Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 17:39
Contribution adressée au blog qui me paraît intéressante comme contribution au débat de notre fête de section.
 



Pour comprendre cet article, il faut garder en tête que, ce que la majorité des gens, et notamment des jeunes, connaissent ou se rappellent de « Mai 68 » aujourd'hui, c'est ce qui leur est donné à voir par les médias, un certain courant de l'historiographie moderne, et évidemment, les hommes politiques.

Autant dire que ce qu'il ne faut pas perdre de vue, c'est que la majorité des gens identifient Mai 68 à une révolte « adolescente », « estudiantine », à un mouvement de « libération sexuelle » et de revendications pacifistes.

A tort, certes, mais c'est la réalité et nous devons la prendre en compte.

Il y a une « gauche » déliquescente, de part en part. Une « gauche » qui se cherche. PS, PCF, LCR, aucun des grands partis politiques « de gauche » n'est aujourd'hui à l'abri du questionnement existentiel, sinon, pour certains, ontologique !

Les mouvements de recomposition à l'œuvre partout en Europe – anticommunisme à l'échelle de l'Union européenne avec les lois de « décommunisation », « union des forces » au sein de partis uniques où le communisme devient une « tendance », un « courant »…- le prouvent : c'est une donnée globale.

Il y a une « gauche » qui a peur de son ombre, une « gauche » honteuse, une « gauche » finalement parodique d'elle-même et très « droitisée ».

Il y a aussi un Président français (et bientôt sans doute un Premier Ministre italien) parodique à outrance, qui agite ses parodies entre différents pôles, au gré de ses humeurs, en fonction de ses besoins, un jour parodie de de Gaulle, le lendemain, parodie de Kennedy (épouse comprise…), plus tard encore, parodie d'homme populaire, ou alors d' « homme moderne ».

Il y a également une parodie de démocratie. Tous les thèmes ,tous les sujets, tous les mécanismes démocratiques sont joués avec bouffonnerie, sans sérieux, jusqu'à la farce. Finalement, dans la parodie de la démocratie, c'est la vraie démocratie qui agonise.

Et puis, il y a que nous sommes en 2008. Que 2008 c'est 1968 + 40…C'est à dire quarante ans après « Mai 68 ». Mais en 1998, nous fêtions déjà les trente ans de « Mai 68 ». En 1988, ses vingt ans…Alors ?

Ce que les médias appellent pudiquement « les mouvements de contestation », les « mouvements sociaux », prennent de l'ampleur, s'amplifient. Portés par des revendications populaires autant que syndicales : enseignants, sans papiers, handicapés, malades, salariés, étudiants… La violence de la répression policière dans certaines manifestations est soigneusement masquée. A dessein.

Mai 68 = Mai 2008

Compte tenu du contexte, compte tenu des circonstances, la promesse est forte, l'espoir est grand et le désir est immense.

Avec avidité, toute une génération , née entre le premier choc pétrolier et la première présidence Chirac, se reprend à rêver que sous les pavés, il y a la plage. Encouragés, soutenus par leurs aînés, plus aguerris ( mais aussi plus méfiants ou aigris), toute cette génération ouvre les yeux sur la cruauté, la barbarie, l'archaïsme et l'absurdité du capitalisme mondialisé et de la société de consommation. Et toute une génération se mobilise. Derrière elle, elle a déjà l'expérience du « Non » de 2005, et de la contestation contre le CPE.

Parmi les nouveaux membres de l'Union Européenne, de grands mouvements de grève éclosent, comme en Roumanie, chez Decia.

Le travail de chaque jour de certains syndicalistes, comme André Fada, Francine Blanche et l'USM CGT à Saint Nazaire, ou encore de Raymond Chauveau et de ses camarades, dans la lutte pour les droits des travailleurs sans papiers, fait le lien entre les révoltes sociales européennes, des peuples les plus exploités par le dumping social institutionnalisé, et la France, contribuant à réveiller une internationale ouvrière que l'on croyait morte.

L'Irak s'enlise dans une guerre qu'on ne voit pas finir, l'Iran pourrait suivre, certains pays vont accroître leur présence militaire en Afghanistan, et, malgré la belle lettre, il y a quelques jours, publiée par Marwan Barghouti du fond de sa prison, malgré le « document des prisonniers », on ne voit pas la fin de la guerre contre les Palestiniens…

Sarkozy, l'homme qui adore qu'on l'aime mais qui se fout éperdument qu'on le déteste, offre, en France, la figure de rêve de celui qu'il faut contester, et qui cristallise toutes nos frustrations, toutes nos exaspérations…

Ajoutons à cela des salaires en baisse, un niveau de vie extrêmement bas, des richesses produites en nombre par les travailleurs, mais accaparées par la finance mondiale au profit de quelques privilégiés, le chômage ici, la précarité, la misère là bas…

Tout semble bel et bien réuni pour céder à la tentation de la parodie.

La parodie de « Mai 68 ».

Les figures « emblématiques » (ou choisies comme telles parle pouvoir en place) de l'époque, se délectent de ce « revival », elles en jouissent, posant sur tous les plateaux, avec des airs de gros matou qui a bouffé le canari. « C'était con, on était fous, mais qu'est ce qu'on s'est poilés » susurrent-ils, éternels agités agitateurs, qui contiennent désormais leur nihilisme derrière un gros cigare et une bonne bedaine…

L'histoire montre qu'il y a deux manières d'appréhender une Révolution, même manquée, comme est supposée l'être celle de « Mai 68 ».

Reprendre le mouvement, le pousser à son terme, aller jusqu'au bout ,dans une dynamique dialectique, à la fois analytique, et active, réflexive et agissante. C'est la figure de Castro, celle de Guevara, celle de Lénine.

Ou abandonner le terrain du combat à la première répression d'envergure, ranger banderoles et fumigènes, panser les plaies, et céder la place, politique, idéologique, sociale, aux forces contre-révolutionnaires, à la nécessaire réaction, évidemment organisée par les forces du Capital. Ce sont les élections législatives des 23 et 30 juin 1968, la « Chambre bleue horizon », qui amorça une génération entière de régressions.

La force centripète du capitalisme joua à plein, et c'est finalement la droite qui, comme le dit très justement Didier Eribon, fera sa « révolution conservatrice », révolution qui dévastera, à pas de velours , le « coeur de la gauche » et enfantera L'Innommable.

La place qu'a occupée, la place que doit occuper, à la fois « l'hypothèse communiste » , (pour reprendre l'expression forgée par Alain Badiou, hypothèse révolutionnaire par essence, mais fragile, et en devenir), la place des partis, des mouvements, communistes ou s'en approchant, cette place vacante à occuper, est au coeur de la tentation parodique.

Tentation qui joue à plein y compris par ricochet, au sein de tous les partis « de gauche », au sein de leurs structures, de leurs idées ,de leurs fonctionnements.

Tous, d'ailleurs, seront « en Congrès » fin 2008. Confrontés à des choix cruciaux, à des questions fondamentales, sinon, fondatrices pour certains. Tous , sans exception, sont à la croisée des chemins et confrontés à cette tentation parodique, y compris parodique de ce qu'à un moment, ils furent capables d'être.

Tous atteints du même mal. A des degrés divers. L'électoralisme, le goût du pouvoir pour le pouvoir, le désir effréné de diriger « les masses », la coupure avec le monde du travail, avec « la vraie vie des vrais gens ». C'est, en tout cas, le sentiment majoritaire qu'ils nous font éprouver.

Et les sentiments, dans de tels moments,cela compte énormément.

Que nous soyons nombreux à être déçus, exaspérés, et pour certains, qui ne peuvent plus boucler le mois, désespérés, par nos conditions de vie actuelles, par le projet de société que nous offre la droite (et que nulle « gauche » ne vient plus sérieusement contester), c'est un fait indéniable. Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas le voir. Des banlieues aux campagnes en passant par les villes, ce gouvernement allume le feu dans la société au delà des plus folles espérances de certains !

Que nous soyons prêts, petit à petit , à nous révolter, voire donc, à tenter de « recopier Mai 68 », face aux énormes provocations de Sarkozy sur le sujet, c'est aussi certain. La marmite bouillonne, le couvercle peut sauter.

Rappelons-nous cependant qu'il y a encore quelques mois ,les grévistes étaient des « preneurs d'otages ». Rappelons nous aussi comme « l'opinion publique » a brusquement basculé contre les étudiants en juin 1968…

Aussi, pour les militants, les élus, les syndicalistes, « à gauche » tout cela se traduit d'ores et déjà par une question, à laquelle il faut inventer , de nouveau, une réponse : « Que faire ? ».

Que faire dans et de ce mouvement qui grandit, que faire d'une éventuelle sinon probable, convergence des luttes ? Que faire de l'éventualité d'un nouveau « Mai 68 » ?

Contrairement à ce que suggèrent (déjà !) certains « dirigeants de gauche » notre rôle ne peut pas être « d'éteindre », « d'interdire » de « paternaliser » ce mouvement, même s'il est plus ou moins voué à l'échec pour le moment (ce qui sera pris sur le pouvoir ne sera plus à prendre et il y a urgence à améliorer les conditions de vie ; donc, il ne faut pas hésiter.)

Notre rôle est de réfléchir, beaucoup, vite, sans tabou et tous ensemble. Notre rôle est aussi d'agir,d'encadrer ,de soutenir. Notre rôle est d'agir sur nos propres structures, par tous moyens. Notre rôle est , toujours, plus que jamais, d'éclairer la route. Pas parce que nous serions meilleurs, mais parce que nous sommes plus engagés, parce que nous sommes plus déterminés, parce que nous avons plus d'expérience.

Le rôle des communistes, tous les communistes, dans ce type de moments, est crucial.

Quelle offre pouvons nous faire pour enrayer la dialectique « révolte/ répression », « libération/réaction » ? Comment nous positionner ?

« Mai 68 » ne s'est pas arrêté en mai 1968. Nous le savons. La séquence a été bien plus longue, presque lente, et le moins qu'on puisse dire au final, c'est qu'elle n'a pas joué en faveur des travailleurs finalement, et ce, en dépit de certaines apparences trompeuses, ponctuelles.

Est-ce un hasard si aujourd'hui, les hérauts les plus médiatiques de « Mai 68 »(les mauvaises langues diront, « choisis par le pouvoir dominant comme futurs collaborateurs dociles »…) ont tourné casaque et abjurés leurs idéaux comme « erreurs de jeunesse », « folies d'un moment », sans regretter, mais sans poursuivre, ni aller au-delà. Est-ce un hasard s'il servent aujourd'hui, sous toutes ses formes , ce qu'ils prétendirent combattre hier ?

Sans une alternative, sans un soutien politique fort et déterminé, aussi déterminé et actif dans les lieux de pouvoir que nous le sommes dans les rues, de la part des partis « de gauche », des syndicats, sans un éveil radical des consciences, « Mai 2008 », si il y a, risque fort d'être non seulement parodique mais aussi criminel. Car « en face » on est prêts et ça ne rigole pas.

Criminel car il tuera le ferment d'espoir « d'un autre monde » qui est en train de renaître, et parce qu'il affermira le pouvoir fascistoïde qui nous dirige.

Mesdames et Messieurs les dirigeants « de gauche », nous sommes là , mais vous devez d'ores et déjà prendre vos responsabilités face à un mouvement qui se dessine. Etre prêts à toute éventualité. L'êtes vous ?

Paradoxalement, ce n'est pas tant « dans la rue » et au strict niveau social que se joue votre responsabilité particulière. Mais au niveau institutionnel.

Vous avez déjà majoritairement raté le moment historique du 4 février 2008, lorsque le Président de la République a éhontément violé la souveraineté du peuple de France, avec des arguments d'une grossièreté inimaginable. Il y eut ,heureusement, des exceptions, nous le savons, nous en souvenons. Mais nous savons que vous avez été encore plus nombreux à voter pour la révision et pour le Traité de Lisbonne au Sénat et à l'Assemblée, après le 4 février 2008, qu'à voter contre ou à vous abstenir le 4 même !

Ne vous endormez pas sur les lauriers des municipales pour faire votre ron-ron, vous pourriez vous réveiller sur un bouquet d'orties.

Ne ratez pas la nouvelle occasion qu'est la révision de la constitution, sobrement appelée « modernisation des institutions », mais en réalité, parachèvement légal du coup d'Etat sarkozyste.

Si vous laissez s'instaurer ce régime purement présidentiel, que vous ne prenez pas le mors aux dents pour fortifier le Parlement (et non le « préserver ») nous sommes foutus pour un bail.

Vous aurez fait le lit du pouvoir personnel et tyrannique.

Il n'y a pas à « négocier » avec ce pouvoir. Il y a à le combattre.

Voyez le mal qu'il nous fait. Petits, noirs, blancs, jeunes, vieux, travailleurs, actifs, chômeurs, ce pouvoir nous vole, nous assassine, nous détruit. Il joue l'argent de nos retraites en Bourse, il supprime les maigres avantages dont disposent les familles nombreuses, il veut nous engraisser aux OGM…

C'est cela votre rôle dans les luttes actuelles ; reprendre du pouvoir réel à la droite, la contester, la mettre en péril jusque dans le Palais Bourbon, occuper les lieux, nous les ouvrir, dénoncer les traîtres au peuple, bref, de faire (re)vivre une idéologie socialiste, de libération, au cœur des institutions gouvernementales. Etre nos dignes représentants, nos mandataires.

C'est cela qui fortifiera les luttes et les revendication sociales, car, affermissant votre liberté et votre pouvoir, vous nous offrirez les moyens de nous battre efficacement dans les autres sphères du pouvoir capitaliste. A vous l'immédiateté politique, à nous l'immédiateté sociale et sociétale.

Alors ensemble, peut être, nous cueillerons les fleurs sans épines d'un printemps qui s'annonce chaud.

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : BLOG SECTION GARD RHODANIEN du PCF
  • BLOG  SECTION GARD RHODANIEN du PCF
  • : Les activités et les réflexions des militants communistes et des élu(e)s du P.C.F section du Gard Rhodanien.
  • Contact

Recherche