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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 15:00

 

    Olivier DARTIGOLLES

Dans le prolongement d’un échange récent (1) avec le dirigeant de la LCR François Sabado, trois questions sont de nature à aiguiser le débat sur les conditions d’une transformation révolutionnaire de la société : celles des défis dans une nouvelle époque, du processus pour transformer le rapport des forces, du projet politique et du rassemblement. Car il ne s’agit pas pour les communistes de se situer par rapport au PS ou à l’extrême gauche mais de mieux identifier les obstacles à la transformation révolutionnaire de la société et les potentiels pour les surmonter.

1. Les défis auxquels toutes les forces politiques et sociales sont confrontées Parler en termes généraux de « capitalisme mondialisé », « financiarisé » ne fait pas le compte pour comprendre l'époque nouvelle dans laquelle nous sommes entrés. Ayons en tête cette analyse, en 1986, d'un rapport du commissariat général du plan : « Taylor a eu besoin d'un homme unidimensionnel. (...)

La nouvelle révolution technologique a besoin d'un homme multidimensionnel, c'est-à-dire apte au changement, capable de souplesse dans son travail et de curiosité dans sa vie hors travail » (2). Cette donne nouvelle génère, pour ceux qui veulent préserver l'ordre social existant, des difficultés non insurmontables mais inédites, et elle met ceux qui veulent y mettre fin devant un champ de potentialités qu'il y a grand risque à délaisser. Disons-le franchement : en face ils ont pris de l'avance.

Un exemple, particulièrement éclairant : en 2006, Thierry Breton, alors ministre, avait commandé un rapport sur « l'économie de l'immatériel » dont il a dit qu'il voulait en faire « un carburant incontournable pour alimenter le programme de (sa) famille politique » (3). Aujourd'hui, l'un des deux signataires de ce rapport, J.-P. Jouyet, est au gouvernement et, sur de grands dossiers, c'est bien la politique préparée alors qui s'applique (services de l'État, universités, brevets...). Les cercles dirigeants n'entrevoient pas moins ce qu'ils veulent à tout prix éviter : le même rapport parle d'une « rupture » qui « peut donner naissance à une nouvelle forme de l'économie : celle de la coopération » (4). 

2. La transformation révolutionnaire : un processus

Comment transformer un rapport de forces au départ défavorable à ceux qui veulent mettre fin au capitalisme ? Il faut avoir en vue l'humanité tout entière : sortir par le haut du capitalisme, le dépasser, ne peut pas être un acte unique, quasi instantané, mais un processus de longue durée et n'avançant pas partout en même temps. Cette coexistence prolongée avec l'adversaire doit être conflictuelle ; et elle ne peut l'être que si l'on travaille à des rassemblements, à toutes les échelles où c'est possible, en France, en Europe, avec d'autres forces de progrès dans le monde, pour imposer des conquêtes réellement anticapitalistes. Des conquêtes faisant effectivement reculer la domination de la loi du profit, viables en partant de la réalité du monde actuel, donc crédibles, et qui soient autant de moyens de se renforcer contre le capitalisme et de lui porter de nouveaux coups. Ce que nous parviendrons à faire en France dans ce sens y contribuera. Comme y contribue et y contribuera ce que d'autres font et feront ailleurs, notamment à l'échelle européenne.

Cette question des conquêtes nécessaires à la transformation du rapport des forces est incontournable. On peut bien faire son beurre sur le thème des « deux gauches », mais alors on n'a pas de raison de se battre pour que dans notre pays la gauche soit majoritairement sur une logique de transformation sociale anticapitaliste.

C'est pourtant indispensable. 

3. Projet et rassemblement pour se battre mieux

L'écart est grand dans le pays entre le mécontentement, voire l'exaspération, et la capacité à mener des luttes amples et victorieuses. Aujourd'hui pèse lourdement la conviction que chercher à mettre fin au capitalisme n'est pas réaliste. Sinon, comment expliquer l'influence au sein même de la gauche du PS avec les positions qu'on lui connaît ?

Nous voulons sortir de cette impasse. Commencer à se libérer du capitalisme suppose un rassemblement populaire majoritaire, fait de femmes et d'hommes divers par les courants de pensée dans lesquels ils se reconnaissent, assumant lucidement cette diversité pour s'en enrichir et capables de se mobiliser durablement, avec détermination, avec esprit de suite et d'initiative, avec inventivité et imagination. Un rassemblement donnant à ses combats la force de l'intervention dans le champ politique. Cela, nous ne l'avons jamais connu, pas même en 1968.

Or on se bat mieux, on a plus de chances d'isoler l'adversaire et de l'obliger à reculer quand on sait véritablement que l'on est porteur de solutions, d'un projet, bien meilleurs pour la société que ce qu'il veut faire passer. Aussi, pour le Parti communiste, élaborer son projet ce doit être contribuer à la définition des objectifs sur lesquels il est nécessaire que s'opèrent des rassemblements suffisamment forts et résolus pour en imposer la réalisation, afin que le changement cette fois réussisse.

Comment ? Bien évidemment sur le terrain, à la base, et notamment dans les quartiers populaires et les lieux de travail ou d'études. Mais il n'y aura pas de dynamique réelle
si nous ne fixons pas clairement un objectif politique national mobilisateur à atteindre et le processus permettant d'y travailler.

C'est l'enjeu du 34e Congrès : formuler une offre politique pour un espoir qui peut être à portée de main, qui peut se réaliser. Plus que jamais, refusons l'étroitesse, le repli sur soi, le nombrilisme. Si nous sommes à nous-mêmes l'unique objet de nos passions, nous n'avancerons pas d'un pouce. Donnons chair à l'avenir de notre combat par un projet réaliste car nécessaire et par un rassemblement se fixant des objectifs précis et atteignables. Saurons-nous, ou pas, contribuer, de façon visible et reconnue, à ce que ces millions de gens passent du constat désolé à l'action résolue pour des objectifs sur lesquels on peut gagner ? Action qui suppose de ne fixer de limite à priori ni au niveau de ces objectifs, ni à la largeur et aux formes du rassemblement pour les atteindre.

Les communistes se sentent utiles et arrivent à convaincre, quand ils rassemblent non pas « autour d'eux » mais pour un projet, un objectif, et quand, dans le même temps, apparaît clairement l'idée que l'on peut gagner.

 

(1) l'Humanité, 7 juin 2008.

(2) Faire gagner la France

(sous la direction d'Henri Guillaume), Hachette, 1986, page 73.

(3) Bercy, 4 décembre 2006 ; http: minefi. gouv. fr/presse/discours/ministre/.

(4) Maurice Lévy-Jean-Pierre Jouyet, « L'économie de l'immatériel,

la croissance de demain »,

La Documentation française, novembre 2006, page 15. Sur ce rapport, voir dans la Pensée, nº 351 (juillet-septembre 2007), l'article de Cl. Gindin,

« L'argent de "l'immatériel" ».

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