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature. Il vise à mettre les procureurs en alerte à l’égard d’un nouveau risque terroriste. » Lequel peut, visiblement, déboucher sur la criminalisation d’opinions politiques.


Marie-Noëlle Bertrand dans l'Huma du10 décembre 2008

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