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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 14:27

 (« L’internationale », du regretté Eugène Pottier (1871, au lendemain de l’écrasement de la Commune de Paris...).

Forum  Association 1851

 

*("Sauveure" donc, si j’ose ce néologisme obligé en ces temps de parité.)

par René Merle,
24 novembre 2008.


    Créée pour maintenir et revivifier le souvenir des insurgés républicains de décembre 1851, l’Association 1851 réunit depuis 1997 des démocrates de toutes tendances. Cofondateur de cette association, et profondément attaché à son existence, j’ai toujours pensé que cette diversité était une richesse, mais qu’elle ne devait pas enterrer le débat sur une question essentielle : en quoi, très concrètement, ce souvenir de 1851 est-il opérant au présent ?


        C’est pourquoi, au lendemain du congrès du Parti Socialiste (parti dont je ne suis pas adhérent), je m’interroge plus que jamais sur l’intériorisation par une partie de « la Gauche » de cette catastrophe politique mise en place par la Constitution de novembre 1848, la présidentialisation du régime.


        Cette constitution, on ne le rappellera jamais assez, non seulement créait la fonction de Président de la République (la République précédente n’avait pas de président), mais faisait désigner ce président par le suffrage universel (masculin). On sait comment, manœuvrées en sous-main par les Conservateurs, les masses populaires, ruraux déçus par les débuts de cette République, ouvriers traumatisées par la répression de juin, renvoyèrent à sa caserne le candidat républicain officiel, Cavaignac, et plébiscitèrent un aventurier politique : Louis-Napoléon Bonaparte, auréolé du souvenir de l’Oncle, et prometteur de bonjours tous azimuts. Il serait trop facile de faire retomber pareil fourvoiement électoral sur la naïveté et l’ignorance politiques du peuple français. Ce peuple n’était en rien demandeur de pareille constitution, dont seuls les notables, républicains et conservateurs, élus au printemps 1848, étaient responsables.


        En focalisant aujourd’hui sur la tradition bonapartiste, et son recours à l’homme providentiel, dont le fil rouge surligne notre histoire, de Louis Napoléon à Boulanger, de Pétain à De Gaulle, beaucoup d’historiens semblent considérer qu’il s’agit d’une constante génétiquement inscrite dans l’identité populaire. Il n’est pas question d’inculper ou de disculper un « peuple » français bien divers en l’occurrence, mais si effectivement cette tradition est clairement repérable de génération en génération, ce serait un peu vite oublier qu’elle n’a pu vraiment se cristalliser qu’en période de crise intense, et qu’elle n’a pu triompher que par l’aval des structures représentatives du peuple. C’est l’Assemblée Nationale qui a octroyé les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain en 1940 et c’est cette même Assemblée qui investit le Général de Gaulle en 1958.


        Il ne restait plus au « peuple » qu’à entériner, en 1940 dans le tacite soulagement puis les défilés de la Légion, en 1958 dans le OUI à la nouvelle constitution et les foules extasiées. Amendée en 1962, avec l’élection du président au suffrage universel, cette constitution a certes placé le peuple devant un choix électoral entre plusieurs candidats, mais avec toujours en résultat la mise en place d’un quasi pouvoir personnel, que seule l’élection de l’assemblée pouvait contrebalancer. On l’a vu en période de cohabitation.
       

        Or, depuis la réforme de Lionel Jospin, qui naïvement espérait en bénéficier, l’élection de l’assemblée se fait dans la foulée de l’élection présidentielle, avec donc les plus grandes chances pour le président fraîchement élu d’être conforté. Encore une fois, cette réforme politique n’émanait pas d’une demande populaire, mais bien de la seule décision des politiques. Plus que jamais, le peuple électeur se trouvait placé devant ce piège du présidentialisme : vote pour qui tu veux, mais sache que l’élu qui te représentera par délégation absolue, n’en fera dorénavant qu’à sa tête. Je me permets, en ce qui me concerne, de renvoyer à ce propos aux quelques lignes publiées dans le Bulletin de l’Association, en 2003, (- René Merle - À propos du régime présidentiel - 2003) et aux nombreuses interventions qui ont suivi : cf. régime présidentiel : (Points de vue au présent).


        Au lendemain de la dernière élection présidentielle, je revenais abruptement sur ce thème, et tout particulièrement dans la conclusion de l’article : - René Merle, À propos de Guy Môquet et de l’instrumentalisation de l’histoire nationale, 17 mai 2007 . Ce qui m’avait valu une double volée de bois vert. D’un côté, le plus amical, ceux qui m’accusaient de mettre dans le même sac notre douce Ségolène et son méchant compétiteur. D’un autre côté, les quelques uns qui avaient voté (mais sans le clamer) pour le dit compétiteur (il y en a mais oui mais oui), on me retournait l’argument de la démocratie : mais enfin, cet homme a été élu par une majorité populaire, sans violences ni effusion de sang...


        Marketing médiatique, posture charismatique, apologie de la démocratie de délégation et de l’autoritarisme de « gouvernance » (JE ferai, JE déciderai) : que la droite ait utilisé magistralement la nouvelle donne de l’élection présidentielle n’était pas pour nous étonner. Mais l’étonnant était que cette donne était aussi utilisée à gauche, sans états d’âme : si on veut gagner, il faut bien en passer par là....
On ne s’étonnera pas que, dans ces conditions, une majorité d’électeurs ait préféré l’original à la contrefaçon.


        La leçon ne semble pas avoir porté, puisque, après l’horizon 2007, toutes les espérances de la dite Gauche se reportent sur l’horizon 2012, comme si rien d’important ne pouvait advenir hors de la sphère électorale. Voici une candidate qui, oublieuse de son modeste score présidentiel du premier tour, se targue sans trembler de son score par défaut du second tour : « MES voix », « Un français sur deux, ou presque ». Et voici que cette candidate, (portée par le rejet des pratiques et des fermetures des caciques socialistes, regroupés pour l’abattre), réitère sur les mêmes registres dans le débat interne au parti socialiste.


        L’entreprise n’aurait certes pas été possible sans l’intériorisation par le P.S de la donne présidentielle, et de la récente donne américaine (concurrence dans le camp démocrate). Elle a pu toucher un adhérent socialiste sur deux. Mais quid des électeurs ? Que va-t-il advenir de la conscience démocratique devant pareille intégration à la norme politique dominante, où le choc des ambitions personnelles cache l’essentiel : la main mise sur la vie politique des puissances d’argent, qui depuis longtemps ont fait le choix d’un bipartisme contrôlé.

 

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