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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 23:19

CONTRIBUTION POUR UN DEBAT OUVERT ET CONSTRUCTIF



Après les élections présidentielle et législatives du printemps 2007, les interrogations ne manquent pas. Pourquoi la droite l'a-t-elle emporté malgré son lourd bilan des cinq dernières années ? Pourquoi la gauche a-t-elle été si durement battue ? Pourquoi ces nouveaux et graves reculs du Parti Communiste Français ? Quel avenir pour ce parti ? Quel sens peuvent avoir aujourd'hui une « ambition communiste », un «  projet communiste » ? Quelle place, quel rôle pour un parti politique s'en réclamant ? Quel « espace » pour le courant de pensée et d'action communiste dans les « recompositions politiques » qui s'annoncent ?



Ces questions, nous voulons les affronter.

 

 

Nous sommes des femmes et des hommes communistes de différentes générations. Nous exerçons ou avons exercé des responsabilités à différents niveaux du PCF.

A différents moments, nous avons contribué à la réflexion et au débat des communistes sur ce qu'il convenait d'entreprendre pour donner un nouvel élan au communisme français. Dans les années 1960-1970, quand il s'agissait de rompre avec le « modèle soviétique », de rechercher une voie française originale pour la transformation sociale, et de nouvelles conceptions pour l'organisation et le fonctionnement de notre parti. Celles et ceux d'entre nous qui se sont à l'époque engagés dans cette entreprise novatrice, l'ont fait avec espoir et détermination. Et souvent avec enthousiasme. Ils ont connu des satisfactions, mais aussi beaucoup de déceptions, car en dépit de leurs efforts, le déclin du PCF se poursuivait sans qu'ils voient la possibilité de l'enrayer vraiment. Plus récemment, nous avons tous mis beaucoup d'espoir dans ce que l'on a appelé « la mutation » de la fin des années 1990. Nous nous y sommes investis sans réserve. C'est à cette période et pour cette raison que les plus jeunes d'entre nous ont décidé de rejoindre le Parti communiste, ou d'y prendre des responsabilités de direction. Si nous avons tous mesuré et apprécié « l'appel d'air » que constitua la Mutation, nous en avons toutes et tous également constaté les limites, et douloureusement vécu l'échec. Enfin, nous avons ensemble pleinement participé aux débats qui ont traversé le PCF depuis 2002.

C'est à partir de ces expériences diversement vécues que nous abordons les questions d'aujourd'hui. Nous avons décidé de faire connaître ensemble nos analyses et nos propositions.

Ces analyses et propositions, nous ne les formulons pas en opposition à d'autres analyses et propositions émanant d'autres femmes et hommes communistes aux « sensibilités » différentes. Ce que nous recherchons c'est l'engagement d'un débat exigeant entre tous les communistes. Celles et ceux qui sont membres de notre parti bien sûr ; mais aussi beaucoup d'autres, « communistes de cœur » ou qui s'intéressent à ce parti et à son avenir, qui s'en inquiètent, et qui peuvent souhaiter participer au débat.

Toutes les cartes doivent être sur la table. En toute transparence. C'est pourquoi nous voulons indiquer d'emblée les deux principales propositions que nous voulons soumettre au débat :



1.                     Nous proposons de mettre en discussion le principe de la fondation d'un autre parti politique.

Il est clair pour nous que cette éventuelle fondation d'un autre parti doit être avant tout l'œuvre des hommes et des femmes communistes - et d'abord bien sûr à l'initiative de celles et ceux qui sont membres du PCF. A l'exclusion de toute « opération » pilotée « d'ailleurs ».

Nous pensons qu'une telle initiative, ouverte largement vers celles et ceux, non membres du PCF qui voudraient y participer, pourrait être un apport significatif aux recompositions nécessaires afin que la gauche française trouve les voies et les moyens  pour offrir une alternative claire et mobilisatrice à la poursuite et à l'aggravation de la politique de la droite.


2. Nous proposons dans cet esprit que dans les semaines qui viennent les différentes sensibilités communistes, et toutes celles et tous ceux qui estimeront devoir soumettre leurs idées au débat, exposent clairement leurs analyses et propositions. Toutes les cartes étant ainsi « sur la table », un vrai débat pourrait s'engager entre les communistes qui veulent pouvoir décider eux-mêmes en toute connaissance de cause de l'avenir de leur organisation. Un débat dans le même mouvement ouvert à toutes celles et tous ceux qu'une telle démarche intéresserait.


Un pareil débat ne peut être contenu dans le cadre habituel de la préparation de nos congrès, fussent-ils « extraordinaires ». Il faut organiser la confrontation des idées et des propositions dans toute la richesse de leur diversité, et la mise à disposition de toutes et tous de la totalité des opinions émises et de leurs éventuelles évolutions à la lumière des échanges qui devront jalonner le déroulement de la discussion. Cela exige du temps et des moyens pour réussir. Il faut selon nous y travailler dès maintenant. 

Dans un premier temps, nous voulons soumettre au débat les analyses et propositions suivantes :                


I- Comment analysons-nous la séquence électorale 2007 ?


 En donnant à la droite une large majorité à l'Assemblée Nationale les électrices et les électeurs ont confirmé en Juin leur choix du 6 Mai faisant de N.Sarkozy le nouveau Président de la République. Ainsi, pour la première fois depuis 1981, les « sortants » n'auront pas été « sortis ». C'est le fait majeur de cette séquence électorale présidentielle / législatives de 2007.

Naturellement, un autre fait interroge les communistes et tous ceux qui s'intéressent au PCF, à sa place et à son rôle dans notre société : 1,93% à l'élection présidentielle ; disparition d'un groupe communiste de 20 députés à l'Assemblée Nationale... Pourquoi ?

   Gardons nous des explications sommaires. Défions-nous aussi bien du « c'est la faute aux autres, nous n'y sommes  pour rien », que du « tout est notre faute, les autres n'y sont pour rien ».   Les institutions poussant à toujours plus de présidentialisme donc de bipolarisation, le matraquage des sondages par les médias, le PS et ses appels au vote « utile » appuyés sur le souvenir de l'élimination de la gauche au premier tour en 2002  ...ont évidemment rendu plus difficile la tâche des militantes et militants communistes, de leurs candidates et candidats, malgré les campagnes intenses et déterminées qu'ils ont menées. Mais étaient-ils vraiment en situation de convaincre largement de l'utilité du vote communiste ?

Il ne s'agit pas de désigner des « coupables » puis de dresser un réquisitoire, comme on l'a trop souvent fait pour « expliquer » les reculs et les échecs. Il ne peut non plus s'agir de s'abandonner à un « fatalisme historique » qui inscrirait l'échec aujourd'hui et peut-être « la disparition » demain du PCF dans une logique inéluctable résultant des évolutions du monde, de l'Europe et de la société française

Et il faut prendre en compte tous les aspects d'une situation complexe :pour le PCF,le premier tour des élections législatives n'a pas ressemblé au premier tour de la présidentielle .Certes, avec 4,3% au niveau national(contre 4,8% en 2002)le Parti communiste ne peut retrouver le même nombre de députés lui permettant de constituer un groupe. Mais dans beaucoup de circonscriptions, et en liaison avec un intense travail militant mené sur des objectifs politiques clairs, pour les idées, les propositions et les candidates et candidats communistes, les résultats ont été nettement meilleurs le 10 juin que le 22 avril .C'est particulièrement vrai dans les circonscriptions des députés sortants .Les résultats des candidates et candidats témoignent de leur audience populaire personnelle .Ils sont liés à l'implantation et à l'activité des organisations du PCF,et à l'attachement d'une partie importante de l'électorat à ses élus communistes .C'est tout cela qu'il faudra analyser .Pour comprendre ce qui vient de se passer .Et pour envisager l'avenir .Dans ces conditions,  La bonne méthode n'est elle pas de s'efforcer de replacer l'analyse des résultats du PCF dans une vision d'ensemble des attentes majoritaires dans  notre peuple ; de la façon dont elles s'étaient déjà exprimées lors de scrutins nationaux importants, notamment en 2002 et pour le référendum de 2005 ; et des « offres » des différents candidats et partis politiques face à ces attentes ?



L'exaspération de 2002, amplifiée en 2005



Depuis le milieu des années 80, les « alternances » se sont succédées. Les grands mouvements sociaux ont pu arracher des avancées ou empêcher des mauvais coups. Des gouvernements de gauche poussés par ces mouvements ont pu prendre des mesures positives. Mais les attentes fortes exprimées dans les élections et les luttes sociales n'ont pas été satisfaites. La majorité de notre peuple a dû subir toujours plus une « insécurité globale » : Insécurité sociale ( chômage, précarité, pauvreté, incertitude de l'avenir... ) ;Insécurité économique (tout est suspendu aux exigences de rentabilité du capitalisme financier) ; Insécurité de la vie ( une société déchirée par la mise en concurrence de tous avec tous ) ; Insécurité planétaire ( un monde malmené par la mondialisation capitaliste, et inquiet pour l'avenir même de la planète) ; Insécurité à la fois personnelle et collective ( chaque être humain se sent concerné, pour lui même, sa famille, ses proches, le groupe social, le courant de pensée ou de croyance auquel il se rattache...ou l'ethnie, le peuple, la nation, le continent d'origine de sa famille ou de celle de ses proches).        

Les forces qui ont dominé la vie politique ces dernières décennies - à droite,  De Gaulle et ses « héritiers », à gauche Mitterrand et les siens - ont chacune à leur manière justifié la soumission aux dogmes du néolibéralisme et aux contraintes de la mondialisation. Notamment en engageant la France dans une construction européenne enfermée dans le carcan de ces contraintes. La stabilité du système d'alternance qu'elles ont mis en place et maintenu pendant un quart de siècle a permis d'opposer un véritable « verrou » politique et institutionnel au refus de « l'insécurité globale » et à l'attente d'une évolution radicalement différente de la société qui s'exprimaient dans les luttes sociales et dans les urnes.

C'est dans ce contexte qu'est intervenu le « séisme » du 21 avril 2002. Excédés de n'être jamais entendus,  les électrices et électeurs se sont trouvés une fois encore confrontés à un « verrouillage » politique. Ils aspiraient majoritairement à une rupture, mais les principales forces politiques proposaient de continuer comme si de rien n'était. Ils les ont durement sanctionnées. Faute d'une offre crédible prenant en compte leur exaspération et leur aspiration à rompre avec un système politique interdisant de vrais changements, beaucoup se sont tournés vers des votes protestataires et populistes, tandis que l'abstention était massive, notamment dans l'électorat de gauche.

Mais les conséquences ont été paradoxales : l'élection de J.Chirac avec plus de 80% des voix, puis celle d'une majorité UMP ont permis au Président et à ses gouvernements d'aggraver encore les politiques qui venaient d'être condamnées par le suffrage universel. Tandis que de son côté le Parti socialiste se préparait à une nouvelle « alternance » en 2007, pour lui aussi « continuer ». Considérant que ses succès électoraux en 2004 auguraient d'une victoire facile, sur la seule base du rejet de la droite au pouvoir, il estimait ne pas devoir reconsidérer ses orientations et ses comportements

C'est donc logiquement que de l'exaspération s'est à nouveau exprimée lors du référendum de 2005 sur le TCE. Une exaspération poussant à dire « non » au système politique appelant à voter « oui ». Une exaspération au contenu politique transcendant les frontières traditionnelles séparant les différents électorats. Une majorité d'électrices et électeurs de tous bords ont exprimé la même protestation contre une construction européenne conduite en dehors des peuples, sans entendre leurs exigences et organisant l'aggravation de « l'insécurité globale » sans qu'ils aient les moyens de s'y opposer. Le « non » l'a emporté. Mais encore une fois, rien n'a changé. Le système a continué à étouffer les exigences de changement. Provoquant toujours plus d'exaspération. Mais aussi du découragement, du doute sur la possibilité de changer les choses, aussi bien par la voie de luttes sociales rendues difficiles en raison d'un rapport de forces défavorable, que par celle de « la politique » et des élections.

L'exaspération et l'aspiration à des « ruptures », exprimées en 2002 et amplifiées en 2005 allaient-elles de nouveau marquer les échéances de 2007 ? Ou bien le découragement allait-il inciter à « continuer » comme avant ? Mais sans permettre cependant « d'aller de l'avant », car on ne va pas de l'avant avec un peuple démotivé ! Ces questions étaient posées à tous les partis, aux candidats, de droite comme de gauche.



2007 : des « offres » nouvelles et une « récupération » réussie



A la différence de 2002, la plupart des candidats à l'élection présidentielle de 2007 se sont efforcés de prendre en compte, à la fois le besoin de « rupture » avec le système politique, et l'exigence de « sécurisation » pour le présent et l'avenir. Les  «offres politiques » des candidats du trio de tête du 22 avril ont été appréciées par les électeurs moins en fonction de leurs votes habituels qu'en rapport avec le jugement qu'ils portaient sur la crédibilité de leurs auteurs pour « faire ce qu'ils disaient ».


ØLes « offres » de N.Sarkozy et la façon dont elles ont été présentées témoignent d'une redoutable maîtrise des techniques de communication.  Une maîtrise appuyée sur une recherche réelle de compréhension des processus par lesquels se construisent les représentations de la réalité vécue, et se forment et évoluent les idées.  C'est plutôt à gauche, et notamment dans la gauche se réclamant du marxisme, qu'on avait dans le passé le souci de fonder la démarche politique sur une telle approche...Peut-être convient-il de s'interroger à ce sujet. Loin de nous en dispenser, le fait que N.Sarkozy a pu nourrir de cette approche une dangereuse démagogie manipulatrice devrait au contraire nous y inciter.

Le candidat de l'UMP a cultivé pendant cinq ans une image « d'homme nouveau », soucieux de « rupture » et animé d'un « volontarisme » porteur d'efficacité.

Les liens affichés avec les milieux d'affaires, les grandes fortunes et le MEDEF lui assuraient quoi qu'il fasse le soutien de son électorat « de classe ». Il s'est donc d'abord attaché à conquérir  les composantes de l'électorat populaire qui ne sont pas structurellement acquises à la gauche : - l'électorat populaire qui vote traditionnellement à droite;  - celui que les déceptions ont conduit à rejeter à la fois la droite et la gauche, et qui pouvait être conduit à se tourner vers un « homme providentiel » affichant la volonté de « remettre de l'ordre », avec un pouvoir fort ; -  celui qui, souffrant le plus, a le plus besoin d'être « sécurisé » et désespère d'y parvenir par l'action collective, syndicale ou politique ; - celui qui n'a pas hésité à voter Le Pen en 2002.

Il suffit d'énumérer ces différentes « cibles » pour que revienne en mémoire la façon dont N.Sarkozy les a « soignées » durant toute sa campagne. Il n'est pas nécessaire d'y revenir en détail. Deux remarques cependant paraissent utiles :


ØReprenant à son compte l'exigence collective de « sécurisation sociale »,  N.Sarkozy l'a associée à l'exigence individuelle tout aussi forte de ne pas être « assisté » mais « considéré » et « responsable ». Mais alors que l'insécurité est la conséquence des politiques libérales, il a su convaincre que c'est une nouvelle figure du libéralisme - une sorte de « libéralisme d'Etat », qui peut apporter la solution : l'Etat intervenant dans tous les domaines -y compris l'économie- afin de « libérer » la possibilité pour chaque individu de s'en sortir, en travaillant plus, en « méritant » plus, en étant meilleur que les autres...au service des objectifs du capitalisme financier. Là encore, la démagogie électorale était sous-tendue par une réflexion de fond sur les moyens nouveaux à mettre en œuvre  pour résoudre un  problème récurent du capitalisme de notre temps :  comment intégrer les salariés et les milieux populaires à ses objectifs sans provoquer de « cataclysme » social et politique ? Comment faire face aux défis de la mondialisation capitaliste en mobilisant un peuple derrière des objectifs à l'évidence contraire à ses intérêts ?.. La droite française cherche depuis longtemps  à résoudre cette contradiction. « L'offre politique » de N.Sarkozy proposait une réponse. Et là encore, on ne peut esquiver la question : a-t-on suffisamment, à gauche en général et au Parti communiste en particulier, travaillé pour opposer à cette réponse une argumentation convaincante ?


ØTransgressant la « règle » établie par J.Chirac,  N.Sarkozy a ostensiblement cherché les voix du Front National. Il a réussi à en capter un grand nombre. Il n'a pas hésité pour cela à recycler à son profit les thèmes lepénistes. Faut-il ne voir là qu'une habileté ? Ne faut-il pas plutôt s'intéresser à une cohérence qui ne dessine nullement le visage d'une « nouvelle droite », mais indique un retour, dans les conditions de 2007, de la vieille droite autoritaire, réactionnaire, et revancharde. La vieille droite de tradition bonapartiste et populiste à laquelle le peuple français s'est quelquefois donné ou a été tenté de céder aux XIX° et XX° siècles.  La vieille droite qui n'en finit pas de vouloir une revanche sur le Front Populaire que la « révolution nationale » pétainiste avait cru effacer mais dont la Libération a repris et amplifié les conquêtes. La vieille droite qui veut sa revanche sur 1968, sa revanche sur les combats qu'elle a depuis perdus  - celui de Juppé, battu en 1997, revenant en 2007 ; ceux d'ex ministres contraints par le mouvement populaire d'abandonner tout ou partie de leurs projets et qui reviennent à la charge ; ceux de personnages liés aux milieux obscurantistes et "intégristes" qui se sont jusqu'ici opposés en vain aux progrès de civilisation arrachés ces dernières décennies...(au delà du « cache-sexe » Kouchner la composition du gouvernement Fillon est à cet égard significative ). La vieille droite qui n'a jamais pu imposer l'alignement de la France sur le modèle américain  et qui rêve cette fois d'y parvenir.

L'existence d'une telle droite, autoritaire et populiste, n'est pas une « spécificité   française ». Et sans doute faut-il réfléchir au fait que, dans la tradition des politiciens qui ont  incarné cette droite, en France et ailleurs, les références aux valeurs de gauche, aux « mots » de gauche - jusque ceux de « socialisme » ou de « révolution », ont souvent masqué la nature réelle  des politiques suivies. Mais quand la droite la plus ultra peut se payer ce luxe , c'est que vraiment ça va bien mal à gauche !.. Le temps de l'indignation passé,  de cela aussi il faudra bien se soucier ! Le Parti communiste est concerné au moins autant que les autres à gauche.


>. S.Royal s'est, elle aussi, efforcée de prendre ostensiblement en compte l'exigence de « rupture ». D'abord en valorisant la possibilité qu'une femme devienne pour la première fois Présidente de la République. Mais l'argument était à double tranchant dans un pays qui refuse obstinément de donner leur place aux femmes dans la vie politique, ce qui nourrit le doute sur leur capacité à exercer de hautes fonctions. La candidate socialiste en a subi les conséquences. Dans son propre parti. Puis dans l'électorat, y compris dans l'électorat féminin...

Elle s'est présentée comme une femme « libre », ouvertement critique sur les politiques menées hier par les gouvernements socialistes - notamment celui de L.Jospin - et distante du Parti socialiste et de ses « éléphants », qu'elle a affrontés et battus lors de la « primaire » de l'automne 2006. On peut d'ailleurs penser, au vu du comportement des électeurs et des adhérents du PS lors du référendum de 2005, qu'elle n'aurait pu, sans cette distanciation, ni gagner cette primaire, ni ensuite obtenir les résultats qu'elle a obtenus le 22 avril et le 6 mai. A l'évidence, d'autres candidats socialistes ne les auraient pas obtenus. On en a d'ailleurs confirmation par les jugements sévères portés depuis sur le PS, ses dirigeants et ses « éléphants » par leurs propres électeurs, sympathisants et adhérents.

Comme N.Sarkozy, la candidate socialiste a voulu prendre en compte en même temps l'exigence de sécurisation sociale collective et l'attente de reconnaissance des individus, de leurs capacités d'initiative et de responsabilité - notamment dans le travail. Elle l'a fait en avançant un concept - resté au demeurant assez vague - de « donnant - donnant » articulé autour de « contrats » entre la collectivité et l'individu.

Mais son autonomie par rapport au PS et à ses « éléphants », qui n'ont pas hésité à la contrer et à la contraindre à changer de pied plusieurs fois au cours de sa campagne, s'est vite révélée très relative. A la différence de N.Sarkozy « prenant » aux chiraquiens la direction de l'UMP et la rassemblant derrière lui pour soutenir une politique affichée comme « en rupture » avec celle de J.Chirac, S.Royal n'a pas réussi à convaincre de sa capacité à entraîner sa propre formation politique derrière elle pour faire une politique réellement nouvelle, en rupture avec les politiques passées du PS. 

De la même façon, la tentative de « démocratie participative » ( au demeurant limitée ) qui avait marqué la pré-campagne de S.Royal, soucieuse d'afficher la volonté de « sortir du système politique », s'est vite heurtée à la rigidité de l'appareil socialiste. Elle ne pouvait s'en affranchir, alors même que N.Sarkozy pouvait quant à lui se présenter comme porteur d'idées neuves correspondant aux demandes des Français, et capable de les imposer à son camp. Face aux rappels au respect du programme officiel du PS, élaboré sur des compromis d'appareil, sans véritables réflexions nouvelles sur les vrais défis de notre temps comme sur les raisons de l'échec de 2002 , et refusant de s'engager sur les moyens réels - financiers et démocratiques- d'une autre politique, les idées lancées par la candidate socialiste pour tenter de répondre aux attentes populaires par des propositions nouvelles sont restées à l'état de « slogans » sans véritable consistance, donnant l'impression d'une continuelle improvisation, annonciatrice d'inefficacité.

>. F.Bayrou, quant à lui, s'est surtout concentré sur la dénonciation de l'inefficacité d'un système politique fondé sur l'affrontement de deux camps et leur alternance au pouvoir.

Il  s'est appuyé pour cela sur les déceptions provoquées par les alternances successives, et sur l'idée assez répandue, et régulièrement reprise par certains médias  que droite et gauche seraient aujourd'hui des notions dépassées puisque dans les faits les politiques de l'une et de l'autre conduisent aux mêmes résultats. Et il a tenté de convaincre qu'il était, de par sa position « centriste » et à partir des « distances »  qu'il avait prises ces dernières années avec l'UMP, le seul capable de conduire le pays vers un changement politique radical,  en « prenant les bonnes idées partout », et en rassemblant toutes les compétences, de quelque bord qu'elles soient, dans un même gouvernement.

Il a voulu dans le même temps capter à son profit ce que l'on a appelé le « tout sauf Sarkozy ». Il a pu s'appuyer sur des sondages complaisamment commentés le présentant comme le seul capable de battre N.Sarkozy dans un second tour. Mais cette posture le réintégrant dans l'affrontement gauche/droite qu'il disait vouloir dépasser a sans doute contribué à amoindrir la crédibilité de sa démarche.

Il a évité par ailleurs de s'avancer réellement sur le fond des choix politiques nouveaux à opérer ( ce qui l'aurait ramené vers la droite dont il partage les vues pour l'essentiel ). Mais c'est précisément sur ce terrain du contenu des changements politiques que N.Sarkozy s'est attaché à convaincre que ce qu'il proposait correspondait aux attentes populaires, et qu'il serait capable de le réaliser, à la fois parce qu'il en avait la volonté, et parce qu'il disposerait d'une majorité pour le soutenir. C'était évidemment le plus efficace pour combattre le « tout sauf Sarkozy ». Et c'est parce qu'il y a réussi que le candidat de l'UMP a pu retirer à F.Bayrou  l'avantage supposé d'être le seul à pouvoir l'empêcher d'accéder au pouvoir ! 

Enfin, F.Bayrou devait absolument convaincre qu'il pourrait être au second tour, et qu'en cas de victoire il pourrait rassembler une majorité derrière un gouvernement « d'union nationale ». Il n'y est pas parvenu. Annoncée et amorcée dès avant le premier tour et confirmée ensuite, la défection  des députés UDF ralliant N.Sarkozy en prévision des élections législatives au cours desquelles ils allaient avoir besoin des voix des électeurs de l'UMP ne l'a évidemment pas aidé !

>. Après un premier tour réussi ( succès de l'OPA sur les voix lepénistes, et important vote d'adhésion levant l'obstacle du « tout sauf Sarkozy » ) le candidat de l'UMP a pu franchir une dernière étape : récupérer à son profit l'aspiration à dépasser le système politique d'alternance gauche droite.

F.Bayrou en avait fait l'axe principal de sa campagne, mais il n'avait pas passé le cap du premier tour. Il ne serait donc pas en position de « prendre les bonnes idées partout ». Et pas davantage de faire travailler dans un même gouvernement des ministres venus des deux bords.

S.Royal s'avançait vers un rapprochement avec le centre, mais évidemment dans le cadre d'une victoire contre la droite. Elle s'avançait d'ailleurs prudemment, en cherchant à ne pas perdre sur sa gauche ce qu'elle n'était pas certaine de gagner sur sa droite. Ses possibilités de trouver une majorité solide après une éventuelle victoire étaient problématiques. Et surtout, elle n'apparaissait plus en mesure de gagner l'élection .

Dans ces conditions, N.Sarkozy pouvait annoncer qu'il serait le seul à pouvoir faire ce dont F.Bayrou avait rêvé...Il était ainsi en mesure de « rafler la mise », en récupérant à son profit les attentes exaspérées de rupture politique, à la fois dans les contenus et dans les pratiques. Il avait en tout cas convaincu une majorité d'électeurs qu'il répondrait vraiment à ces attentes. Il s'est attaché à ne rien faire qui puisse leur laisser soupçonner le contraire... au moins jusqu'aux élections législatives gagnées sur cette lancée.



PCF : oser regarder l'échec en face

 


Les trois candidats qui ont dominé la campagne présidentielle ont, chacun à leur façon, placé les enjeux des échéances de 2007 sur le terrain des solutions avancées face à l'exigence de sécurisation sociale et des réponses proposées à l'exaspération devant les blocages du système politique. Ils avaient compris que c'était la condition pour ne pas revivre cinq ans après la situation d'avril 2002 - et cette fois avec quelles conséquences ? Et c'est parce qu'ils ont fait ce choix que la campagne a intéressé les Français et s'est achevée par une participation électorale massive. Le battage médiatique orchestré autour des sondages et de la personnalisation de l'élection n'a fait qu'accompagner le mouvement ; il ne l'a pas créé.

Le PCF, quant à lui, a voulu mettre en avant un autre enjeu, sur lequel s'est engagée la candidate désignée par les communistes : changer la donne à gauche pour changer les choses en France. Cela signifiait - c'était l'objectif clairement affiché dès sa désignation : solliciter l'électorat pour qu'il donne à une « gauche populaire et antilibérale » la suprématie face aux « gauches du renoncement »   (renoncement  « réformiste » du PS d'un côté,  et renoncement « gauchiste » de la LCR de l'autre )  afin qu'elle soit assez forte pour rassembler toute la gauche sur une politique antilibérale pour « battre la droite » et ensuite « réussir à gauche » au gouvernement . 

Certes, les attentes populaires n'étaient pas pour autant absentes de la campagne. Elles étaient bien présentes dans la dénonciation de la politique et des projets de la droite, dans la critique des insuffisances et des ambiguïtés du programme de la candidate socialiste. Et dans les propositions du programme porté par MG. Buffet dans sa campagne, puis par les candidates et candidats aux législatives. Ces propositions ont été écoutées avec intérêt. Elles ont souvent suscité l'adhésion. Mais les conditions posées pour qu'elles puissent être concrétisées - que la « vraie gauche » l'emporte d'abord sur les autres, puis qu'elle les rassemble pour pouvoir enfin gagner et mettre en œuvre sa politique - avaient peu de chance d'être réunies en 2007...

Par ailleurs, l'objectif d'inverser, ou à tout le moins de rééquilibrer sensiblement le rapport de forces à gauche s'affichait comme une volonté d'affaiblir le Parti socialiste. Or la présence de sa candidate au second tour était un des enjeux du scrutin. Pour empêcher l'extrême droite de rééditer son « coup » de 2002. Et pour pouvoir éventuellement battre la droite et son candidat, dont l'élection était redoutée par l'électorat de gauche. Singulièrement l'électorat communiste dont une partie a même été tentée de voter F.Bayrou pour cette raison.

Malgré l'intérêt suscité par ses dénonciations et ses propositions, le discours communiste devenait incompréhensible voire carrément inaudible pour de nombreux électeurs et électrices de gauche - y compris, comme l'ont montré des enquêtes, parmi l'électorat communiste de 2002. Il devenait du même coup difficile à développer, au delà des tracts et des meetings, dans les contacts individuels qui sont, on le sait, l'atout essentiel des communistes dans les campagnes électorales.

Il faut regarder les réalités en face : le Parti Communiste Français n'a pas réussi à imposer dans la campagne présidentielle l'enjeu d'un changement de la donne à gauche. Les résultats de l'élection présidentielle- même heureusement « atténué » par ceux des législatives -entraînent un nouvel et grave affaiblissement de son audience électorale, et au-delà politique.

C'est un échec dont les conséquences pour l'avenir peuvent être considérables. Pour le Parti communiste - Pour les hommes et les femmes communistes de France - Pour les forces qui veulent résister face au capitalisme financier  et à sa mondialisation, et ressentent l'urgente nécessité pour la France, l'Europe et le monde de se libérer de leur domination  - Pour la gauche française : de quel poids va peser un PCF marginalisé dans la recomposition qui s'engage ?

Il serait irresponsable de nier cet échec ou d'en sous-estimer la portée. Il ne s'agit pas seulement de le reconnaître. Ni même de « l'assumer ». Il faut en rechercher et dire les causes - celles qui tiennent aux choix politiques récents, et celles qui viennent de plus loin et plus profond. Et il faut envisager l'avenir autrement qu'en faisant le gros dos dans l'espoir de jours meilleurs qui ne viendront que si l'on y travaille.



II PCF : Pourquoi ce Waterloo électoral ?



Il peut, après-coup, paraître surprenant que les candidats de la droite et du Parti socialiste aient engagé leurs campagnes à partir des attentes populaires et de leurs propositions pour les satisfaire tandis qu'à l'inverse, la candidate communiste sollicitait de l'électorat un renversement des rapports de forces politiques à gauche comme condition préalable à la satisfaction de ces attentes.

Mais il y a deux raisons à cela. L'une tient à l'analyse faite par le PCF des résultats des élections présidentielle et législatives de 2002, puis des évolutions politiques intervenues depuis. L'autre renvoie rien moins qu'à des conceptions fondatrices du Parti Communiste Français ; à des « fondamentaux » vers lesquels il est souvent revenu lorsqu'il se trouvait en difficulté.



Des analyses et des orientations aux conséquences lourdes



L'analyse de l'élection présidentielle de 2002 s'est tout naturellement focalisée sur le choc provoqué par la rude chute du candidat communiste, de 8,8% en 1995 à 3,3% sept ans plus tard. Mais faute de s'inscrire dans une vision d'ensemble d'un scrutin sanctionnant durement les candidats de la droite et du Parti socialiste - Président et Premier Ministre- pour se terminer par un deuxième tour Chirac-LePen , l'examen des raisons de cette chute fut déconnecté du sens général du « message » délivré par le suffrage universel.  Le Parti communiste et sa politique  furent seuls mis en cause. Sans lien avec les questions réellement posées à tous les partis politiques après cette  élection.

Dans ces conditions, ce débat « auto-centré » fut rapidement conclu : le  résultat de R.Hue consacrait l'échec (par ailleurs réel) de la majorité de « gauche plurielle » constituée autour du gouvernement Jospin. Mais aussi, par extension, l'échec des stratégies d'union dans un rapport de forces dominé par le Parti socialiste. Celles du passé - de la Libération à 1997, en passant par 1981- mais aussi celles du futur tant que ce rapport de forces ne serait pas inversé ou amplement modifié.

Cette analyse surdétermina les orientations stratégiques des années 2002-2007. Elle aurait pu pour le moins être « revisitée » à la lumière des résultats réels des scrutins de 2004. Il n'en fut rien. On transforma même en « preuve » de leur pertinence les résultats des élections régionales en Ile de France, en vérité loin d'être aussi éclatants qu'on l'a prétendu. Comment ne pas voir qu'il y avait là, en germe, à la fois les bases de la stratégie mise en œuvre pour les échéances de 2007, en même temps que celles de son échec ?   

Et comment ne pas s'interroger sur l'interprétation faite de la victoire du « non » au référendum sur le TCE en avril 2005 ? Et sur son maintien obstiné, au delà du raisonnable, alors qu'elle était amplement invalidée par les comportements politiques des électeurs de gauche ayant voté « non » et des responsables de partis qui les y avaient appelé ! Cette interprétation donnait à la victoire du « non », majoritaire dans l'électorat de gauche ,  la signification d'un « basculement » majoritaire dans « l'antilibéralisme » - aussitôt démenti par les votes des mêmes électeurs dans les scrutins qui ont suivi, jusque ceux de 2007 . On en déduisit pourtant  que le moment était venu de construire sur cette base un rassemblement ayant vocation à devenir majoritaire à gauche lors des échéances de 2007 comme il l'avait été, assurait-on en 2005.

N'est-il pas nécessaire de regarder aujourd'hui lucidement quelles ont été les conséquences de ces choix ? A commencer par le naufrage (ou le sabordage ?) du mouvement des « collectifs ». Des militants  de diverses sensibilités et cultures politiques, parmi lesquels nombre de communistes, s'y sont sincèrement engagés. Ils ont appris les uns des autres. Ils ont noué dans la réflexion et dans l'action communes, des liens qui auraient pu devenir porteurs d'avenir ( on ne peut s'empêcher d'y songer en ces temps de « grandes manœuvres » de recomposition à gauche) . Mais, fondé sur une évaluation erronée du contenu et des possibilités à court terme du mouvement populaire, et s'étant assigné des objectifs électoraux hors de sa portée, il a été conduit à éclater dans l'amertume. Et aussi dans le ressentiment devant ce que beaucoup de participants ont -non sans raison- considéré comme des manipulations politiciennes - dans lesquelles le PCF et sa direction ne sont évidemment pas les seuls à être impliqués.  

Mais , par delà les péripéties de la désignation des candidats « antilibéraux » et l'image détestable qu'elles ont pu donner, la légende d'un « non antilibéral » toujours majoritaire à gauche maintenue jusque pendant la campagne présidentielle a encouragé l'idée qu'il fallait oser l'objectif d'inverser le rapport de forces à gauche, et nourri jusqu'au bout pour certains l'illusion que ce serait possible. De quel prix celles et ceux qui y ont cru feront-ils payer leur désillusion et leur désarroi politique ?

 

 

 

 

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