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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 22:34

Par Jean-Paul Piérot,
Editorial de l'Humanité du 22 octobre 2008

Dans le flot de paroles déversées ces deux dernières années par Nicolas Sarkozy d’abord comme candidat de l’UMP, puis comme président de la République, quelques citations ont résisté au feu de l’actualité. Les Français n’ont pas la mémoire courte, ou du moins savent-ils retenir l’essentiel. Qui ne se souvient de la célèbre réplique présidentielle : « Les caisses sont vides ! » ? Lorsqu’il prononça ces quatre mots en présentant ses voeux à la presse le 8 janvier dernier, il n’est pas sûr que le chef de l’État imaginait que son propos allait entrer dans le florilège du grand livre de l’esbroufe de ce quinquennat. Il voulait opposer une sèche fin de non-recevoir aux demandes des salariés qui avaient gardé en mémoire une précédente déclaration déjà tombée dans les annales : « Je suis le candidat du pouvoir d’achat. »

À la faveur, si l’on peut dire, de la crise qui frappe tout le système financier, l’opinion découvre que le gouvernement a décidé de débloquer 10,5 milliards d’euros, sans doute pris dans un double-fond insoupçonné des dites caisses vides, pour « injecter des liquidités » dans six banques françaises. Ce n’est certes qu’un début d’application du plan d’urgence voté dernièrement par la majorité parlementaire de droite, portant sur quelque 360 milliards. Mais plusieurs questions se posent. Cette transfusion de capital n’entre pas dans un plan de recapitalisation entraînant une participation et un contrôle, même temporaires, de l’État, puisqu’il s’agit officiellement d’un prêt. Cela signifie à peu près l’absence de réelles contreparties, de véritables contrôles des fonds ainsi « prêtés », mais pris dans l’immédiat sur le budget de l’État, en d’autres termes sur la richesse produite par ces mêmes salariés à qui le chef de l’État avait répondu quelques mois auparavant : « Les caisses sont vides. » La boucle, mais pas les interrogations de l’opinion. Deuxième problème : d’où vient que l’on apprenne subitement que les principales banques de notre pays se trouvaient dans une telle situation qu’il leur faille se précipiter au guichet ? Quelques jours après l’annonce des 600 millions d’euros envolés à la Caisse d’épargne, il y a décidément un problème de transparence dans l’information des simples citoyens détenteur de petite épargne et de comptes courants.

Mais il n’est pas besoin de se reporter au début de l’année pour mesurer le double langage du gouvernement. Le budget 2009, en débat à l’Assemblée nationale, creuse le sillon de l’austérité imposée à l’immense majorité de salariés, de retraités, bref de gens modestes que compte notre pays. Il est clair que, pour le monde du travail, les caisses de Bercy n’ont pas de double-fond : postes de fonctionnaires supprimés par dizaines de milliers, coups de sabre dans le service public…

Alors que le pays entre dans la récession, que la crise du système financier est annonciatrice de nouvelles souffrances sociales, le même Nicolas Sarkozy, qui parle de plan de relance quand il s’adresse à ses partenaires du Conseil européen, ne change pas un iota dans la politique économique de la France. Les plus riches continueront de bénéficier des largesses du bouclier fiscal, qui fait qu’au-delà d’une certaine opulence on n’est plus imposé. Le paquet fiscal continue de priver la société de quelque 15 milliards d’euros. Dormez tranquilles, gens de biens.

Mais à son corps défendant, Nicolas Sarkozy encourage les salariés à réclamer leur dû. Rares étaient ceux qui, jusqu’à il y a quelques semaines, pouvaient imaginer que l’on pût disposer de telles sommes, tant habitués qu’ils étaient à essuyer des rebuffades pour quelques dizaines d’euros de rattrapage sur leur pouvoir d’achat, habitués qu’ils étaient à être culpabilisés pour leurs dépenses de santé. De l’argent, il y en avait. Face à Nicolas Sarkozy qui se pose en refondateur du capitalisme, l’idée grandit qu’on peut bouger les lignes dans le rapport de forces entre le capital et le travail.

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