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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 22:36

  Par Jean-Paul Piérot,

éditorial de l'Humanité du 18 octobre 2008,

                Quand plus rien ne va, il ne reste plus que la parole. Et Xavier Bertrand est dans son domaine un conteur hors pair. Comme si rien ne se passait, ni la crise financière que les États prétendent juguler à coups de milliers de milliards d’euros, ni l’économie réelle lourdement affectée, le ministre affirme que « la pire des choses serait d’arrêter les réformes »… Réformes, un bel euphémisme en vérité pour évoquer l’entreprise de démolition sociale et de pieuse soumission au grand patronat et au monde des affaires. Cette politique a affaibli les capacités de la France par son paquet fiscal au moment où, face à la récession, un plan de relance de l’économie s’impose, et il n’y faudrait rien changer ? Décidément, ces gens, dans leur aveuglement, sont plus dangereux encore que nous le supposions ! Xavier Bertrand cultive la métaphore marine du frêle esquif condamné en pleine tempête à maintenir le cap… On peut lui en opposer une autre plus terre à terre : quand on est dans une impasse, le seul moyen de s’en sortir est de rebrousser chemin, sinon on va dans le mur. Plus gravement, la poursuite de la politique dévouée au MEDEF conduit le monde du travail dans la régression.


                Les marchés financiers - derrière lesquels il y a des hommes qui font des affaires - ont des ressources insoupçonnées d’adaptation dont témoigne le mouvement en dents de scie des places financières depuis plusieurs jours. On vend et on achète, on s’enrichit dans la crise. Warren Buffett, le multimilliardaire américain, n’est que la face visible de l’iceberg du capitalisme financier mondialisé. En matière de spéculation, l’annonce d’une perte de quelque six cents millions d’euros à la Caisse d’épargne est venue assombrir le climat, au lendemain du sommet européen. Christine Lagarde, qui avait tant vanté la solidité du système bancaire français, se dit « frustrée et découragée » par une nouvelle qui ne tombe pas « au meilleur moment ». Aurait-elle préféré que l’information fût retenue encore quelque temps, et que fût caché aux épargnants modestes que leur argent était ainsi livré en pâture sur le Monopoly des traders ? Y a-t-il d’autres cadavres dans les coffres-forts des établissements financiers ? La transparence s’impose.


            Et pendant de temps-là, le MEDEF affiche l’exubérance. Après avoir occupé le temps d’un colloque l’hémicycle du Parlement européen, le grand patronat organisait hier à Paris un G5 du patronat international. Un message subliminal pour indiquer que le monde des affaires tient bien le manche des orientations politiques suivies en Europe et dans le monde. On eut droit à un satisfecit en direction de l’Union européenne, qui vient d’adopter ce fameux plan Paulson à l’européenne, qu’on pourrait plus justement appeler le plan tonneau des Danaïdes. Le grand patronat se veut l’inspirateur de toute réforme des systèmes monétaires et financiers internationaux malmenés par la crise. Il annonce la création d’un groupe de travail qui pourra « formuler des recommandations aux chefs d’État »… En ces temps où l’infaillibilité du libéralisme est quelque peu chahutée, le parti de la finance postule au rôle d’avant-garde de l’aggiornamento du capitalisme mondial.


                    La crise, qui révèle l’incapacité du capitalisme à assurer un développement harmonieux de la planète, est peut-être en train d’ouvrir une nouvelle séquence politique. Nicolas Sarkozy l’exprime avec sa faconde habituelle en se posant en refondateur d’un système qui serait plombé par ses « déviances » : en dépit des déclarations tonitruantes sur un nouveau Bretton Woods, le monde de l’argent est sur la défensive. Il tente de relégitimer la société du marché, de la libre concurrence, en un mot de restaurer « l’honneur perdu du capitalisme ». Une partie est engagée dont l’issue est incertaine. En définitive, celle-ci dépendra de la capacité ou non des forces politiques, syndicales et sociales à défendre un projet alternatif à un ordre économique et social, que la majorité des citoyens et des peuples réprouvent mais supportent et subissent, faute d’avoir conscience qu’il est dépassable.

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